vendredi 15 août 2025
Point final,
mardi 20 avril 2021
Côté fermé
Le sport professionnel n'a jamais eu pour vocation de semer des graines d'humanisme sur les terrains mais plutôt de récolter les fruits mûrs de sa pratique. A cet égard, la tentation a toujours été grande de regarder de l'autre côté de l'Atlantique, et il suffira de constater ce qu'il a été possible de réaliser avec une balle ovale à partir d'un très lointain cousinage avec le rugby des origines, ce football américain dont certaines pratiques prolifèrent autour des rucks et au plaquage.
A l'annonce de la création d'une ligue fermée composée de douze des plus grands clubs anglais, espagnols et italiens, grande fut la surprise des observateurs des choses du football professionnel européen et terrible leur colère, comme s'ils découvraient soudain que le sport, à savoir ce ballon qui roule de pieds en pieds vers les filets, n'était que l'infime partie d'une économie qui a fait de la vente de maillots floqués une manne bien plus importante que ne l'est un coup-franc dans la lucarne ou une reprise de volée acrobatique dissertés à loisirs.
Pour retourner aux sources du football, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de l'ouvrage signé Basile de Bure intitulé Deux pieds sur terre (éditions Flammarion) qui reconcilie les extrêmes, formation et professionnalisme, banlieue et Ligue 1, jeunesse et histoire, sport et littérature, récit d'engagements et de construction mené avec finesse par un passionné des Lettres et du dribble dont le père, Gilles, fut l'âme d'un petit groupe d'amis qui aimaient se retrouver régulièrement au Bistrot d'Henri, rue Princesse, autour d'un flot de poésie et de quelques nectars.
Nous l'avons écrit ici il y a plus d'un an, qui dit crise - l'actuelle est sanitaire mais pas seulement - dit opportunité, mais il ne nous viendra pas à l'idée pour autant de plaindre le Bayern Munich et le PSG de n'avoir pas sauté en marche dans ce grand train, ne gardant finalement comme viatique que ce fair play si souvent bafoué. A trop miser sur sa puissance financière pour recruter et s'offrir un titre, on finit souvent par trouver plus riche que soi et s'écraser le nez sur un plafond de verre en scrutant le ciel.
Il se murmure que le rugby professionnel français aurait lui aussi dans ses classeurs un dossier de ligue fermée qui ne concernerait, pour le coup, que huit clubs. Une passerelle avec certains clubs anglais, voire sud-africains, aurait même été empruntée. Ce n'est qu'un projet lancé il y a de cela quelques temps mais qui pourrait bien être remis sur le tapis, comme au casino, pour voir, rien que pour voir, histoire de relancer une discussion sous l'éclairage de la Super Ligue.
Cela dit, le rugby d'en France n'a besoin ni du modèle américain ni du marché commun réinventé par les ténors de football de ce vieux continent pour se distinguer. Il vient d'inventer le derby à double détente, la première période sous un maillot, la seconde dans le camp d'en-face, une création bien plus osée que la fusion conçue par le couple Thomas Savare - Jacky Lorenzetti, et je revois encore les suiveurs de tous bords et les lèche-balles courbés à Bagatelle devant le buffet pour s'empiffrer de petits fours en trouvant "tellement génial" ce mariage contre culture, objet non identifiée, ovoîde hétérozygote vite dégonflé.
Pour le cas où des clubs français auraient l'intention de singer le football d'ici dans ce qu'il a économiquement de plus libéral, juste leur rappeler qu'en 1930, devant la menace d'exclusion de la France du Tournoi des Cinq Nations pour faits de professionnalisme - déjà - , dix puis bientôt quatorze clubs créèrent une fédération dissidente, l'UFRA (Union française des clubs amateurs) dont le but, ainsi que l'indique sa raison sociale, était de redonner tout son éclat à l'amateurisme.
Cette initiative dura deux saisons, comme autant de titres remportés par le Stade Toulousain, mais surtout, elle favorisa le création du Jeu à XIII en France. Je ne résiste pas à la tentation de vous servir la déclaration d'un président des Quatorze au moment de rendre les armes et de rentrer dans le giron de la FFR, dégouté qu'il était de voir la tournure prise par cette secession, : "Dans ces conditions, ce n'était plus possible, ironisa-t-il en parlant des joueurs. Il fallait les payer plus cher pour qu'ils restent amateurs..."
Et si l'enfer est ainsi pavé de bonnes intentions, force est de constater que le rugby français du temps de l'amateurisme "marron", des dessous-de-table et des primes déguisées, n'a jamais vraiment déraillé : il s'est réinventé. Du coup, on aiguisera le double tranchant du constat à la fois goguenard et désabusé de ce dirigeant à l'heure où ceux qui poussèrent de toutes leurs forces dans les années 90 pour que le rugby sorte de sa gangue sont les mêmes qui regrettent amèrement que la boite de Pandore ne se soit pas refermée sur les rebonds un peu traîtres du néo-libéralisme.
dimanche 11 octobre 2020
Jeu même sens
jeudi 4 avril 2019
L'autre soi
Pas certain que les bénévoles de clubs amateurs soient les mieux placés pour décider du choix d'un professionnel du management au chevet de ce XV de France, lequel claudique dans les zones internationales avec seulement 37 % de victoires en test-matchs depuis le mois de janvier 2012. Ecroulée sous les ères Saint-André, Novès et Brunel - qui pourtant savaient bâtir - la sélection nationale périclite saison après saison. Qui la redressera ?
Oublions un instant le Mondial 2019 et le stress d'une victoire impérative en ouverture, le 21 septembre, face aux Argentins. Hier denrée mineure - Pierre Albaladejo me rappelait qu'international, il avait refusé deux tournées d'été chez les gauchos sous prétexte qu'il n'apprendrait rien d'ovale là-bas et qu'il avait par ailleurs du boulot au camping -, l'Argentine est aujourd'hui notre ennemi majeur. Nous aurons le temps d'y revenir.
Gatland, Jones, Hansen ? Why not. Laissons la porte ouverte. Les premiers dirigeants d'importance du rugby français étaient l'un Américain (Allan Muhr), l'autre Ecossais (Cyril Rutherford). Les joueurs nés au-delà de nos frontières - Melville, Van Heerden, Benazzi, De Villiers,Marsh, Nakaitaci, Spedding, Le Roux, Vakatawa, Willemse, etc. - ont chanté La Marseillaise, ce que Jean-Pierre Rives a toujours refusé de faire parce qu'il détestait l'idée qu'il faille faire couler "un sang impur" dans nos sillons.
L'Argentin Gonzalo Quesada et l'Anglais David Ellis ont renforcé le staff technique tricolore, ce qui n'a jamais suscité la moindre polémique. Le dernier tabou tombera-t-il ? Ce serait surtout un camouflet pour les théoriciens français, de Deleplace à Peuchlestrade, en passant par Villepreux, Barrière, Quilis, Barthez, Saby, etc. Ce serait certainement aussi la fin d'un savoir-jouer à la française, ce flair travaillé qui consiste à lancer des actions spectaculaires dans un courant contraire.
La démocratie antique impliquait à tour de rôle des citoyens libres, cultivés, concernés, engagés dans la vie de la cité, la res publica. Cet aréopage, microcosme ovale, est constitué ici d'un philosophe et d'un historien, d'anciens internationaux (41), de chroniqueurs-consultants (15), d'entraîneurs (13), de dirigeants (11), d'anciens joueurs professionnels (6) et amateurs (4), de théoriciens (2), d'éducateurs (2), de préparateurs mentaux (2) et physiques (2).
Pas invité au RIC de Bernard Laporte, ce club des cent a été consulté et, comme vous pouvez le lire en cliquant ici (version internet de L'Equipe), le "non" l'a emporté - 54 % - sans que cette préférence soit significative en termes purement statistiques. Dans ce bloc du "non", tous pensent qu'il y a assez de techniciens français de qualité pour subvenir aux besoins de la cause et relancer le XV de France.
Mais au fil de la discussion que j'ai eue avec chacun d'entre eux, à l'évidence le problème n'est pas dans le choix de tel ou d'untel pour s'occuper du XV de France - sujet cosmétique - mais dans l'absence de projet fédéral, d'une vision à long terme, et surtout de liens de subordination entre les clubs pros et la FFR pour mettre l'équipe de France en évidence au milieu de la vitrine.
En miroir, dans une approche humaniste, Pierre Albaladejo, Jean-Pierre Rives, Jérôme Bianchi, Eric Blondeau, Thomas Castaignède, Benoît Dauga, André Herrero, Dominique Harize, Cédric Heymans, Thomas Lombard, Jean-Pierre Lux, Franck Mesnel, Philippe Sella, Robins Tchale-Watchou et Dimitri Yachvili, pour ne citer que les plus connus des intervenants, se sont déclarés favorables à l'ouverture.
Blogeur de Côté Ouvert, le philosophe Christophe Schaeffer propose de "mettre ainsi les internationaux français dans une zone d'inconfort pour aller chercher en eux quelque chose qu'ils ont perdu." Pour l'ancien international Christian Badin, "le jeu qui était le nôtre n'est plus. Seul quelqu'un d'extérieur pourra faire taire tout le monde et parvenir à accorder chacun autour du XV de France." L'éducateur Philippe Glatigny, au contraire, évoque "notre estampille et les racines du rugby français," soulignant "les capacités de certains entraîneurs français qui éviteront qu'on se coupe de notre histoire."
"Nous avons des joueurs étrangers dans nos clubs, constate le Biterrois Claude Saurel, coach globe-trotter (Géorgie, Russie, Maroc, Tunisie). Pourquoi être restrictif concernant les entraîneurs ?" Didier Camberabero veut profiter de cette occasion pour "faire table rase", Jean-Michel Aguirre pour mettre "fin aux querelles de chapelles." Ce que Thierry Roudil, préparateur physique et grand voyageur, résume en deux phrases : "La France est huitième nation mondiale. Il y a dans sept pays des techniciens dont la voix portera quand celle des entraîneurs français n'est pas entendue par leurs joueurs."
Les adeptes du "non" ne forment pas un bloc compact : leur spectre va du "travail sur l'identité du rugby français", dixit le psychologue du sport et ancien deuxième-ligne international Yann Le Meur, à l'inéquation d'un "copier/coller du modèle anglo-saxon" assure le préparateur physique du RC Toulon, Thibault Giroud, qui a travaillé dans des staffs anglo-saxons. Bertrand Fourcade, qui entraîna Tarbes et l'Italie, en fait une synthèse : "Notre rugby plagie les Anglo-Saxons avec ses temps programmés. Il faut revenir à notre jeu, inventif."
Ainsi se dessine l'avenir des Tricolores, têtes lourdes, épaules basses et bilan percé. Puiser chez soi ou s'ouvrir à l'autre. Altérité/ipséité : d'Aristote à Paul Ricoeur, cette réflexion traverse la pensée occidentale. Ne pourrait-on pas imaginer réenchanter une identité en se tournant vers un nouveau paradigme ? Le sujet, clivant, tiraille les esprits ovales. Une chose est sûre : étranger ou indigène, d'ailleurs ou d'ici, il est surtout temps d'en finir avec les vieilles ficelles, les cautères sur jambe de bois et le bris de vaisselle.
mercredi 30 août 2017
Bonheur dans le prêt
On le sait depuis qu'il a monté des affaires avec les membres du staff du XV de France quand il l'entraînait, Bernard Laporte était prêt à actionner pour accéder au pouvoir fédéral, puis une fois roi de Marcoussis se maintenir sur le trône. Comme un président de Fédérale 3 plongeant son vote dans l'urne en décembre dernier, puis aménageant son club-house pour y installer un écran plat HD avec décodeur intégré, il fallait être naïf pour imaginer le contraire. C'était juste une affaire de temps. Neuf mois. Et voilà le bébé.
Altrad qui veut tout acheter, des Springboks, de la notoriété, de la légitimité, le maillot du XV de France et que sais-je encore, avait compris qu'il pouvait se faire prêter un ouvreur - sud-africain de préférence - pour terminer la saison dernière ; mais il n'a pas pensé, lui l'homme pourtant d'affaires, à consentir un prêt à Laporte, président bénévole dans le besoin. C'était pourtant la solution, plutôt que de le rémunérer à causer jambon et œufs fêlés face des cadres encravatés. Au passage, on notera que le mensonge fait partie des échafaudages altradiens dès lors qu'il s'agit de servir sa cause. Il faut dire que d'autres avant lui, citons juste Lorenzetti, Savare et Bouscatel, ça va leur faire plaisir, lui avaient montré la voie.
Le lien dangereux entre Altrad et Laporte existe. Pour preuves les dénégations maladroites de l'un balayées récemment par le renoncement de l'autre à ses émoluments. Qu'on se le dise, le reste n'est que mensonges des journalistes, tonne Laporte, et vous êtes priés d'y croire, sinon vous serez privés de télé. J'attends néanmoins de voir comment Altrad sortira de cette tempête médiatique dans laquelle il s'est plongé tout seul, Narcisse regardant de trop près son reflet dans le marigot. Parce que si Bernie le Dingue bénéficie d'un petit crédit, Mohed Altrad a déjà ravi à Mourad Boudjellal le titre de président le plus décrié du Top 14. Et c'était loin d'être gagné, n'est-ce pas Leigh ?
Ca ne vous aura pas échappé, quand la convention FFR/LNR a été signée pour donner entre autres dix semaines de repos-préparation aux internationaux dont le nombre permet de constituer trois équipes de France, Louis Picamoles, qui était bien calé en Angleterre, est rentré illico au bercail. Chez qui ? Chez Mohed. Un prêt ? Non, un rachat. Alors qu'on sait maintenant qu'un prêt, c'est plus sympa, plus léger, ça n'entre pas dans le salary cap, c'est indolore et on peut étaler les versements sur deux, trois ou quatre ans. Déjà experts dans l'art de détourner le plafond, certains présidents ne vont pas se gêner pour suivre l'exemple du PSG et de ses princes de l'usine à gaz pour se refiler des joueurs comme de vulgaires prêteurs sur gages.
Parce qu'ils sont prêts, les recrutés ! Aaron Cruden s'est illustré d'entrée, Cheslin Kolbe, Chris Ashton et Fa' asiu Fuatuai aussi. D'autres vont briller dans la suivante. Pendant ce temps, quarante-cinq internationaux n'y étaient pas, ou alors remplaçants, et pas vraiment concernés par le Championnat, eux qui sortaient la veille de tests physiques et physiologiques à Marcoussis. Pas terribles, ces tests, d'ailleurs, si j'en crois un copain qui assistait à la remise des diplômes. Quelques joueurs ont profité de l'été pour bien bosser seuls dans leur coin, mais ils sont loin d'être une majorité. Inquiétant à deux mois du premier rendez-vous face aux All Blacks.
Car le bonheur était dans le pré de Dunedin, samedi dernier. Putaing de feu d'artifice comme on en voit un tous les deux ans entre deux équipes composées de techniciens de grande surface. Je sais, on écrit Rugby Championship, mais c'est aussi naze que World Rugby pour rebaptiser l'International Rugby Board, alors je reste sur Four Nations et c'est tout. On regrettera donc que ce week-end, le Four Nations fasse relâche tant on a pris l'habitude, depuis deux semaines, d'apprécier un jeu sans artifices comme on (re)prend la route de l'été vers le sud.





