On gardera de cette finale le souvenir d'un contraste météorologique, d'une chaleur étouffante, suffocante et soudain l'orage d'apocalypse, des éclairs striant le ciel dionysien, prélude à la pluie battante qui obligea l'arbitre de ce Toulouse-Montpellier à renvoyer les deux équipes dans leurs vestiaires respectifs le temps que les conditions soient moins défavorables à la pratique d'une activité sportive. Ce contraste, nous l'avions aussi perçu avant cela sur le terrain quand Montpellier s'offrit la possibilité d'exprimer son jeu, étouffant lui aussi, striant ce match de percussions axiales face auxquelles les Toulousains n'eurent d'autres ressources que de faire front. Et c'est sans doute là qu'ils remportèrent le vingt-cinquième Brennus de l'histoire de leur club.
Que Toulouse conserve son titre grâce à la défense, "ça n'a rien de nouveau, note pour nous Pierre Villepreux. Mais en ce qui nous concerne, la défense est faite pour récupérer le ballon et vite le jouer. Là, c'étaient plutôt des ballons de sauve-qui-peut." La faute à des Héraultais pugnaces dans le secteur du défi frontal. "Je m'attendais à ce genre de match, mais là, il a quand même été un peu spécial, relance l'ancien coach toulousain. Et quand tu vois le jeu de Montpellier, toujours à avancer, à se faire des passes et imposer une présence physique forte, pour contester les ballons..."
Contester ! Avant de parler des rucks débarrassons-nous du sujet qui fâche. Coquins en mêlée, il fallait bien que les Toulousains le soient pour ne pas complétement céder. Dominant avec Erdocio puis Forletta, le côté gauche héraultais n'a pas été récompensé. De même, la série de fautes cyniques additionnées par les Toulousains en première période (5 pénalités sifflées entre la 11e et la 28e minute), au plus fort des coups de boutoirs adverses, méritait un petit jaune bien tassé. Quant à l'action où Lebel - qui prendra jaune - retient Uelese par le maillot au moment où celui-ci court derrière le ballon et tente ensuite de l'aplatir (44e), ne méritait pas, de l'avis d'experts, un essai de pénalité.
Et pourtant, malgré tout cela, le MHR était contre toute attente en position de l'emporter, mené seulement de huit points à partir de la 63e minute. "Ca se joue à rien," reconnait Pierre Villepreux. Ou à beaucoup. Un lancer un poil trop haut sur une pénaltouche à proximité de l'en-but toulousain (74e), et deux dernières actions mal terminées (76e et 79e). L'effort consenti par les Héraultais explique ce manque de précision et de lucidité dans le money-time et il n'était que de voir les larmes couler sur leurs joues au coup de sifflet final pour mesurer la détresse et la frustration, la peine et le regret de ceux qui avaient obligé les tenants du titre à mettre un genou à terre.
Les Toulousains peuvent se cotiser pour ériger en l'honneur de leur capitaine, Jack Willis, une statue de bronze, voire même d'or, tant sa présence, son abattage et sa précision technique dans les rucks au plus près de sa ligne d'en-but, sauvèrent son équipe d'une défaite. Willis ou l'homme qui sut contenir l'orage ! "Ces ballons récupérés furent déterminants," confirme Pierre Villepreux, pour qui l'essentiel, c'est-à-dire le contenu du jeu, est ailleurs: "Toulouse est parvenu en première période à sortir Montpellier de son périmètre préféré, mais a été privé de ballon ensuite. Et le peu qu'il a eu a été tapé au pied sans grande possibilité de récupération. C'est curieux... Dans ce registre, Dupont et Graou n'ont pas été bons."
Durant la semaine entre Marseille et Saint-Denis, les Héraultais s'étaient promis de ne pas se présenter face à Toulouse en victimes expiatoires, transformant leur statut d'outsider en rage de vaincre. "La possession du ballon et l'occupation ont été à notre avantage, souligne Bernard Laporte, joint au lendemain de cette finale. Mais il aurait fallu être précis et juste, alors qu'on a encaissé deux essais à cause d'erreurs de défense et d'un manque d'attention."
Et le Tarnais d'ajouter : "A la mi-temps, dans le vestiaire, nos avants étaient très énervés à cause des fautes d'anti-jeu commises dans les mauls, devant les yeux de l'arbitre, qui ne voulait rien sanctionner." Emportements qui servirent de catalyseur et boostèrent les Héraultais à l'entame de la seconde période pour passer de 25-6 à 28-20. Les Anglo-Saxons disent : "Two for tango". Effectivement, il faut être deux pour réussir une finale. Les joueurs et le staff héraultais peuvent rentrer chez eux la tête haute. Quant aux Toulousains, ils savent que ce titre ne leur a pas été offert, qu'ils sont allés le chercher avec les dents. Et les bras de leur capitaine.

