En bon maquignon, Fabien Galthié n'a pas manqué de signaler au coup de sifflet final de la deuxième journée que cette Coupe des Nations était en partie déséquilibrée, certaines nations disputant à l'extérieur leurs rencontres supposées se dérouler à domicile. Du bricolage à l'anglo-saxonne, qui ne tient absolument pas compte de l'équité, qu'une nation latine serait en droit de demander. Et d'obtenir. Cela dit, vous n'êtes pas naïf au point de vous interroger sur la toute-puissance d'une institution qui n'a que faire de ces détails et s'en soucie comme de son premier drop-goal.
Rassemblant les tests-matches de l'été et ceux de l'automne pour construire une nouvelle compétition internationale entre deux Coupes du monde, World Rugby songe d'abord à remplir son tiroir-caisse, et quoi de mieux que cette Coupe des Nations pour attirer les sponsors et les diffuseurs télé à défaut du chaland. Et tant pis si un calendrier mal fagoté jette le discrédit sur ce miroir aux alouettes médiatiques qui oblige les internationaux à rajouter un match de haut niveau au cul d'une saison déjà bien assez énergivore. Il sera temps pour eux, de retour du Japon, d'envisager les vacances sous la canicule. En revanche, gouverner c'est prévoir et je m'étonne que ce sujet - rencontres dispatchées au bon vouloir des organisateurs - ne soit abordé que maintenant et que personne, au sein de la FFR, ne se soit préoccupé de ce déséquilibre.
On a déjà dit que la Coupe des champions, construite de guingois avec des Sud-Africains sur les cendres de la Heineken Cup qui réunissait de façon disparate des provinces irlandaises, des franchises écossaises et galloises ainsi des clubs français, italiens et anglais, est la preuve que le rugby ne sera jamais mondial tant il demande une adaptation aux règlements et aux règles édictés par les gros pardessus anglo-saxons qui ambitionnent de diriger, seuls, ce sport, et acceptent du bout des lèvres la présence de nations latines et exotiques dans le seul souci de faire nombre et d'éviter la consanguinité.
Ce bric-à-brac ne parviendra pas à nous gâcher une deuxième période de rêve, samedi à Brisbane, offerte par une équipe de France bis où seuls Mauvaka, Meafou, Ntamack, Moefana et Brau-Boirie disposaient du statut de titulaires à part entière. On savait les Australiens en difficulté, ils le furent davantage face à la maestria offensive de Tricolores qui sortent d'une saison éprouvante et passent leurs temps dans les halls d'aéroports. Une fois les repères trouvés et les réglages effectués sous la conduite d'un capitaine de combat en la personne de Maxime Lucu, dont l'humilité le dispute à la pugnacité, la justesse à l'énergie, ce XV de France modelé en fonction d'impératifs qui prennent en compte les temps de repos, les blessures et les polyvalences, donna le meilleur d'un jeu qui nous colle à la peau une fois évanouie la lubie de la dépossession.
C'est vrai, les Tricolores n'ont jamais su ni pu, jusqu'à présent, remporter consécutivement trois rencontres de haut niveau, et la défaite face aux All Blacks, certes de faible écart, nous le rappelle cruellement. Et c'est pour cela, entre autres choses, que la France n'a jamais soulevé le trophée Webb Ellis. Et quel que soit le résultat du prochain test, à Tokyo, face au Japon - on l'imagine favorable -, ce voyage ovale monté à la hâte nous démontre, s'il en était besoin, que la formation française est la meilleure du monde, ce qui est à la fois une consolation mais aussi une frustration.
On suit donc le Onze de France se diriger vers une nouvelle étoile. Quand ils ne sont pas irrésistibles collectivement, les Bleus savent disposer leurs joueurs hors-normes - Mbappé, Olisé, Doué, Dembelé - face au but adverse pour forcer le destin. Et quand les flèches ne trouvent pas la cible, un lien invisible relie alors leurs coéquipiers moins médiatisés et densifie la défense et le milieu de terrain en attendant de meilleures minutes qui, invariablement, finissent par arriver. Je ne sais pas si cette martingale footballistique, où le beau geste a toute sa place, peut inspirer les cousins d'Ovalie mais en attendant l'année prochaine, l'aventure américaine d'une bande de copains qui jouent au football comme lorsqu'ils étaient sur le terrain de leurs enfances, en liberté, nous offre de belles soirées et de quoi méditer.
















