Je vous laisse les clés du club-house pour les deux mois à venir. Je sais que les échanges ne manqueront pas d'être relevés, d'autant que s'avance une équipe de France dotée d'un cinq de devant bien trop léger, assemblé ni pour durer ni pour accéder aux sommets. Mais on se souviendra qu'en avril 1956, Adolphe Jauréguy, ancien ailier et capitaine tricolore devenu vice-président de la FFR et sélectionneur national, avait aligné un pack de voltigeurs (Barthe, Laziès, Baulon, Celaya, Biènes, Vigier et Domenech) pour donner, disait-il, du volume au jeu. Succès 14-9 face aux Anglais. Alors, à suivre...
Pendant le Tournoi, on le sait, les doublons prospèrent. C'est désolant car peu équitable. Business as usual. Volant très haut au-dessus d'un nid de dauphins, le Stade Toulousain, privé des deux tiers du XV de France, va peut-être descendre à des hauteurs plus communes, mais rien n'est moins certain tellement les champions de France disposent de ressources et de relève. C'est derrière eux que les choses se compliquent puisqu'entre entre la deuxième et la onzième place rien n'est figé.
Le haut niveau sportif n'a jamais été un gage de bonne santé, en témoigne l'arrêt de carrière de l'immense Uini Atonio, figure emblématique du pack rochelais, pierre angulaire de la mêlée tricolore, géant du Pacifique venu s'ancrer face à l'Atlantique. Il est la troisième tour du port rochelais. Un monument. Qui vient de s'effondrer, victime d'un grave problème cardiaque. Nous pensions que son genou droit céderait le premier sous la masse, mais c'est le palpitant qui lâche. A 36 ans. Nos pensées vont vers ce pilier de devoir inarrêtable sur la ligne d'avantage mais plaqué au cœur.
Je m'interroge sur l'absence de Damian Penaud, sanctionné par Fabien Galthié et son staff pour errements défensifs. L'excuse est trop grosse pour être vraie. Dégager le meilleur marqueur d'essais tricolore de tous les temps pour quelques placements approximatifs tient de la mauvaise foi absolument pas assumée : ce formidable zébulon a eu le tort d'être franc avec le coach national en lui faisant remarquer à quel point il s'emmerdait sur le terrain et à l'entraînement.
Concernant les séances à Marcoussis, je ne peux pas jurer que les exercices soient lénifiants, mais pour le reste, je ne lui donne pas tort: je me suis moi aussi emmerdé cette automne - et je ne suis pas le seul - à regarder s'ébrouer un XV de France qui dispose pourtant d'une génération dorée (Mauvaka, Marchand, Flament, Meafou, Cros, Ollivon, Boudehent devant, Dupont, Ntamack, Jalibert Depoortere, Gailleton, Moefana, Bielle-Biarrey, Penaud et Ramos derrière) capable d'exploits et d'éclat pour peu qu'on lui laisse la carte bleue.
En écartant Damian Penaud, serial marqueur de haute intensité, du Tournoi 2026, Galtoche prend le risque à terme de se couper du vestiaire. A vingt mois du coup d'envoi de la prochaine Coupe du monde, il vient peut-être de trouver le meilleur moyen de glisser sur la pente raide qui mène au trophée Webb-Ellis. L'avantage des palmiers, des cocotiers, des plages de sable doré, des vagues chaloupées et des cocktails à portée de mains, c'est qu'ils permettent d'offrir d'agréables perspectives dans le cas où les choses tourneraient mal. Rendez-vous fin mars, pour le bilan ovale. D'ici là, restez liés.
