lundi 11 mai 2026

Tous en phase finale

Vous l'avez sans doute remarqué mais il n'y a pas un seul Championnat d'élite mais six. Six compétitions logées dans ce Top 14. Et commençons donc par le bas. Montauban, invité surprise, dispute son propre challenge : bien figurer sans craquer même après avoir encaissé des scores fleuve et d'humiliantes défaites à Sapiac. Un combat pour la dignité, à savoir faire bonne figure, surtout quand les vagues adverses vous emportent loin de la berge. Quand on n'a plus pied, il faut savoir nager.

Juste un peu plus haut, à la treizième place, celle de ce purgatoire nommé "barrage" mais qui parfois cède, Perpignan attend son heure sans illusion. Aucun club ne viendra prendre sa place. L'USAP n'est pas assez armée pour jouer à Aimé-Giral un rôle autre que celui - parfois - d'arbitre, en témoignent ces cinq succès en vingt-trois rencontres. Mais l'effectif catalan est trop étoffé pour ne pas miser sur un retour immédiat dans l'élite si le club venait à redescendre en Pro D2. Alors il lui reste ce fameux match de la peur négocié à l'extérieur une fois le championnat terminé, et c'est à cette échéance que les Sang et Or se préparent actuellement : un match de Coupe, ou plutôt couperet.

Castres, Lyon et Bayonne ont gâché beaucoup d'occasions, cette saison. Trop. Dix succès ne permettent pas d'espérer autre chose qu'un rôle de figurant. Ils sont partenaires de jeu, sparring-partners qui font nombre à trois journées de la fin. Ils n'ont rien à gagner après avoir beaucoup perdu. La seule interrogation qu'ils peuvent nourrir demeure intéressante : Toulon les rejoindra-t-il pour densifier ce ventre mou ? Car du côté de Marseille, les Varois ne sont pas passés à l'Orange, pressés, compressés, déplacés sans pour autant vraiment jouer à l'extérieur mais assez loin de Mayol pour perdre leurs racines.

Cette option donne à peine assez de piment pour assaisonner le ragout. Car pour le cas où le RCT décrochera sa douzième victoire de la saison à l'Arena pour basculer dans la colonne "crédit", ils seraient alors cinq clubs à viser les deux derniers tickets pour la phase finale : Toulon, donc, La Rochelle, le Racing 92, Bordeaux-Bègles et Clermont. D'ici le 6 juin, cinq affrontements directs sont à l'affiche entre ces prétendants, défi concurrentiel de très haute volée qui laissera au finish trois ténors aphones.

Ce Top 14 recèle, maintenant que nous gravissons les échelons, une triangulaire, et il n'y aura qu'un élu pour accéder à la deuxième place du classement. Aujourd'hui Montpellier est en tête des suffrages (70 points), mais Pau (69) et le Stade Français (68) sont capables faire le plein de voix. Pourquoi cette guerre de trois est-elle si importante ? Parce que, vous le savez, se placer en dauphin offre une semaine de récupération, cessez-le-feu en pleine guerre qui permet de recharger les accus avant les demi-finales. Ce petit avantage se révèle souvent déterminant.

Tout cela touche-t-il le Stade Toulousain, leader inexpugnable qui n'a plus maintenant qu'à gérer son avance en se méfiant toutefois de ne pas être le lièvre de la fable. Toulouse capable d'aligner deux équipes d'égale valeur et une troisième pleine d'Espoirs de talent qui préfèrent faire banquette chez un champion que feuille de match ailleurs. Si le rugby ressemblait au football, le Stade Toulousain aurait des faux airs de PSG bientôt assuré du titre, et ce serait justice tant les hommes d'Ugo Mola évoluent dans une autre dimension, celle du jeu debout et du mouvement perpétuel.

Les joueurs, concernés par ce resserrement qui, paradoxalement, éclate le Top 14 en six morceaux, sont unanimes : jamais Championnat de France n'a été aussi intense. On n'y parle plus de percussions mais de collisions : ce vocable est entré dans le langage courant des conférence de presse d'après-match et c'est effrayant. Surtout quand on voit les victimes de ces chocs sortir sur civière après dix minutes de soins prodigués sur la pelouse par les staffs médicaux.

Ne nous quittons pas quand se referme la porte de l'infirmerie. Partageons plutôt cette phrase que cisela un jour l'une des plus plus plantureuses artistes italiennes. Si nous lui faisons prendre la forme ovale qui épouse le ballon de rugby, si nous la transformons du bord de touche, la différence entre les êtres s'opère, dirait-elle, par l'intensité avec laquelle chacun d'entre nous choisit de vivre. Restent désormais trois journées avant que s'ouvre l'abysse. Ou s'offre l'acmé.