Ce qu'il y a de bien avec les amis, c'est qu'ils ne vous laissent pas dormir longtemps pendant les vacances. La première tranche de Coupe des nations avalée avec comme cerise sur le gâteau un succès au Japon - domination sans discussion mais contenu que j'ai du mal à qualifier tant l'opposition ne proposait pas beaucoup d'hermétisme défensif -, je savourais à temps complet le Tour de France. Le cavalier seul de Pogacar d'une étape à l'autre m'interrogeait, découpant des victoires à ses coéquipiers comme à ses adversaires en grand saigneur de la route comme autant de larges tranches d'une hégémonie si importante qu'il peut la partager sans risquer de manquer, et voilà qu'un complice d'Ovalie, Philippe Daubas, me transmet une photo.
lundi 20 juillet 2026
Encre sympathique
samedi 11 juillet 2026
Une pleine coupe
dimanche 28 juin 2026
La défense est fête
On gardera de cette finale le souvenir d'un contraste météorologique, d'une chaleur étouffante, suffocante et soudain l'orage d'apocalypse, des éclairs striant le ciel dionysien, prélude à la pluie battante qui obligea l'arbitre de ce Toulouse-Montpellier à renvoyer les deux équipes dans leurs vestiaires respectifs le temps que les conditions soient moins défavorables à la pratique d'une activité sportive. Ce contraste, nous l'avions aussi perçu avant cela sur le terrain quand Montpellier s'offrit la possibilité d'exprimer son jeu, étouffant lui aussi, striant ce match de percussions axiales face auxquelles les Toulousains n'eurent d'autres ressources que de faire front. Et c'est sans doute là qu'ils remportèrent le vingt-cinquième Brennus de l'histoire de leur club.
Que Toulouse conserve son titre grâce à la défense, "ça n'a rien de nouveau, note pour nous Pierre Villepreux. Mais en ce qui nous concerne, la défense est faite pour récupérer le ballon et vite le jouer. Là, c'étaient plutôt des ballons de sauve-qui-peut." La faute à des Héraultais pugnaces dans le secteur du défi frontal. "Je m'attendais à ce genre de match, mais là, il a quand même été un peu spécial, relance l'ancien coach toulousain. Et quand tu vois le jeu de Montpellier, toujours à avancer, à se faire des passes et imposer une présence physique forte, pour contester les ballons..."
Contester ! Avant de parler des rucks débarrassons-nous du sujet qui fâche. Coquins en mêlée, il fallait bien que les Toulousains le soient pour ne pas complétement céder. Dominant avec Erdocio puis Forletta, le côté gauche héraultais n'a pas été récompensé. De même, la série de fautes cyniques additionnées par les Toulousains en première période (5 pénalités sifflées entre la 11e et la 28e minute), au plus fort des coups de boutoirs adverses, méritait un petit jaune bien tassé. Quant à l'action où Lebel - qui prendra jaune - retient Uelese par le maillot au moment où celui-ci court derrière le ballon et tente ensuite de l'aplatir (44e), ne méritait pas, de l'avis d'experts, un essai de pénalité.
Et pourtant, malgré tout cela, le MHR était contre toute attente en position de l'emporter, mené seulement de huit points à partir de la 63e minute. "Ca se joue à rien," reconnait Pierre Villepreux. Ou à beaucoup. Un lancer un poil trop haut sur une pénaltouche à proximité de l'en-but toulousain (74e), et deux dernières actions mal terminées (76e et 79e). L'effort consenti par les Héraultais explique ce manque de précision et de lucidité dans le money-time et il n'était que de voir les larmes couler sur leurs joues au coup de sifflet final pour mesurer la détresse et la frustration, la peine et le regret de ceux qui avaient obligé les tenants du titre à mettre un genou à terre.
Les Toulousains peuvent se cotiser pour ériger en l'honneur de leur capitaine, Jack Willis, une statue de bronze, voire même d'or, tant sa présence, son abattage et sa précision technique dans les rucks au plus près de sa ligne d'en-but, sauvèrent son équipe d'une défaite. Willis ou l'homme qui sut contenir l'orage ! "Ces ballons récupérés furent déterminants," confirme Pierre Villepreux, pour qui l'essentiel, c'est-à-dire le contenu du jeu, est ailleurs: "Toulouse est parvenu en première période à sortir Montpellier de son périmètre préféré, mais a été privé de ballon ensuite. Et le peu qu'il a eu a été tapé au pied sans grande possibilité de récupération. C'est curieux... Dans ce registre, Dupont et Graou n'ont pas été bons."
Durant la semaine entre Marseille et Saint-Denis, les Héraultais s'étaient promis de ne pas se présenter face à Toulouse en victimes expiatoires, transformant leur statut d'outsider en rage de vaincre. "La possession du ballon et l'occupation ont été à notre avantage, souligne Bernard Laporte, joint au lendemain de cette finale. Mais il aurait fallu être précis et juste, alors qu'on a encaissé deux essais à cause d'erreurs de défense et d'un manque d'attention."
Et le Tarnais d'ajouter : "A la mi-temps, dans le vestiaire, nos avants étaient très énervés à cause des fautes d'anti-jeu commises dans les mauls, devant les yeux de l'arbitre, qui ne voulait rien sanctionner." Emportements qui servirent de catalyseur et boostèrent les Héraultais à l'entame de la seconde période pour passer de 25-6 à 28-20. Les Anglo-Saxons disent : "Two for tango". Effectivement, il faut être deux pour réussir une finale. Les joueurs et le staff héraultais peuvent rentrer chez eux la tête haute. Quant aux Toulousains, ils savent que ce titre ne leur a pas été offert, qu'ils sont allés le chercher avec les dents. Et les bras de leur capitaine.
vendredi 19 juin 2026
Une rime pour la route
Si les historiens ne parviennent pas à s'accorder pour dater la chute de l'empire romain, il est sans doute plus facile pour nous d'isoler le moment qui marque la fin du romantisme en Ovalie, ce territoire qui nourrit nos esprits, nos rêveries, nos échanges. Ainsi le 25 mai 1980, la finale du Championnat de France se tenait pour la dernière fois un samedi à 15 heures. Par une journée ensoleillée sans canicule - le changement climatique n'avait pas encore posé sa grosse patte sur nos thermomètres - l'Association sportive biterroise affrontait, favorite, le Stade toulousain. Favorite car depuis 1971, les Héraultais s'étaient accaparés le Bouclier de Brennus du père Charles.
Toulon, Brive par deux fois, Narbonne, Perpignan et Montferrand (ce n'était pas encore Clermont) battus, Béziers régnait, comme Lourdes avant lui. Seuls les Agenais étaient parvenus, en 1976, à feinter le destin contraire au terme d'une finale digne d'un scénario d'Hitchcock. En ce joli mois de mai s'avançaient des Toulousains de légende - Serge Gabernet, Dominique Harize et Guy Novès aux ailes, l'ailier Jean-Michel Rancoule à l'ouverture, l'inimitable zébulon Gégé Martinez derrière une mêlée fragile, l'athlétique Jean-Claude Skrela et l'immense Jean-Pierre Rives qui semblait taille réduite face aux mastodontes cathares qu'étaient Armand Vaquerin, Alain Paco, Jean-Louis Martin, Alain Estève, Michel Palmié et Yvan Buonomo, encadré par deux flankers prometteurs, à savoir Pierre Lacans et Jean-Michel Cordier.
Par la suite, la finale se jouerait en nocturne et Béziers remporterait encore trois titres. Mais en 1980, deux courants s'affrontaient. A la rigueur cathare compactée autour d'un pack automatisé, les Toulousains répliquaient par des attaques en première main et des relances romantiques boostées par les foulées graciles de Thierry Merlos, le plus véloce des trois-quarts centres. Cette finale avait des airs de bataille d'Hernani, et les coriaces l'emportèrent, 10-6, l'arrière Serge Gabernet, servi au cordeau par Dominique Harize infiltré à toutes jambes dans la défense biterroise, s'avérant incapable de contrôler le ballon qu'il laissa rebondir sur son épaule en toute fin de match.
Cinq saisons plus tard, le Stade toulousain prit non pas sa revanche mais une place au sommet du jeu. 1980, on l'a dit, signifia la fin d'une époque baroque, estudiantine, insouciante, légère, et pas seulement au sein du club de la cité rose. Apportée par Robert Bru, dont on ne vantera jamais assez le rôle, la méthode delaplacienne fit son entrée pour changer définitivement la face du rugby français. Polyvalence des rôles, jeu debout, utilisation complémentaire du large et du ras : pas une équipe qui ne pratique désormais ce triptyque. Avec plus ou moins de réussite. Précurseur, le Stade toulousain maîtrise mieux que les autres le style qu'il a largement contribué à vulgariser quand, dans le même temps, Béziers parvint jusqu'en 1984 a faire fructifier l'héritage de Raymond Barthès et de Raoul Barrière.
Wayne Smith, Rob Andrew, John Rutherford, entre autres internationaux devenus techniciens, vinrent aux Sept-Deniers pour tenter de comprendre la mécanique des fluides qui coulaient entre les lignes toulousaines. Avant de repartir en Nouvelle-Zélande, en Angleterre et en Ecosse prêcher les nouveaux évangiles selon Pierre (Villepreux), disciple le plus fameux du maître Deleplace. Depuis, pas moins de dix-sept titres garnissent la vitrine aux trophées d'un club qui a fait de la formation son canal historique, et on ne compte plus les joueurs qui nourrissent les équipes d'élite après être passés par son école de rugby.
Ce 25 mai 1980, le troisième-ligne centre international Yvan Buonomo inscrivit en force un essai pour sceller un difficile succès. Disciple du Sétois Paul Valéry, et éclairé par son mentor Jean-Louis Bourret, du rugby ce chantre a pondu en 2008 un poème-fleuve (63 quatrains) qui laisse à notre sagacité quatre vers parmi ses milliers d'autres au moment où se noue la résolution d'une saison épique de Top 14 comme peut-être jamais l'élite du rugby français n'en a connu, mais aussi où l'éthique fut secouée et les interrogations multipliées : "Si gagner le Brennus, ô victoire suprême, est pour le rugbyman l'acte le plus sacré, l'exemple et le devoir se devront d'être extrêmes. Le titre ne fait pas toujours l'homme parfait."
dimanche 7 juin 2026
Rupture de niveau
Ils étaient sept pour cinq places, considérant que le Stade Toulousain, nonobstant deux points de pénalité pour manquement à l'éthique salariale, a su s'élever un cran au-dessus du peloton des qualifiables. Ce classement, cuvée 2026, est d'une densité jamais vue. Bayonne, Lyon, Castres, puis Toulon, un temps éligible, n'ont pas tenu le rythme imprimé par les cadors, lesquels ont fini par lâcher Clermont et Bordeaux-Bègles dans le dernier raidillon.
samedi 23 mai 2026
Le rugby change, le magret résiste
Après la blogueuse Sylvie Colliat, les écrivains Laurent Bonnet et Benoit Jeantet, le philosophe Christophe Schaeffer, puis les anciens internationaux Olivier Magne et Thomas Castaignède, Côté Ouvert offre là un espace "inside" à Miguel Fernandez, président du syndicat des agents sportifs du rugby (Intervals), ancien demi de mêlée du Stade Français (section amateur) et du RC Vincennes, qui réside depuis quelques années en Gironde, dans l'entre-deux mers. Gouleyant, au moment où l'Union Bordeaux-Bègles réalise un doublé historique.
lundi 11 mai 2026
Tous en phase finale
Vous l'avez sans doute remarqué : il n'y a pas un seul Championnat d'élite mais bien six. Six compétitions logées dans ce Top 14. Commençons donc par le bas. Montauban, invité surprise, dispute son propre challenge, celui de l'espérance : bien figurer sans craquer même après avoir encaissé des scores fleuve en déplacement et d'humiliantes défaites à Sapiac. Un combat pour la dignité, à savoir faire bonne figure, surtout quand les vagues adverses vous emportent loin de la berge. Quand on n'a plus pied, il faut savoir nager.
Juste un peu plus haut, à la treizième place, celle de ce purgatoire nommé "barrage" mais qui parfois cède, Perpignan attend son heure sans illusion. Aucun club ne viendra prendre sa place. L'USAP n'est pas assez armée pour jouer à Aimé-Giral un rôle autre que celui - parfois - d'arbitre, en témoignent ces cinq succès en vingt-trois rencontres. Mais l'effectif catalan est trop étoffé pour ne pas miser sur un retour immédiat dans l'élite en cas de redescente en Pro D2. Il lui reste ce fameux match de la peur négocié à l'extérieur une fois le championnat terminé, et c'est à cette échéance que les Sang et Or se préparent actuellement : un match de Coupe, ou plutôt couperet.
Castres, Lyon et Bayonne ont gâché beaucoup d'occasions, cette saison. Trop. Dix succès ne permettent pas d'espérer autre chose qu'un rôle de figurant. Ils sont partenaires de jeu, dans l'esprit Du-Manoir, sparring-partners pour faire nombre à trois journées de la fin. Ils n'ont rien à gagner après avoir beaucoup perdu. La seule interrogation qu'ils peuvent nourrir n'est pas inintéressante : Toulon les rejoindra-t-il pour densifier ce ventre mou ? Car du côté de Marseille, les Varois ne sont pas passés à l'Orange, pressés, compressés, déplacés sans pour autant vraiment jouer à l'extérieur mais assez loin de Mayol, néanmoins, pour perdre leurs racines.
Cette option donne à peine assez de piment pour assaisonner le ragoût car pour le cas où le RCT décrocherait sa douzième victoire de la saison à l'Arena pour basculer dans la colonne "crédit", ils seraient alors cinq clubs à viser les deux derniers tickets poinçonnés phase finale : Toulon, donc, La Rochelle, le Racing 92, Bordeaux-Bègles et Clermont. D'ici le 6 juin, cinq affrontements directs sont à l'affiche entre ces prétendants, défi concurrentiel de très haute volée qui laissera trois ténors aphones.
Ce Top 14 recèle, maintenant que nous gravissons les échelons, une triangulaire, et il n'y aura qu'un élu pour accéder à la deuxième place du classement. Aujourd'hui Montpellier est en tête des suffrages (70 points), mais Pau (69) et le Stade Français (68) sont capables de faire le plein de voix. Pourquoi cette guerre de trois est-elle si importante ? Parce que, vous le savez, se placer en dauphin offre une semaine de récupération, cessez-le-feu en pleine guerre qui permet de recharger les accus avant les demi-finales. Un petit avantage qui se révèle souvent déterminant.
Cela touche-t-il le Stade Toulousain, leader inexpugnable qui n'a plus maintenant qu'à gérer son avance en se méfiant toutefois de ne pas être le lièvre de la fable ? Toulouse, capable d'aligner deux équipes d'égale valeur et une troisième pleine d'Espoirs de talent qui préfèrent faire banquette chez un champion que feuille de match ailleurs... Si le rugby ressemblait au football, le Stade Toulousain aurait des faux airs de PSG bientôt assuré du titre, et ce serait justice tant les hommes d'Ugo Mola évoluent dans une autre dimension, celle du jeu debout et du mouvement perpétuel.
Les joueurs, concernés par ce resserrement qui, paradoxalement, éclate le Top 14 en six morceaux, sont unanimes : jamais Championnat de France n'a été aussi intense. On n'y parle plus de percussions mais de collisions : ce vocable est entré dans le langage courant des conférences de presse d'après-match et c'est effrayant. Surtout quand on voit les victimes de ces chocs sortir sur civière après dix minutes de soins prodigués sur la pelouse par les staffs médicaux.
Ne nous quittons pas quand se referme la porte de l'infirmerie. Partageons plutôt cette phrase que cisela un jour l'une des plus plantureuses artistes italiennes. Si nous lui faisons prendre la forme ovale qui épouse le ballon de rugby, si nous la transformons du bord de touche, la différence entre les êtres s'opère, dirait-elle, par l'intensité avec laquelle chacun d'entre nous choisit de vivre. Restent désormais trois journées avant que s'ouvre l'abysse. Ou s'offre l'acmé.
mardi 21 avril 2026
Comprendre la passe
La modernité sied bien aux Anciens, c'est un fait, il suffit de relire Platon, et pas seulement parce que son allégorie de la caverne nous ramène au vestiaire qui préludait à nos premiers matches, car en effet rien n'est plus contemporain qu'un axiome asséné avec éclat par Maurice Prat, un jour d'interview dans la salon de sa maison située juste derrière le stade Béguère, théâtre des exploits d'une équipe, le FC Lourdes, passée référence ou référence passée du "plus un" en bout de ligne.
mardi 14 avril 2026
Sur un plateau
Dans la roue des champions, ce cornac a le mental d'un dératé de Paris-Roubaix. Car il en fallait, de la caisse, pour survoler les pavés du Nord, avaler la poussière et les kilomètres d'un enfer dominical qui ne s'offre qu'aux plus grands. La remontée héroïque de Mathieu van der Poel effaçant d'une force d'airain son retard seconde après seconde n'avait comme concurrence que le duel digne du long métrage de Ridley Scott entre Wout van Aert et Tadei Pogacar, bretteurs grand style roue dans roue jusqu'à l'emballage final dans un écrin en forme oblongue de vélodrome.
lundi 23 mars 2026
Blanco passe au centre
De Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux jusqu'à Didier Codorniou à Gruissan, en passant par Jean Carrère à Argelès-sur-mer, nombreux - pas tant que ça en fait - sont les internationaux français élus maires au suffrage universel. N'oublions pas les arbitres : Bernard Marie à Biarritz et Georges Domercq à Bellocq. Liste non exhaustive puisque mon propos consiste à illustrer l'engagement citoyen de sportifs biberonnés au tissu associatif. Et d 'ailleurs, il n'est que de rappeler la phrase de l'écrivain havrais Pierre Mac Orlan pour tirer un trait d'union entre sport et politique : "Le club, cette petite patrie dans la grande."
Personne mieux que Serge Blanco illustre la fidélité à un seul maillot tout au long d'une carrière, et on peut dire maintenant d'une existence. Après avoir accueilli en son sein l'enfant de Caracas, Biarritz vient de le sacrer roi. C'était dimanche soir. Bien malin qui pouvait imaginer l'arrière fantasque relancer depuis l'isoloir et construire par les urnes une victoire. Sur le terrain, il n'était à l'aise ni à l'aile droite, ni à l'aile gauche. Pas étonnant que ce soit au centre qu'il ait tracé son chemin. Et choisi de fêter son succès chez son ancien coéquipier Pascal Ondarts.
Le centre, ainsi qu'a pu le constater l'international bordelais Damian Penaud replacé à ce poste dimanche soir face au Stade toulousain en clôture de la dix-neuvième journée, n'est vraiment pas de tout repos. A l'heure où les extrêmes captent beaucoup trop de suffrages, choisir d'accorder la médiété - concept philosophique cher à Aristote - à un projet politique demande un équilibre à toutes épreuves dont seuls disposent les funambules ou les sages, selon. Ce sont parfois les mêmes : ils maîtrisent l'espace quand d'autres y voient le vide.
"Même aux cartes, il a de la chance," dit de lui son compère Grégoire Lascubé, ancien pilier international devenu partenaire de pelote basque, d'agapes et de Mus. A mes débuts de journaliste, avant même d'intégrer le quotidien L'Equipe, j'avais rencontré Serge Blanco, alors en pleine ascension sportive, passant du junior biarrot éclatant surclassé à l'arrière étincelant encensé du XV de France. Il a, avec grâce, préfacé quelques-uns de mes ouvrages et toujours en évoquant le sens collectif qui construit une équipe alors que son génie sans égal aurait pu lui permettre de tirer à lui la couverture.
Arrière, buteur, chasseur d'essais, match-winner, capitaine, phare et même co-entraîneur de la sélection nationale, il fut d'abord l'âme du Biarritz Olympique et lui manque juste le titre de champion de France pour envelopper une carrière hors-normes. Président de la LNR, il a fait entrer le rugby d'élite des clubs français dans le professionnalisme. Il rêvait d'un calendrier universel, meilleur moyen d'associer les deux hémisphères. Il a offert au Top 16 puis 14 une couverture télévisuelle dont seul le football disposait. Et s'il a refusé, pour des raisons personnelles, de se présenter à la présidence de la FFR, l'idée de briguer la mairie de Biarritz a beaucoup à voir avec l'envie de protéger Aguilera des vautours et de redonner au B.O. une place parmi l'élite ovale.
Blanco n'est pas Blanqui. Il ne révolutionnera pas la côte basque. Mais lui qui a toujours refusé l'idée même de défaite vient de prouver, comme il le faisait de sa foulée chaloupée et de ses feintes irrésistibles, qu'il n'existe aucune défense inexpugnable. On lui souhaite de réussir à la mairie aussi bien qu'entre les poteaux et mieux qu'en affaires. Extrêmement rares sont les histoires d'amour entre un homme et sa ville. Je ne sais pas où cette "rugmance" mènera le Pelé du rugby - ainsi baptisé par un journaliste gallois à la fin des années 70 - mais elle peut inspirer ceux de la nouvelle génération de retraités d'Ovalie à préférer le socle à l'éclat, l'altérité à la gloire, la constance à l'éphémère.
dimanche 15 mars 2026
Pas vraiment le pied
Il ne faut pas désespérer Saint-Denis. Paraphraser la célèbre citation apocryphe de Jean-Paul Sartre, écrite en 1955, n'est pas une simple feinte de passe dans le seul but de dérider l'incipit : vaincre l'Angleterre à la dernière seconde, et surtout trois minutes au-delà, reste un délice de fin gourmet. Quant à terminer à la première place du Tournoi des Six Nations, rien n'est plus apprécié à un peu moins de deux ans de la prochaine Coupe du monde. Ce n'est certes pas l'indicateur le plus fiable en matière de pronostic et les bookmakers ne s'y tromperont pas, mais c'est après tout - et surtout la déconfiture de Murrayfield - un titre honorifique à savourer.
dimanche 8 mars 2026
Des deux côtés
Non pas que la déroute tricolore en Ecosse soit un sujet à éviter mais avouons-le, Rome était, en ce samedi historique, l'unique objet de notre sentiment. En effet, l'événement n'est pas que le XV de France ne sache toujours pas depuis maintenant quarante saisons préparer les rendez-vous qui comptent mais plutôt que la Nazionale soit parvenue, enfin, à cueillir la Rose. Vingt-six ans que l'Italie attendait ça ! Il n'y a donc pas barrière infranchissable. Et il faut reconnaître la qualité du travail du coach argentin Gonzalo Quesada, dans le sillage de ceux - Pierre Villepreux, Mitou Fourcade, Georges Coste, Pierre Berbizier - qui firent monter en gamme, année après année, la sélection transalpine.
Si l'on s'en tient au chapitre des coaches, on a bien saisi que Fabien Galthié savait s'employer comme aucun autre sélectionneur national pour détourner, non sans humour, l'attention des médias et du grand public avant le coup d'envoi d'une rencontre d'importance. Mais il reste à déterminer si le fait que le groupe France ait été obligé d'annexer de bonne (ou mauvaise) grâce le couloir pour se changer avant le captain's run du vendredi a eu un impact le lendemain sur l'entame du match face à l'Ecosse. Et quand on écrit entame, on pense plutôt aux soixante-cinq premières minutes, ce qui fait quand même beaucoup - trop - d'absences.
Il faut à ce propos noter que l'aréopage tricolore - staff et joueurs - paraît pléthorique. Alors, compte tenu du triste contenu de cette défaite humiliante (47-14 à la 65e minute), on est en droit de se demander si la présence d'un adjoint pour la touche, d'un autre pour la défense et d'un spécialiste de la mêlée est vraiment obligatoire... S'en passer ferait ainsi un peu de place, puisque c'est ce que Galthié recherche. Sans parler d'un préparateur mental dont on s'interroge sur l'efficacité puisqu'il n'y a pas eu trace d'engagement, de lucidité et d'agressivité pendant plus d'une heure, côté tricolore, à Murrayfield.
Pour ce XV de France qui rêvait d'un Grand Chelem afin de marquer son histoire, débutait samedi en Ecosse une deuxième partie du Tournoi face à un adversaire qu'on savait débordant d'enthousiasme et de vista. On imaginait moins facilement qu'il allait nous museler devant, dans les phases de conquête, les rucks et les turn-over, voire nous surclasser - c'était inimaginable. Et surtout nous transpercer de toutes parts, au large, au centre, au ras... Une équipe d'Ecosse qui s'arrêta de jouer avec les Tricolores à un quart d'heure de la fin, s'amusant même à boucler son score à cinquante points, compte rond qui nous hantera longtemps.
Si Fabien Galthié a décidé de se priver du meilleur marqueur d'essai tricolore en pleine activité - Damian Penaud, pour ne pas le nommer - au motif qu'il avait des lacunes en défense, on espère qu'il ne sortira pas de la prochaine feuille de match face à l'Angleterre les titulaires qui se sont déchirés au plaquage car si ce devait être le cas, on se demande bien qui il pourrait aligner... Le fiasco est collectif, ce qui n'est pas rassurant, et même l'ancien meilleur joueur du monde a livré une prestation indigne de son rang et de son talent, c'est dire.
A suivre donc samedi prochain le débarquement à Saint-Denis d'un XV de la Rose épinglé à Rome - une première. Les organisateurs du Tournoi imaginaient une "finale" en forme d'apothéose, mais ne reste de cette image qu'une séance de rattrapage entre deux battus. Qui de la France ou de l'Angleterre parviendra à se remettre en si peu de temps d'un désastre afin de rebondir ? Après tout, il s'agit d'un Crunch et ça n'est jamais une rencontre ordinaire, même si la tentation est grande de survendre l'enjeu.
On aurait tort de minimiser ce choc entre ennemis de longue date. Sans remonter à Azincourt, les observateurs que nous sommes disposent d'un excellent compte-rendu de match rédigé en 1835 par l'un des meilleurs spécialistes de la question, à savoir Alexis de Tocqueville : "Les Français ne veulent reconnaître aucune supériorité. Les Anglais ne supportent que ceux qu'ils jugent inférieurs. Le Français lève les yeux avec anxiété, l'Anglais les baisse avec satisfaction. Des deux côtés, c'est de la fierté, mais exprimée de manière différente." Pas mieux.














