La modernité sied bien aux Anciens, c'est un fait, il suffit de relire Platon, et pas seulement parce que son allégorie de la caverne nous ramène au vestiaire qui préludait à nos premiers matches, car en effet rien n'est plus contemporain qu'un axiome asséné avec éclat par Maurice Prat, un jour d'interview dans la salon de sa maison située juste derrière le stade Béguère, théâtre des exploits d'une équipe, le FC Lourdes, passée référence ou référence passée du "plus un" en bout de ligne.
mardi 21 avril 2026
Comprendre la passe
dimanche 9 mars 2025
Une preuve éclatante
Une image vaut mille mots mais, dans le cas qui nous occupe, à savoir l'éclatant succès tricolore à Dublin, c'est parfois réducteur. C'est d'un album dont nous aurions besoin pour illustrer l'exploit réalisé sur la pelouse de l'Aviva Stadium. Et par où commencer ? Comme nous y incite notre ami Marcel Allan, contributeur de ce blog, autant attaquer par le début. Il est admis que le rugby commence devant et que la beauté de ce jeu appelle à ne pas s'y arrêter. Samedi face à des Irlandais engagés sur le chemin d'un Grand Chelem et qui le firent savoir pendant un premier quart d'heure de feu durant lequel le fighting spirit servit de carburant à leur stratégie de pilonnage systématique si difficile à arrêter tant elle enchaîne les temps de jeu, c'est en défense que les Tricolores du capitaine Dupont décidèrent de gagner ce match. Une fois les Irlandais sans le moindre point là où ils auraient pu inscrire deux ou trois essais, les trois-quarts français décidèrent de l'ampleur à donner au score. Et ils le firent d'une façon si spectaculaire que les exégètes d'Ovalie vont placer dans leurs livres d'Histoire cette victoire à Dublin, à l'égal du Crunch royal de 2023.
samedi 18 janvier 2025
Vents ovales
La magie de l'azerty s'arrête là où l'imagination commence à déborder le long de la ligne des touches. Comment vous faire partager l'aura que dégagent les monstres sacrés du rugby portés par cet amour du jeu de balle ovale qu'il est difficile d'évaluer tant ils lui ont tout donné ? Ainsi est André Herrero, authentique gladiateur des stades quand les tribunes étaient bordées de populaires et que le synthétique n'avait pas encore envahi les terrains, figure emblématique d'un club littéralement planté au bord de l'eau, si près qu'un drop-goal trop long peut terminer sa course dans la rade.
mardi 31 décembre 2024
2025 : que le jeu demeure
La vieille année s'en va, vive 2025, donc. Le temps s'écoule et ce n'est souvent qu'au moment où il atteint sa butée que nous percevons la vitesse à laquelle il file et, surtout, nous glisse entre les doigts. Quel est donc, à ce titre, le chemin parcouru par le rugby depuis qu'il a quitté sa gangue amateur en 1995 ? Trente ans, déjà. Est-ce un autre jeu ? Sans aucun doute. L'activité économique qu'il génère a-t-elle dépassé la pratique sportive ? On peut sincèrement en douter quand se mesure en dizaines de millions d'euros le déficit financier qui plombe son bilan.
dimanche 17 novembre 2024
Sacrée défense
Heureux élus, vous pourrez dire avec un plaisir non dissimulé : "J'y étais". C'est donc bien au Stade de France qu'il fallait être pour jouir du plus lumineux spectacle jamais offert sous la pleine lune ovale. Car j'ai beau chercher, je ne trouve pas plus bel écrin d'avant-match que ce samedi 16 novembre 2025 au Stade de France dans l'enchaînement d'une Marseillaise a capella et d'un haka immaculé durant lequel le respect réciproque, l'émotion transmise par un public conquis et une enveloppe pyrotechnique de toute beauté hissèrent sur un sommet cet affrontement toujours aussi attendu.
Avoir vécu 1986 à Nantes où pour la première fois, le XV de France décida de relever le défi de façon frontale dans le sillage de son corsaire le plus endiablé, à savoir Eric Champ; pour avoir vibré à Cardiff en 2007 quand la ligne bleu-blanc-rouge tracée par Serge Betsen enfla dans les yeux néo-zélandais ; et pour avoir compris en 2011 que le réponse française en forme de pointe acérée perturbait jusqu'aux tréfonds de leur psyché le mental des All Blacks, tout cela est peu en comparaison de ce que ce nocturne a projeté.
Comparaison n'est pas raison, écrivait Gustave Flaubert, et il n'est pas besoin d'avoir le cœur compliqué au point d'opposer en miroir à ce France - Nouvelle-Zélande l'immonde France-Israël de football de l'avant-veille au même endroit. Ces deux sports, lointains cousins, évoluent depuis longtemps maintenant dans des mondes différents, c'est entendu, et seul le hasard d'un calendrier porte la responsabilité d'offrir ce contraste saisissant qui raconte néanmoins à quel point le sport est le plus grand vecteur de sentiments, qu'ils soient nourris de joie ou pétris de haine.
Il faut remonter à 1954 pour trouver trace de la première victoire française sur les All Blacks. Déjà là, elle fut le fruit d'une défense acharnée face à des Néo-Zélandais particulièrement offensifs mais maladroits au moment de conclure balle en mains leur domination territoriale. 3-0, tel est le score de ce premier exploit. On ne fait pas plus maigre. Soixante-dix ans plus tard, le 30-29 démontre une nouvelle fois qu'un succès de prestige ne tient qu'à un fil, celui que les coéquipiers d'Antoine Dupont tissèrent et qui ne craqua pas, même lors que les All Blacks de blanc vêtus tirèrent fort dessus en première période puis dans les derniers instants.
Lucien Mias aurait sans aucun doute apprécié la performance tricolore, lui qui considérait que la force d'une équipe se mesure à l'intensité de la contagion qui la traverse. L'équipe est tout ou n'est rien, disait-il. Et son ciment n'est rien d'autre que la défense, tous les entraîneurs et les joueurs qui terrassèrent un jour les All Blacks vous le diront et n'ont cessé de le répéter. La défense, c'est à la fois la première idée qui s'impose, la plus facile à mettre en place, certes, mais la plus difficile à maintenir sur la durée quand tout, dans le rugby français, incite au panache de l'attaque pour décrocher la Lune.
De ce côté-là, aucun doute : le French Flair n'est pas mort car il brille encore. Il suffit pour s'en convaincre d'admirer les inspirations du jeune Louis Bielle-Biarrey, vingt-et-un ans, neuf essais en treize sélections, meilleur ratio tricolore de tous les temps. Ses courses supersoniques réduiraient n'importe quel adversaire au rang de piéton. Et que dire de l'étonnant Peato Mauvaka, joueur protée s'il en est, capable dans le même mouvement d'évoluer talonneur, demi de mêlée, troisième-ligne aile et trois-quarts centre, de plaquer et de franchir pour finir par sauter tel un zébulon sur la tête d'un All Black qui dépasse de l'ultime maul et provoquer le coup de sifflet final de ce match de légende.
Vous trouvez que j'en fais un peu trop ? Que j'ai la dithyrambe facile ? Que ce succès mérite moins d'éloges ? Mais à ne voir le futur que par la lorgnette des Coupes du monde qui se succèdent tous les quatre ans, à ne mesurer la valeur d'une équipe qu'à l'aune du trophée Webb Ellis, on finit par ne plus avoir goût à rien. D'accord, les belles victoires face aux All Blacks empochées par le XV de France n'ont jamais débouché sur le grand sacre, ce titre mondial qui lui échappe. Et alors ? Faut-il pour autant bouder notre plaisir ? Comme disait Lucien Mias, toujours lui, quand on lui reprochait de verrouiller le jeu de Mazamet, son club : "Si vous voulez voir du spectacle, allez à Lourdes !" Pour ma part, en regardant l'inéluctable machine sud-africaine éteindre l'Ecosse, l'Angleterre et sûrement demain le pays de Galles, je me dis qu'il y a encore, effectivement, un peu de chemin à parcourir pour aller de la Terre à la Lune.
lundi 20 mai 2024
Enfants du pays
jeudi 9 mai 2024
Le tempo de l'éveil
Le jeu de rugby ne manque pas d'avatars. Quel que soit le contexte - Top 14 ou Coupe des Champions - , il nous faut répondre à la même question : que se passe-t-il dans ce théâtre à l'ancienne ? Le coup d'envoi est donné comme un rideau se lève, nous regardons, nous attendons, nous recevons et nous comprenons, pourrait répondre Roland Barthes. Le match est terminé, gagné ou perdu selon nos attentes de supporteur ou d'observateur, et nous nos souvenons. Ce faisant, nous ne serons plus les mêmes qu'avant.
Les philologues grecs auraient aimé le rugby. Il correspond parfaitement à leur vocabulaire. Pour qu'une rencontre se joue sur la scène d'un terrain, il doit se passer plusieurs choses. Par ordre chronologique un fait, une action, un hasard, une surprise, une issue. Rien ne vient à nous, en rugby, qui ne soit immédiatement accompagné du sens que nous lui donnons. Mais le jeu qui se déploie devant nous demeure une substance entêtée.
Et si l'art du rugby consistait à faire voir, simplement, les choses telles que manipulées par les joueurs au moment où ils disposent en une fraction de seconde seulement du ballon ? Comme un secret partagé qu'ils laisseraient passer, comme un grain que le peintre disperse sur la toile. Si nous voulions philosopher, nous dirions que le jeu de balle ovale est dans la légèreté et non dans la lourdeur, dans l'espace utilisé et non dans la conservation obtuse du ballon, dans l'éphémère et non les datas.
Victorieux dimanche dernier des Harlequins, le Stade Toulousain produit son effet dans un dosage de répartition, de combinaisons, phases de jeu inimitables ponctuées de gestes qui sont autant de griffures dans la défense adverse. Parfois un fouillis de passes emporte tout le monde, dirait mon parrain de cœur Jacky Adole chez qui, à Limeuil, je regardais cette demie. Ces passes, debout, sont un va-et-vient parfois intense, et à d'autres moments une approximation, des trainées de courses sortantes, entrantes, au large, au ras, qui se recouvrent parfois.
Il faut feindre de rater pour mieux réussir, et de tous ces ratages superposés nait une sorte de palimpseste qui donne au jeu collectif la profondeur d'un réseau, quand les joueurs passent des uns aux autres ce ballon. Pour autant, chaque geste a pour but d'installer une matière rugbystique. Faut-il lui donner un nom, comme on nomme une toile ? L'évocation ne peut-elle pas suffire ? Il existe toujours dans le jeu une forme de hasard : on appelle aussi cela l'inspiration. Et cette force créatrice est un bonheur d'étonnement.
Au cœur d'un collectif s'émancipe souvent une individualité. Celle du Stade Toulousain se nomme Antoine Dupont. D'une passe, d'une course, d'un soutien, dans l'intervalle ou l'interstice, il produit l'événement, aère le jeu, énergie subtile qui permet à son équipe de mieux respirer. Le philosophe Gaston Bachelard appelait cela "l'imagination ascensionnelle". Le XV de France n'a pas pu, pas su, en profiter pleinement l'année dernière quand la Coupe du monde fouettait nos attentes. Toulouse d'ici fin juin, et France 7 dans les semaines qui suivront, auront sans doute plus de chance que quinze coqs enfoncés dans le purin.
L'homme providentiel ne fait jamais rien éclore seul. Sans lui, les autres avancent peu, avec lui ils peuvent tout. Ce qui a manqué au PSG dans sa quête toute ronde d'un Graal européen ? Que Kylian Mbappé montre le chemin en se mettant au service de ses coéquipiers avant de les tirer vers le haut, vers le but... C'est bien le poids d'un démiurge qui différencie aujourd'hui le Stade Toulousain de tous ses adversaires. Mais c'est à la fois gracieux et dangereux.
Si l'on veut bien mettre entre parenthèses le temps de cette chronique la fin haletante d'un Top 14 qui délivrera au compte-gouttes ses tickets d'entrée en phase finale, pour mieux se projeter sur la finale de la Coupe des Champions entre la province irlandaise du Leinster et la pléiade toulousaine qui ne manquera pas de bientôt surgir, l'opposition des écoles - la dublinoise et celle de la ville rose - propose les deux faces d'une même pièce.
A l'organisation huilée, millimétrée, calibrée, très apollonienne du rugby, se distingue une façon plus dionysiaque d'aborder le jeu. Antoine Dupont serait alors ce feu dans les jambes dont chaque foulée joue un rôle si particulier, ce fils de Webb Ellis dont on attend qu'il fertilise la balle quand il surgit par surprise. Dernier passeur, premier soutien, dit mon ami Philippe Glatigny, éducateur landais. Rien n'est lisible qui puisse profiter à l'adversaire. De tous, Antoine Dupont est bien celui qui met le plus en valeur, aujourd'hui, une culture ovale née dans le triangle Bordeaux-Toulouse-Bayonne, il y a plus d'un siècle, de l'offrande et du crochet. On espère juste qu'il parviendra à aller au bout de sa course.
dimanche 18 juin 2023
L'enchanteur malin
lundi 10 avril 2023
Jaune et rouge
L'actualité dominante n'incite pas à la franche rigolade en ce lundi de pack. Déréglé, le climat drague le mercure et promet sur les bords de la Manche des étés à cinquante degrés. Alors que l'Ukraine assaillie n'est finit pas de serrer sa défense, Taïwan est menacé d'invasion par ses frères chinois à l'horizon 2025. Pendant ce temps-là, les banques centrales remontent les taux d'intérêts ce qui a pour effet, entre autres, de casser le cycle financier, en témoignent les faillites d'une poignée de banques, dont le Crédit Suisse, série en cours...
La course erratique du temps n'épargne pas le rugby. Aux chocs répétés dans le périmètre des rucks, aux plaquages désintégrants, aux gestes mal maîtrisés dans le feu de l'action, le directeur de jeu n'offre que sa bonne foi, épaulés d'assesseurs et d'arbitres vidéo, et dispose d'un arsenal qu'on jugeait naguère trop contraignant et qui semble aujourd'hui sinon dépassé du moins sujet inadapté à la violence conjoncturelle liée à l'engagement physique mis dans l'affrontement de colosses préparés à ce type de combat défensif.
Ainsi a-t-on vu M. Brace, déjugé par ses instances après avoir décidé d'infliger un carton rouge à Zach Mercer, condamnant ainsi en grande partie Montpellier à la défaite en quarts de finale de la Coupe des champions, hésiter au moment de sanctionner un Saracens dont la victime, Will Skelton, sortait sur civière après avoir été percuté à la carotide. Au plus haut niveau, la cohérence arbitrale fait défaut et c'est d'autant plus criant que les images des accidents de jeu son diffusées sous tous les angles à de multiples reprises, faisant de chacun d'entre nous un censeur impuissant.
Seraient envisagées - notez le conditionnel - de nouvelles armes dissuasives : le carton rouge décalé de quelques jours après visionnage vidéo intensif une fois le match terminé, et le carton orange qui permettrait au staff de remplacer le joueur fautif - lequel ne serait plus autorisé à revenir sur le terrain - au bout de vingt minutes. Tout cela pour éviter que déséquilibrer un match en distribuant un carton rouge. De quoi malheureusement compliquer davantage des situations qui le sont déjà par la nature complexe du rugby.
Alambiquée, cette Coupe intercontinentale des champions a vu, en quarts de finale, le meilleur du rugby français prendre le dessus sur les élites anglaises et sud-africaines de manière spectaculaire. La désormais fameuse "attaque verticale" couplée à la précision du grattage au sol ont mis, le week-end dernier, Toulouse et La Rochelle sur orbite, et je ne vois que les Irlandais du Leinster pour éviter qu'une finale franco-française trouve refuge à l'Aviva Stadium avant de déborder sur Temple Bar pour une troisième mi-temps à la hauteur des deux premières.
En attendant, après nous avoir nourris de derbies, le Top 14 remonte en scène. Ne restent plus désormais que quatre journées pour élire les six clubs qui disputeront la phase finale. Resserrés entre la cinquième et la huitième place, Bordeaux, Toulon, le Racing et Bayonne se tiennent en quatre points. Là aussi, frotter tension et pression comme deux silex ne peut déboucher que sur des étincelles qui risquent d'enflammer la toile à chaque décision d'arbitrage. Cette année, nous fêtons le cinquantième anniversaire de la disparition de Picasso. Si le peintre malaguène œuvrait en rose et en bleu, les traits du rugby, eux, sont aujourd'hui jaune et rouge.
lundi 27 février 2023
Ah, cet essai !
mercredi 26 octobre 2022
Aux racines de ce jeu
Un géant s'est éteint. Doucement. A l'âge de 102 ans. Avant d'être l'immense artiste que l'on connait, Pierre Soulages avait été un solide avant du lycée de Rodez, puis du Stade Ruthénois. En 2007, Olivier Villepreux avait interviewé le peintre de l'outrenoir sur le thème ovale. "Avec mon gabarit, avouait Soulages, mes cent kilos et mon 1, 90 m, j'étais deuxième-ligne et parfois troisième-ligne. Je sautais haut, je courais vite. A Rodez, je ne pouvais échapper au rugby. Dans ma famille, on aimait le rugby. Je me souviens un jour, j'avais dix ans, et l'équipe du Stade Ruthénois était en déplacement. Mon oncle m'a surpris en train de me rendre au stade :
- Et où vas-tu ?
- Au stade, il y a match de football...
- Tu n'es pas malade ? Tu veux aller voir jouer les manchots ? Tu n'iras pas ! Viens, on va à la maison, on va goûter ensemble.
Et il m'a offert un quatre-heures phénoménal, pour me récompenser ! C'était en 1930."
Dans Le rugby français existe-t-il (éditions Autrement, 2007), Olivier Villepreux reprit les mots écrits par Roger Vailland sur Soulages : "C'est un champion, qui au cours d'un grand nombre de combats, de courses et de séances d'entraînement s'est créé un style". Un style fait d'immenses peintures monopigmentaires fondées sur la réflexion de la lumière par les états de surface du noir. Toiles exposées dans le monde entier, Paris, New York, Sao Paulo, Copenhague... Magnifiées en 1979 puis en 2010 au Centre Georges Pompidou, autre amoureux du rugby. Happé par la peinture en 1946, Soulages a ainsi fait traverser, quatre-vingt ans durant, son noir abstrait.
"J'ai des rapports presque quotidiens avec le rugby, avouait cet ancien joueur de l'ombre, des tâches obscures et souterraines. Car ce qui m'a plu au départ dans le rugby, c'est que le ballon est ovale. Cela a l'air idiot, mais c'est capital parce que, avec cette forme, il y a de l'inattendu. Et l'inattendu est ce qui m'intéresse dans la peinture, tous les jours. Ce qui me plaît, c'est de rencontrer ce que je n'attends pas et sur lequel peut s'échaufauder une construction. C'est comme cela que fonctionnent mes tableaux. Lorsque j'en commence un, je ne sais pas ce que je vais faire, c'est un événement qui, pendant que je peins, se produit et déclenche la suite. Cela ressemble déjà à du rugby, c'est dans la conception même, dans la racine de ce jeu, que je retrouve le rebond innatendu de l'ovale."
Et Pierre Soulages de poursuivre, à notre usage : "Si le rugby n'était qu'une activité physique, elle manquerait d'intérêt. J'ai souvent vu des types qu'on disait idiots être très intelligents dans le jeu. Et ils l'étaient, profondement. Il y a une forme d'intelligence du combat (...) Dans l'art, c'est la même chose. Ingres disait : "Les gens qui ont du talent, ils font ce qu'ils veulent, moi, je ne fais que ce que je peux." Je crois que c'est une parole qui vaut aussi pour le rugby. C'est un jeu qui est révélateur des gens, de leur personnalité et de leur talent, dans un collectif."
Et de conclure ici : "J'étais concerné par beaucoup de choses dans ma jeunesse, mais j'aimais ce jeu parce que justement il était beaucoup plus qu'un sport, un jeu (...) J'ai rencontre René Char. Il jouait au même poste que moi, m'a-t-il dit. Nous avions la même corpulence, quoique dans mon souvenir, il avait des mains plus grandes que les miennes ! Georges Duby (historien) également avait joué. Claude Simon (écrivain, prix Nobel en 1985) aussi. C'était un ami proche. (...) Vous savez, en général, les amis que j'ai sont des amis qui aiment ce jeu. Ce n'est pas parce qu'ils aiment le rugby qu'ils sont mes amis, mais parce que probablement il y a des choses que nous partageons qui se trouvent aussi dans ce jeu."
Parmi ses amis, Jean Nouvel. Et Olivier Margot. Qui offrit à L'Equipe Magazine le 10 septembre 2011 sa Une signée Soulages pour un cent pour cent All Blacks. "Le noir n'est pas toujours le deuil, précisait le Maître. Pour la plus grand partie de la planète, la couleur du deuil, c'est le blanc. Les symboliques des couleurs sont réversibles. Pour tout homme, c'est la couleur de notre origine : avant de naître, avant de "voir le jour", nous sommes dans le noir. Dans les époques lointaines de la Préhistoire, Altamina, Lascaux, Chauvet, nous savons que, depuis 340 siècles, les hommes allaient peindre dans les endroits les plus obscurs de la terre, dans le noir absolu des grottes, et peindre avec du noir."
Dans l'entretien réalisé par mon ami Olivier Margot, Pierre Soulages évoqua le rugby d'aujourd'hui. Voilà ce qu'il en disait : " Le jeu m'intéresse toujours, même s'il y a moins d'inattendu qu'auparavant. Tout est devenu très codé. Il faut se méfier des techniques trop bien rodées. Je suis contre les académismes. En peinture comme en rugby, le plus intéressant, c'est quand apparait un nouvel ordre dans le désordre. J'ai dit, il y a longtemps : C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche."
Un tel personnage, plus grand que nature, nous laisse une oeuvre monumentale - et je vous invite à vous rendre à Rodez au musée qui lui rend un sublime hommage où se mêlent les relations du noir avec la lumière et les couleurs, "l'inépuisable diversité de la lumière reflétée, ce noir-lumière, cet autre champ mental que celui du noir", ajoutait-il, presque mystique, citant saint Jean de la Croix : "Pour toute la beauté jamais je ne me perdrai, sauf pour un je-ne-sais-quoi qui s'atteint d'aventure."
Remettre en cause dans un monde fragmenté, qui souffre. Parti, Pierre Soulages, et nous sommes nombreux, nous accompagne. Il demeure. Dans l'effort insondable qui nous pousse non pas seulement à rencontrer mais à atteindre.
lundi 4 juillet 2022
Ecrit sur du sable
lundi 6 juin 2022
Beauté du jeu
mardi 12 avril 2022
Effet de manche
Alors que la Coupe d'Europe est censée nous apporter un brin d'exotisme, certes tout relatif, en nous offrant un effet de Manche, ces huitièmes de finale en deux sets croupissent dans l'eau des derbys entre régionaux de l'épate et autres rencontres en chien de fusil. Leinster-Connacht, Bristol-Sale, La Rochelle-Bordeaux et Racing 92-Stade Français : quel est l'intérêt de cette première étape de phase finale sinon d'écrémer les représentants irlandais, anglais et français ?
Où sont passés les Gallois et les Ecossais ? C'est bien la limite de cette compétition tronquée dès son entame avec deux poules et des affrontements parcellaires. Mais il faut bien que le spectacle continue, n'est-ce pas, même si l'équité sportive doit en souffrir. A l'heure où le calendrier marque les organismes, il aurait été de bon ton de limiter la phase finale - comme le fait notre Top 14 - à quelques matches de barrages avant de se rendre directement en demi-finales.
Le poussif derby d'Île-de-France en trois manches vire au chemin de croix d'un Stade Français incapable de se réinventer, même fort d'une centaine de millions d'euros. L'argent, et c'est heureux, n'achète pas tout et certainement pas l'esprit rugby. Mais cette implosion pose questions. Qu'est-ce qu'un club ? Qu'est-ce qu'une équipe ? Pourquoi un milliardaire a-t-il soudain envie d'être champion de France ? Quel parallèle tracer avec le Paris Qatar Saint-Germain ?
On constate aussi le coup d'arrêt bordelais. Mauvais récolte ? C'est pourtant la même équipe, ou presque, si l'on retranche une paire de deuxième-lignes et un ouvreur international, deux postes qui racontent le rugby, à savoir le devoir et l'orchestration, l'ombre et la lumière, deux façons d'attaquer la ligne d'avantage : dans l'affrontement et dans l'intervalle. Il y aurait beaucoup à écrire sur cette dichotomie qui est finalement un complément, et toute la richesse de ce jeu.
On suivra néanmoins avec intérêt la remontée de handicap des Toulousains à Belfast et des Clermontois à Leicester, ainsi que la façon dont Montpellier - la petite phalange qui monte, qui monte - va s'y prendre pour faire fructifier son bonus magnifiquement acquis pendant une heure à domicile et malencontreusement dépensé en fin de rencontre... Car si certaines oppositions manquent du charme que procure le mélange de genres, ce n'est pas le cas de ces trois-là, suspense à la clé.
J'ai lu une partie du buzz provoqué par la sortie dans les salles de cinéma du film sur le Stade Toulousain humblement titré Le Stade, comme s'il n'y en avait qu'un, ce que le Stade Rochelais et le Stade Français doivent apprécier, j'en suis persuadé. Historiquement, le stade, soit la distance d'environ 180 mètres, variait d'une cité l'autre. Ce documentaire en noir et rouge vaut surtout, semble-t-il, pour la présence "jeandujardinesque" du coach Mola, et j'offre un exemplaire de mon prochain ouvrage - De Pétrarque à Kerouac sur les pentes du mont Ventoux (éditions les défricheurs) - à celle ou celui qui livrera le décompte exact du nombre de fois où l'expression "putaing" est prononcée...
Cette apologie filmée des doubles champions - d'Europe et de France - en titre n'est pas la première tentative de rendre compte du rugby par un crochet intérieur. Au début de ma carrière de journaliste, en 1985, sortit Le cuir dans la peau, qui était une visite de Graulhet - là-aussi du rouge et du noir, mais en plus abrasif. Le battage médiatique de cette première immersion ovale resta très mesuré. Depuis, les docus filmés plongeant dans la psyché ovale n'ont pas manqué (on en compte 67). De Score (1980) à Ocean Apart (2020) en passant par Beau Joueur (2019) et le corpus de Christophe Vindis, je n'en tiens pas liste exhaustive. Alors je vous invite à déposer votre contribution afin de nourrir de cette chronique la fin.
samedi 18 septembre 2021
Feuilleté dans un écrin
Comme le regrette à juste titre Pierre Berbizier, le vestiaire a été désacralisé par la présence intrusive des caméras "et il suffit de regarder l'attitude et le regard de certains joueurs, repérant l'objectif, pour savoir qu'ils ont quitté le collectif et pensent surtout à leur image". C'est pourquoi il est malaisé pour moi de raconter par le menu la joie qui fut la nôtre, avec Benoit, au moment de dédicacer notre ouvrage, entourés que nous étions par quelques belles gloires de ce jeu, attentives, chaleureuses, intéressées par ce sujet rarement abordé pages après pages, à savoir le trait d'union qui relie la littérature et le rugby.
Jeudi dernier se sont présentés au soutien de l'amitié et par ordre d'entrée à l'image Thierry Maset, Matthias Rolland, Richard Astre, Thomas Castaignède, Jean Bouilhou, Roger Bourgarel, Eric Bonneval et Pierre Berbizier, sans oublier nos contributeurs du blog, Michel Prieu, Georges et Pipiou, ainsi que quelques amis choisis par Montaigne et La Boétie qui se reconnaîtront. La plus ancienne des librairies toulousaines, Privat, nous avait offert comme écrin sa cave voutée, lieu d'intimité transformé en vestiaire pour l'occasion. Bien difficile, donc, de retranscrire le meilleur des échanges sans trahir, au sens d'affaiblir, l'esprit qui anima sans discontinuer pendant trois heures cette séance, interaction d'une grande richesse entre auteurs et lecteurs.
Agen, Colomiers, Castres, Toulouse et Béziers étaient représentés, et pas moins de six générations d'internationaux, de 1970 à nos jours, si l'on veut bien considérer que notre rencontre avec Maxime Médard dans l'enceinte d'Ernest-Wallon, quelques heures plus tôt, soit de nature à relier le présent et le passé. Ernest-Wallon où Ugo Mola, tout sourire, nous avoua être passé chez Privat, mais la semaine dernière, poésie de vie en forme de décalage, telle une matière prête à inspirer un personnage de roman.
Personnage de roman, peut-être, mais poète, André Brouat l'était certainement. Trois-quarts centre champion de France en 1947 puis président du Stade Toulousain de 1964 à 1972, ce médecin sut magnifier le jeu et son club ; lorsque Didier Lacroix, son jeune héritier, nous offrit un exemplaire du discours prononcé un 17 mai 1980 pour la cérémonie des Adieux au stade des Ponts-Jumeaux, cette certitude nous étreignit. En voici quelques extraits, choisis pour illustrer non pas ce que ressentirent les seuls Toulousains mais bien tous les amoureux du noble sport, quel que soit leur club.
"Pendant toute ta jeunesse, tu vas graver la plus longue et la plus belle série de portraits porteurs pour toute la vie de ta joie et de tes amitiés, la confiance pour parole, le regard pour partage. La sourde musique anonyme, la sourde rumeur profonde des tribunes, tu les connaissais et tu ne les as pas oubliées. Et si, l'âme traînante, tu as secoué triste et rageur la boue qui collait à tes crampons, tu as plissé les yeux vers la verrière de l'ouest où se couche le soleil de ce dimanche de défaite, l'épaule réceptive d'un aîné de ton équipe te disait "demain", en te racontant son match d'antan où ses côtes brisées ne lui faisaient plus mal même lorsqu'il riait."
"Aujourd'hui, notre vieux stade entre dans l'or affectif des légendes réelles. Et si nous devons à ce stade une leçon, elle est dans le sentiment charnel, l'émotion renouvelée, quelquefois douloureusement acquise, message de déraison et de folle générosité. Notre terrain cristallise une âme collective, lucide et courageuse, en même temps ferme et fragile, grande et belle, à la mesure de la condition humaine. Les enfants sont les pères des hommes. Le dimanche, ils revêtiront leur maillot, comme nous. Simplement."
Que le Stade Toulousain disposât d'un tel président-poète en dit long sur l'histoire hors normes d'un club qui a fait de la transmission son viatique depuis la Vierge Rouge, à l'heure aussi où d'autres - comme Lourdes - souffrent ou renaissent - Stade Français - après avoir été dans l'ornière des divisions inférieures. Véritable page de littérature, ce discours écrit rappelle à quel point des auteurs comme Kleber Haedens et Jean-Paul Dubois magnifièrent le rugby dans cette région du Championnat qu'on nomme nostalgie, de la même façon qu'on regarde derrière soi pour mieux passer le ballon et projeter son équipe en avant.
En attendant d'autres rebonds généreux, nous avons particulièrement apprécié que les clubs de Castres et de Colomiers - par l'intermédiaire de leurs présidents, Pierre-Yves Revol et Alain Carré, amoureux des belles lettres - et du Racing 92 via son manager Laurent Travers - lecteur de Montaigne - adressent Jeux de lignes ici à leur staff, là à leurs dirigeants. Il est illusoire d'imaginer pouvoir tout partager - l'émotion discrètement dépliée, le ravissement silencieux, l'instant présent dont on aimerait ralentir le flux, les mots échangés dans l'intimité d'une causerie privilégiée - car "la passion ne rejoint le plaisir que dans des lieux d'élection", écrivait André Brouat. Pour autant, notre souhait est désormais entre vos mains, et que Jeux de lignes nourrisse votre imaginaire tel un de ces terrains fertiles, prairie de philtres.
dimanche 13 juin 2021
L'extase du contre-ut
Sur les plateaux de cette balance immanente, que pèse la raison face à la passion ? Implacable, la phase finale aux matches couperets a ceci d'exceptionnel qu'elle ramène nos pensées vers ce qui semble la source même du sport tel que nous l'attendons, fait pour gommer de notre quotidien la grisaille, l'ennui, la routine, jusqu'aux failles dépressives. Une sorte d'opium à usage festif entre deux arrêtés préfectoraux interdisant toute pratique collective.
dimanche 27 septembre 2020
Imola, inoubliable
samedi 23 mai 2020
Ensemble, au soutien
Sans doute est-il temps de mettre à sa tête non pas un ancien président confit dans le jus de la somme des intérêts particuliers mais plutôt un homme hors système capable d'inventer un bien commun susceptible de traverser d'autres tempêtes, à commencer par celles que la concurrence - sport loisir et rugby à 7, entre autres - ne manquera pas d'annoncer.
Par ailleurs, la perspective du "monde d'après" ne semble pas drainer le meilleur de mes contemporains. Il faut dire que chacun dans son périmètre tente de sauver ce qui peut encore l'être. Mais comme ne manque jamais de me le signaler mon vieil ami Pierre Quillardet entre deux bouffées de havane, lui qui côtoya en leur temps Picasso, Prévert, Ernst, Camus, Calder et Laugier, "nous ne sommes toujours pas entrés dans le XXIe siècle". Et si les effets dévastateurs du coronavirus pouvaient être, pour les plus lucides d'entre nous, le signal annonçant qu'il est maintenant temps, après deux décennies, de changer de paradigme, les architectes et les ouvriers espérés sur ce chantier tardent à pointer.
D'avantage qu'un autre Albert Camus a su assurer le passage du XIXe au XXe siècle. Quid de la personnalité qui nous fera basculer dans le XXIe ? La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, peut-être. puisque son travail sur la douleur, l'humour et l'invention se trouve parfaitement fondu dans la période transitoire que nous traversons tous et plus ou moins bien. Pour ma part, je mise sur Glenn Albrecht, philosophe de l'environnement.
Cet Australien écrit en page 252 de son ouvrage référence Les émotions de la Terre (Les liens qui libèrent, 2019) : "La santé de l'écosystème est atteinte par l'interaction d'un certain nombre d'espèces travaillant de façon coordonnée pour atteindre un but commun", évoquant la coopération mutuelle, l'action de concert, la communication, la régulation, qu'il résume dans le néologisme "Ghedeist" à partir du mot-racine "Ghehd" qui signifie en saxon "ensemble", mais aussi "rassembler" et "bien", auquel il a ajouté le terme allemand "geist" qui renvoie à la conscience d'un esprit, à la force vitale
Dans cette période de creux d'activité ovale, L'Equipe a eu l'excellente idée de faire revivre une à une à date anniversaire les finales du Championnat depuis l'après-guerre sans pour autant viser à l'exhaustivité. L'occasion de revisiter l'histoire récente, en témoigne la photo prise le 21 mai 1972 à Gerland une fois Béziers victorieux de Brive. André et Yvan Bunonomo y sont portés en triomphe - tradition tauromachique - par leurs supporteurs.
André entraîneur-pianiste et Yvan plombier-auteur réunis sous l'égide de Brennus, signalons la sortie de l'ouvrage A la recherche du rugby perdu (Edition de la Mouette, 2019). Je vous en conseille la commande d'autant mieux que les droits d'auteurs sont intégralement versés aux association de lutte contre le cancer. Dans ce récit, après avoir esquissé un portrait de Raymond Barthès, technicien trop méconnu, Yvan Buonomo dresse le parallèle, saisissant, entre la réussite de l'AS Béziers période 1960-1984 et le secret de l'architecte florentin Filippo Brunellleschi.
Travail d'orfèvre que l'érection de la cathédrale Santa Maria de Fiore au XIVe siècle. Avant d'en remporter le concours, Brunelleschi prouva d'abord qu'il était possible de faire tenir un œuf debout sur une plaque de marbre. Yvan Buonomo, lui, fait tenir le ballon ovale sur la pelouse. "J'ai essayé de vous démontrer que la façon de jouer de l'A.S. Béziers était bien différente du jeu classique des autres équipes, écrit Yvan Buonomo, page 151. Les tracés de nos mouvements ou de nos gestuelles définis par Raoul (Barrière) avec une minutieuse précision, que l'on se devait d'appliquer et qui étaient devenus des automatismes, contenaient dans leur fonctionnalité des formes géométriques." Il s'agit, d'après l'auteur sétois, d'un "principe d'économie naturelle" et de citer Fermat, Cuse et Leibniz.
Yvan Buonomo en appelle même à Pythagore ! "Mathématicien et philosophe, le génie de Crotone disait : Toute chose peut s'exprimer par un nombre." A Béziers, poursuit l'ancien numéro huit, dans toutes nos actions, nous tracions inconsciemment, par le positionnement de nos membres et de nos corps, des courbes, des ellipses, des demi-cercles, des triangles, des parallèles et toutes autres formes géométriques qui donnaient au porteur du ballon un "plus" dans son avancée. Il savait que ses partenaires constamment présents pouvaient lui apporter un soutien immédiat", tel cet auto-soutènement, cintré et penché, qui participa à l'édification de la coupole du dôme de Florence.
Il y a donc toujours quelque chose à inventer et c'est bien ce qui sépare les authentiques artistes de la cohorte de suiveurs. Comme il y a "de nouveaux mots pour un nouveau monde", écrit Glenn Albrecht. Pierre Conquet, Jean Devaluez et René Deleplace ont, dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier, théorisé le jeu de rugby jusqu'à un point subtil que Raoul Barrière et Pierre Villepreux surent modéliser, l'un à Béziers l'autre à Toulouse, avec le succès que l'on connait. S'il se trouvait un ou plusieurs penseurs susceptibles de réaliser, en plus haute proportion, une transformation sociétale, l'épisode viral qui nous demande tellement de sacrifices proposerait, au final et nous en serions heureux, davantage de vertus que de vices.

















