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samedi 23 mai 2026

Le rugby change, le magret résiste

 

Après la blogueuse Sylvie Colliat, les écrivains Laurent Bonnet et Benoit Jeantet, le philosophe Christophe Schaeffer, puis les anciens internationaux Olivier Magne et Thomas Castaignède, Côté Ouvert offre là un espace "inside" à Miguel Fernandez, président du syndicat des agents sportifs du rugby (Intervals), ancien demi de mêlée du Stade Français (section amateur) et du RC Vincennes, qui réside depuis quelques années en Gironde, dans l'entre-deux mers. Gouleyant, au moment où l'Union Bordeaux-Bègles réalise un doublé historique.
"L’UBB a remporté cette finale de Champions Cup avec un mélange de panache, de folie et d’accélérations offensives qui ont fini par donner le tournis au Leinster. Maxime Lucu a dirigé ce match avec le calme d’un conducteur de tram bordelais un dimanche matin, pendant que Matthieu Jalibert distribuait les inspirations comme un artiste qui improvise sans prévenir personne. Devant, les avants bordelais ont livré une bataille monstrueuse, alternant percussions, grattages et charges plein axe avec la délicatesse d’un troupeau de sangliers sous adrénaline. Quant aux trois-quarts bordelais, ils ont joué à une vitesse qui aurait presque nécessité des limitations sur autoroute, Penaud et Bielle-Biarrey transformant chaque ballon en menace nucléaire pour la défense irlandaise. 
En face, Gibson-Park et Ross Byrne ont essayé de remettre de l’ordre, mais ils ont souvent eu l’air de deux types essayant d’éteindre un barbecue avec un verre d’eau. À force de subir les relances bordelaises, les attaquants du Leinster ont fini par défendre en reculant davantage qu’un homme qui voit arriver son banquier après un mois compliqué. 
Pendant ce temps, le rugby professionnel vit aujourd’hui une drôle de crise existentielle : il veut être une industrie mondiale tout en gardant l’âme du club-house dominical. Les présidents parlent EBITDA le matin et troisième mi-temps le soir, ce qui est déjà une forme de schizophrénie élégante. Entre, les coûts qui montent plus vite qu’un ailier fidjien sur 60 mètres et les droits TV qui ne suffisent plus à boucher les trous, beaucoup de clubs jonglent financièrement comme un demi de mêlée sous pression. Les investisseurs arrivent avec des costumes impeccables et découvrent qu’un pilier de 125 kilos coûte cher à nourrir. 
Le rugby cherche donc un équilibre délicat entre business global et terroir local. En résumé : on veut Netflix, avec du cassoulet et des chants basques. Mais pour rentabiliser ce grand cirque professionnel, encore faudrait-il réussir à organiser correctement les rencontres. Le calendrier du rugby mondial ressemble aujourd’hui à une réunion Zoom organisée par douze fédérations qui se détestent cordialement. Les clubs veulent garder leurs joueurs, les sélections veulent les récupérer, et les joueurs aimeraient simplement dormir un peu entre deux vols long-courriers. Résultat : certains internationaux enchaînent plus de matchs qu’un commercial SNCF enchaîne les retards. 
Chaque compétition défend son bout de gras comme une famille autour d’un barbecue. On parle d’harmonisation mondiale depuis des années, mais pour l’instant, le seul consensus concerne le buffet d’après-réunion. Pendant ce temps-là, les corps encaissent… jusqu’au moment où les ischio-jambiers déposent un préavis de grève. Car à force de transformer les joueurs en imprimantes humaines à plaquages, le rugby a fini par découvrir qu’un cerveau, c’est quand même pratique. Longtemps, une commotion se résumait à "combien de doigts tu vois ?", avant qu’on réalise qu’oublier son prénom pendant trois jours n’était pas exactement un signe de bonne santé. Aujourd’hui, les protocoles se multiplient, les médecins surveillent chaque choc et les anciens racontent leurs séquelles avec beaucoup moins de poésie qu’avant. 
Le problème, c’est que le rugby adore les collisions autant qu’un Français adore débattre politique à table. Il faut donc protéger les joueurs sans transformer le plaquage en atelier de sophrologie collective. Les règles évoluent, les zones de contact descendent, et certains supporters expliquent déjà que "le rugby devient mou"… Ce sont d'ailleurs souvent des gens qui se bloquent le dos en mettant leurs chaussettes. Dans ce contexte ultra-physique et ultra-professionnalisé, les joueurs sont devenus des actifs mondiaux qui circulent presque autant que les consultants en finance. 
Un jeune Sud-Africain peut signer au Japon avant de finir en Top 14 avec un agent basé à Londres et un nutritionniste venu d’Australie. Les clubs recrutent désormais avec des algorithmes, des GPS et parfois plus de data analysts qu’une start-up de la Silicon Valley. Les championnats riches attirent tous les talents, ce qui transforme parfois le mercato en bourse de Wall Street, avec davantage de nez cassés. Finalement, le rugby découvre avec un peu de retard que ses joueurs sont aussi des marques mondiales… même lorsqu’ils parlent uniquement en clichés d’après-match. 
Et puisque le rugby pense désormais comme une industrie globale, il rêve logiquement de conquérir de nouveaux territoires. Les États-Unis, le Moyen-Orient ou encore l’Asie sont devenus les fantasmes économiques des dirigeants du rugby mondial. L’idée est simple : trouver des marchés capables d’apporter audiences, sponsors et milliards… ou au moins de payer les tournées sans vendre le bus du club. Les Américains commencent doucement à comprendre le rugby, même s’ils demandent encore pourquoi personne ne porte de casque ni ne fait de pause publicitaire toutes les trois minutes. Le Japon est déjà devenu un Eldorado financier au sein duquel certains joueurs découvrent qu’on peut être très bien payé ET manger autre chose que des pâtes froides après l’entraînement. Le défi sera donc de mondialiser le rugby sans qu’il perde totalement son accent du Sud-Ouest, sa mauvaise foi légendaire et son amour éternel du pâté en croûte. 
Revenons sur cette finale... Les conséquences de cette victoire sont énormes pour Bordeaux, qui entre désormais officiellement dans la catégorie des clubs capables de faire trembler toute l’Europe sans demander l’autorisation à Toulouse. Matthieu Jalibert ressort grandi de cette finale, confirmant qu’il peut faire basculer un match à lui seul, même lorsque ses choix donnent parfois l’impression qu’il joue sous adrénaline pure et sans notice d’utilisation. Maxime Lucu, lui, a encore prouvé qu’on peut être élégant, intelligent et décisif sans avoir besoin de célébrer chaque passe comme un influenceur fitness sur Instagram. 
Devant, les avants de l’UBB ont gagné le droit d’être accueillis à Bordeaux comme des héros médiévaux revenant de croisade, probablement nourris au magret pendant plusieurs semaines. Et que dire des trois-quarts de l’UBB qui deviennent presque un problème diplomatique pour les défenses adverses tant ils jouent vite et partout à la fois. Reste le Leinster... Les Irlandais repartent avec cette sensation très désagréable d’avoir été battus par une équipe française qui a joué au rugby avec le sourire. Ce qui est probablement encore plus vexant."

dimanche 21 mai 2023

Fast and furious

Il y a quelque chose de Béziers dans le rouleau-compresseur rochelais : maîtrise du ballon, de l'adversaire, du score, mental dominant, confiance dans le collectif, mais surtout cette puissance jetée sur la ligne d'avantage jusqu'à étouffer, plier, écœurer l'adversaire. Dix fois, samedi après-midi à l'Aviva Stadium de Dublin, Will Skelton et Uini Atonio - trois cents kilos à eux deux, ou pas loin - ont percuté les Irlandais. Dans ce jeu de collisions qu'est devenu le rugby contemporain, les Rochelais ont dominé après avoir tant usé la défense qu'elle a fini par sombrer. Et même si le Leinster trouva finalement assez de ressources pour tenter, dans un ultime assaut, de renverser le cours de cette finale dont l'issue s'effilochait au profit des mammouths du cornac Gregory Alldritt, le cœur d'Erin n'y était plus. 
Les Rochelais ont fait preuve d'esprit de corps. Aucun club au monde, aucune province de l'hémisphère nord et sans doute pas du sud - si ce n'est peut-être en Nouvelle-Zélande, et encore - ne pouvait remonter dix-sept points de handicap face au Leinster chez lui. Personne. Jusqu'à samedi. La Rochelle est monté sur le toit de l'Europe après avoir été enfermé à la cave. Si le jeu irlandais était fast et clinique, celui des Rochelais fut dense et furious. Ce qui donne à cet exploit un éclat à nul autre pareil. Nous avons vu là, on le jure, la plus majuscule des performances ovales. Des compétitions européennes la finale la plus prenante, haletante, ébouriffante, spectaculaire.  
Mais l'engagement physique total a un prix, réglé cash en protocoles commotions et sur civière, dramatique revers d'une éclatante médaille. De la même façon, les deux passes lumineuses de l'ancien palois Antoine Hastoy pour envoyer ses centres Jonathan Danty et UJ Seuteni à l'essai contrastent avec le chapelet de percussions frontales assenées jusqu'à l'écœurement des défenses. Et comme le règlement, sans pitié pour les fautes concédées dans son propre camp, permet d'assiéger l'en-but adverse de ballons portés derrière pénaltouche, les bulldozers rochelais ne sont pas privés, comme l'an passé, d'en profiter jusque dans les derniers instants.
Sport collectif de combat et d'évitement, le rugby, on le souligne encore, demande finesse et vista, mais surtout solidarité et engagement. Samedi à Dublin, c'est allé jusqu'au sacrifice, celui du pilier droit remplaçant George-Henri Colombe, hier soldat inconnu dans les rangs franciliens, aujourd'hui statufié sur le quai Valin. Son essai gagné à coup d'épaule pour quelques centimètres derrière la ligne d'en-but puis son geste défensif devant la sienne, de ligne, payé au prix très fort d'une sortie sur civière qui glaça les cœurs autant que son plongeon victorieux les avait réchauffés quelques minutes plus tôt, raconte en face et pile ce jeu de Rugby devenu profession de gladiateurs dessinée d'un trait d'alarme et de gloire. 
Comme Béziers, donc, qui régna sans partage sur le rugby français de 1971 à 1984, comme Lourdes (1948-1968), le Stade Français (1893-1908, 1998-2015) et Toulouse (1922-1927, depuis 1985) sur plusieurs générations, le Stade Rochelais - trois finales de Coupe d'Europe et des Champions pour deux titres - est aujourd'hui armé pour dominer le Top 14 sur la durée. Un socle financier vertueux sans mécène - 800 entreprises partenaires - construit par un président visionnaire et méticuleux, mais aussi un public fidèle - un peu plus de 13 000 abonnés, record national - offrent toutes les garanties pour continuer de constituer une équipe compétitive.
Après avoir recruté des sans-grades et des laissés pour compte, des doublures en manque de temps de jeu et de jeunes pousses à dégrossir, le Stade Rochelais s'est récemment offert trois authentiques All Blacks, un Springbok et un Wallaby - ce qui n'est pas rien - ainsi que quatre Tricolores en quête de rebond. Demain, un international anglais (Jack Nowell) viendra épaissir l'effectif. La semaine dernière, un entraîneur du Top 14 m'avouait, presque admiratif : "Le jeu des Rochelais est usant. Tu penses que tu peux les battre, tu t'accroches, tu fais jeu égal et puis tu loupes quelques plaquage, tu recules à l'impact et tu finis par perdre pied..." Ce qui n'est pas sans rappeler ce que l'on disait du grand Béziers.

Pour celles et ceux que ça intéresse, du vendredi 26 au dimanche 28 mai, j'aurai plaisir à vous croiser au Grand Maul, à Saint-Paul-les Dax (40), manifestation culturelle autour du rugby et de l'art (théâtre, littérature, cinéma, photo, peinture, poésie). Seront présents Philippe Dintrans, Sylvain Marconnet, Jean Glavany, Max Godemet, Maxime Boilon, Camille Dintrans, Hélène Morsly, Yvan Cujious et Guilhem Herbert. 

dimanche 29 mai 2022

A la sirène

Comme Toulouse, Brive et Toulon avant lui, La Rochelle est entré dans la cour des grands d'Europe à la faveur de son succès sur le Leinster, cet ogre irlandais qui menaçait de l'engloutir. Après avoir soulevé ce trophée d'importance comme on émerge d'un rêve, il lui reste maintenant à brandir le Bouclier de Brennus pour couronner une quête sportive commencée dans l'anonymat en 1997, quand le professionnalisme fut accepté en France, parfois à regrets, comme l'unique voie vers l'excellence. 
Héroïque, certes, mais surtout paradoxal... Après plus d'un siècle d'existence, le Stade Rochelais est devenu, samedi dans un stade vélodrome de Marseille en fusion, le champion de la compétition la plus ouverte. Héroïque dans la forme prise par ce succès, et paradoxal tant ce club cultive la discrétion, pour ne pas dire la mise au secret. Ainsi, à ses premières grandes heures, dans les années 1960, renforcé par un quarteron de Basques montés dans le Nord pour y trouver fortune de mer, il s'était hissé à trois reprises en quarts de finale du championnat de France - battu à chaque fois par Dax, qui a aujourd'hui disparu de l'élite - et cela semblait s'accorder à ses vertus.
Son palmarès comptait deux Coupes de la Ligue, en 2002 et 2003, défunt challenge de faible renommée, mais surtout trois titres de champion de France juniors acquis en 1971, 1973 et 1974 avec des équipes composées uniquement de jeunes joueurs de cru, jusqu'à aligner un peu plus tard en équipe première une ligne de trois-quarts à nulle autre pareille si l'on considère que les frères Désiré, Elissalde et Morin étaient tous natifs de Port-Neuf, ce quartier de La Rochelle où est situé le stade Marcel-Deflandre.
Après avoir flotté dans le milieu de tableau de la ProD2, mais toujours soutenu par un public fidèle, le Stade Rochelais a remonté le courant contraire, marée après marée. Géographiquement enclavé, éloigné des zones d'achalandises du rugby, hermétique au modernisme, suscitant rarement l'intérêt des médias, le Stade Rochelais n'avait aucune chance d'attirer un mécène. Mais ce qui constituait alors ses limites est devenu son point fort. 
Sous la férule de son ancien flanker Vincent Merling devenu président, le Stade Rochelais a fédéré un demi-millier d'entreprises locales puis régionales, multiplié par trois son affluence en agrandissant son stade désormais à guichets fermés, et recruté sans discontinuer des sans-grades, puis des oubliés, et enfin des internationaux étrangers de renom en fin de carrière, avant d'être à même d'attirer des Tricolores en mal de temps de jeu.
La saison dernière, deux finales malheureuses préfiguraient ce sacre européen extrait au forceps sur la ligne d'avantage, final étouffant devant l'en-but irlandais soudain assiégé. Cet épilogue à suspense raconte la conviction mise à détruire la confiance d'une équipe du Leinster largement favorite et à bon droit considérant son parcours. Aux plaquages désintégrants qui éparpillèrent le jeu irlandais naguère si bien assemblé, à l'essai initial de Raymond Rhule inscrit au grand large dès la 12e minute, succédèrent les coups d'étrave au ras des rucks. Ils percèrent deux fois la ligne bleue, par Pierre Bourgarit à l'heure de jeu - toujours un moment clé -  puis par Arthur Retière juste avant cette sirène libératrice.
Par l'inexorabilité de son jeu axé sur le défi frontal parfois contrebalancé par des jaillissements en bout d'ailes, par la puissance de son pack déterminé à briser patiemment les velléités adverses, par ses mâles certitudes au combat, et une solidarité sans faille quand le vent contraire frappe sa proue, le Stade Rochelais modèle 2022 ressemble à s'y méprendre, et pas seulement sur le terrain, à l'AS Béziers qui domina le rugby français des années 70.
Certes vertueux, le Stade Rochelais n'échappe pas à la loi d'un marché qu'il domine en maîtrisant les subtilités du "salary cap", garde-fou budgétaire mis en place pour éviter les dérives. De cette équipe construite pour vaincre droit au but, s'exileront à la fin de cette saison le demi de mêlée-ailier Arthur Retière, héros de Marseille, mais aussi le pilier Dany Priso, l'ouvreur Ihaia West - alors qu'il a enfin trouvé la bonne carburation après trois saisons de tâtonnement - et le centre Jérémy Sinzelle, joueur-clé du vestiaire et couteau suisse. Ainsi va le rugby professionnel, froid et sans grâce.
Par le plus grand des hasards, le Top 14 nous offre dimanche prochain à la tombée de la nuit une opposition de gala entre le vainqueur du Challenge européen et celui de la Coupe d'Europe, un Lyon - La Rochelle dont on peine à imaginer le contenu après les diverses célébrations qui n'ont pas manquées d'inonder les gosiers sur les berges du Rhône et les bords de l'Atlantique. Un choc à bascule dont l'issue s'annonce cruelle puisque, derrière Montpellier, Bordeaux et Castres déjà qualifiés pour la phase finale, La Rochelle, le Racing, Toulouse, Toulon, Lyon et Clermont, séparés au classement par cinq points seulement, luttent au finish pour s'arracher des mains les trois tickets d'entrée. Nous n'avons pas fini de vibrer.

lundi 9 mai 2022

Combat nonpareil

Après avoir mis un point final à la rédaction de mon prochain ouvrage - Anthologie du XV de France - à paraître en octobre aux éditions Solar, et avant de savourer les demi-finales de Coupe d'Europe, cette chronique intercale un hommage ovale inspiré du prologue des Poèmes saturniens (1866) de Paul Verlaine.
"Dans ces temps fabuleux, les limbes de l'histoire, où les fils de Webb Ellis, beaux de fard et de gloire, vers Marseille lançaient leur règne étincelant, et, par l'intensité de leur vertu troublant les vieux et les gamins et Bill Beaumont lui-même qui a bon dos, augustes, s'élevaient jusqu'aux plus hauts poteaux. Ah ! des tribunes le public, pur encor et captif, qu'arrosait une lumière d'or frémissante, entendait, apaisant ses murmures de tonnerres, de chants heurtés, de débordements mûrs, et retenant le vol obstiné des essaims, les poètes sacrés chanter les attaquants saints, ce pendant que les spectateurs voyaient - transpirants mais pas las de leur soutien austère, - s'incliner, pénitents fauves et timorés, les avants altruistes devant les attaquants comblés ! Leur connexité grandiosement étale liait d'un même mouvement Les Fondamentaux au Rugby total, Teddy Thomas l'excellent à l'excellent Thomas Ramos : tels dans un stade deux étoiles du cosmos. 
Et sous tes cieux dorés et clairs, Europe antique, de la rieuse Toulouse à La Rochelle austère, Le Garrec et Russell ovationnés, étaient encore des héros altiers, et combattaient. Laurent Travers, s'il n'est pas entré dans la danse, fait retenir, du bord de touche, la clameur immense, vos échos jamais las, vastes postérités, d'Imhoff, et de Diallo, et de Le Roux chantés. Les héros à leur tour, après des luttes ovales, humbles, sacrifiaient aux quarts de finale et non moins que de l'art d'Ellis furent épris de l'art dont un trophée étincelant est le prix, Chavancy entre tous ! Et Ihaia West aussi, tout comme Antoine Dupont qui feinte pour s'infiltrer et persusade les esprits et les coeurs et les âmes toujours ainsi qu'il fallait pour battre tous les Irlandais. 
Une semaine plus tard, à Lens et Dublin, vers des climats plus rudes, chez les footeux nos frères, aussi dans l'Aviva, est-ce que les capitaines héroïques n'auront pas comme d'autres avant eux leur part auguste de combats ? Cependant, orgueilleux et inspirés, forts de la passion du jeu et du choc ordonné des percussions, joueurs professionnels, voyez, gravissant les hauteurs ineffables, voici les trois clubs français arrivés à l'heure, vétus de rouge, de noir, de jaune, de ciel et de blanc, et des lueurs d'apothéoses empourprent la fierté sereine de leurs mouvements : tous beaux, tous purs, avec des rayons dans les yeux. Et sous leur front le rêve inachevé des dieux ! Le monde, que troublait leur ambition profonde, les exile. A leur tour ils exilent le monde ! 
C'est qu'ils ont à la fin compris qu'il ne faut plus mêler leur note pure aux cris irrésolus que va poussant la foule obscène et violente et que l'isolement sied à leur marche lente. L'attaque à la main, l'amour du jeu, voilà sa foi, le maillot, son étendard et l'idéal, sa loi ! Ne demandez rien de plus au joueur car ses prunelles, où le rayonnement des choses éternelles a mis des visions qu'il suit sans hâte, ne sauraient s'abaisser une heure trente seulement sur le honteux conflit des besognes vulgaires et sur nos vanités plates. 
Naguère on le vit au milieu des adversaires, repoussant leurs querelles, transpirant plus qu'eux, les obligeant à défendre, célébrant l'orgueil des clubs étiques et l'éclat déplacé et les splendeurs auliques sur les réseaux sociaux où certains veulent être lus, il honorait alors le présent d'un salut et daignait consentir à ce rôle qu'on lui prête de jouer et de ravir, et s'il voulait bien être la voix qui rit ou pleure alors qu'on pleure ou rit, s'il inclinait vers l'âme humaine son esprit, c'est qu'il honorait alors toute l'âme humaine. 
Maintenant, va, mon livre, où le hasard te mène !"

mardi 5 avril 2022

La règle de trois

Elle a lieu, la guerre. A l'heure où montent les dictatures, où la bêtise des humains atteint des sommets de cynisme, où la perspective d'élections tire chaque jour davantage vers le bas les débats, une bataille en trois manches agrège quatre clubs français qui, par le hasard des calendriers domestiques et européens, se rencontrent ad nauseum. Trois matches qui sont autant de derbys. De quoi alimenter les chroniques en circuit fermé.
Les techniciens y trouveront plaisir à disséquer les compositions d'équipes, les modifications stratégiques, les combinaisons de jeu, les degrés de motivation. Les observateurs traqueront les petites phrases assassines, les messages subliminaux, les huis-clos revanchards, voire les claques sur le menton, et à ce titre le bord de touche à Chaban-Delmas sera ausculté et je parie qu'une caméra n'aura d'autre fonction que de suivre le deuxième round entre Christophe "The Bull" Urios et Ronan "Dodger" O'Gara.
Ainsi va le rugby d'ici, plus intéressé par des éclats de voix et des crochets éclairs que véritablement magnifié par le sillage doré d'un Grand Chelem en haut style. Huitièmes de finale, donc, de Coupe d'Europe en deux temps et, on l'espère, en trois mouvements. J'ai apprécié, comme beaucoup, la performance éblouissante du Racing 92 - sept essais - face au fantôme d'un Stade Français qui ne parvient toujours pas à digérer l'objectif fixé en début de saison par son capricieux propriétaire qui n'en peut plus de jeter des millions d'euros du côté de la  Porte de Saint-Cloud. Pour des clous. J'attends donc de voir fuser la réaction d'une équipe humiliée.
Tout comme m'intéresse - curiosité d'ordre purement anthropologique - la composition de l'Union Bordeaux-Bègles pour le déplacement en Aunis. Est-il possible de terrasser le surpuissant pack rochelais - Atonio, Priso, Skelton, Sazy, Alldritt - en utilisant une deuxième-ligne composée de joueurs qui ne sont en rien constitués pour ce type d'association ? Placer ensemble Cameron Woki et Louis Picamoles dans la cage bordelaise est-il un aveu d'impuissance, le signal d'une réduction d'effectif ou bien une projection stratégique dans un terme si long qu'il est difficile d'en voir les contours ?
Dans la situation actuelle où, à quatre journées de la fin de la phase régulière du Top 14, dix clubs - et j'y inclus Pau comme cadeau de Noël - visent les seules six places ouvertes à la qualification, il me parait complétement irréaliste d'imaginer qu'une équipe puisse vraiment jouer sur les trois tableaux sans se brûler les crampons. Les épreuves sont triples et concomitantes : doublons, Championnat de France et Coupe d'Europe. Ce n'est pas un calendrier, c'est un parcours du combattant. C'est la guerre de trop !
Ce n'est pas un secret, la compétition à très haute intensité telle que vécue par l'élite du rugby, et pas seulement français, se prépare en amont en ajustant quatre curseurs : physique, technique, stratégique et psychologique. Et, qu'on le veuille ou pas, c'est bien le cérébral qui, en dernier lieu, fait la différence. Et il suffit de constater le rejet - souvent mal  justifié - de la plupart des clubs de s'adjoindre un préparateur mental pour imaginer qui aura finalement les derniers maux.
Mais nous n'échangerions pas notre passe de trois pour suivre le football français qui se satisfait, contraint et forcé, d'une Ligue 1 transparente derrière l'hégémonie parisienne, ce PSG affriolant comme une danseuse orientale du ventre - mou, le ventre, mou - lors de ses prestations domestiques, de ses passes et de ses passements de jambes, mais friable comme une biscotte dès que le niveau s'élève pour passer au cran européen. Le psychique, on vous dit. Et il va en falloir, de la dureté mentale, pour réciter week-end après week-end, cette fameuse règle ovale de trois.

samedi 22 janvier 2022

Tout un foin

Si vous vous aventurez dans une pharmacie, ne demandez surtout pas un test EPCR : il risque de vous être refusé, avec match perdu. C'est le nouvel avatar ovale, le variant rugby qui sévit en Europe. Et qu'importe que vous puissiez aligner une équipe en ayant placés vos cas contacts à l'isolement... Il fallait s'y attendre : à force d'installer des terrains synthétiques, les clubs de rugby jouent maintenant leur destin sur tapis vert. Dans une compétition européenne au format plutôt alambiqué pour s'adapter aux contingences sanitaires, on peut regretter que ses classements se modifient au gré des forfaits et des annulations pour cause de contamination.

Et quand vous avez la chance de défendre vos chances sur le terrain, il vous faut compter avec un arbitre capable de vous pénaliser sans discontinuer pendant huit minutes, les dernières, alors que vous résistez devant votre ligne d'en-but avec courage et abnégation, et de dépasser de six minutes le temps réglementaire sans cesser de siffler à sens unique, voire inique, jusqu'à ce que votre adversaire parvienne enfin à marquer un essai synonyme de succès sur le fil, et encore l'arbitrage vidéo ne parviendra pas vraiment à le valider, ou du moins à l'invalider, ce qui est déjà une façon de faire son choix en amont...

Nul besoin de la cruelle mésaventure encaissée par un virulent Castres Olympique au Stoop Memorial de Twickenham, situé juste en face du grand stade de la Rose, une sorte de vol manifeste survenu vendredi soir face aux Harlequins, ou de la colère légitime des Toulousains privés - volés eux-aussi - de match contre Cardiff et surtout battus alors qu'ils semblaient avoir vaincu le virus, pour porter un regard critique sur les compétitions européennes, polluées par la Covid comme l'est notre société mise à l'arrêt forcé devant les variants qui surgissent, les uns après les autres, comme des vagues incessantes nous laissant, impuissants, sur la berge.

Comme naguère feu le challenge Du-Manoir et aussi celui de l'Espérance qui permettaient aux clubs engagés de récompenser quelques réservistes méritants ou de lancer des juniors prometteurs, les actuelles Coupes d'Europe ont pour principale vertu d'offrir du temps de jeu à ceux qui n'en ont pas, histoire de rebattre un large effectif en vue de la deuxième partie du Top 14. Car, franchement, en ce qui concerne leur pur intérêt sportif, noyé dans les circonstances contrariantes, il faut vraiment chercher pour le trouver.

De retour du Costa Rica après avoir croisé des crocodiles et des toucans, savouré le chant nocturne de la forêt tropicale éblouie de lucioles, j'avoue éprouver quelques difficultés à reprendre le fil des rencontres qui s'alignent ou s'annulent dans le marigot, au rythme des fadettes et des prières d'insérer, contexte délétère qui me rappelle les plus vilaines heures du rugby français telles que je pensais les avoir laissées derrière moi. Il y a bel est bien un paradigme qui ne parvient pas à céder, un changement qui ne s'opère pas alors même que la prochaine Coupe du monde s'annonce dans vingt mois.

Février s'avance et avec lui le championnat d'Europe de rugby-fauteuil qui se tiendra à la Halle Carpentier. A l'invitation de Sallem Ryadh, qui est le Thierry Dusautoir de la discipline, nous y reviendrons avec plaisir. D'autant que ce rugby qui sublime le handicap et celui, citoyen, qui intègre les laissés-pour-compte et les demandeurs d'asile seront, comme l'écologie et le développement durable, au coeur de la prochaine édition du trophée Webb-Ellis sur notre territoire. D'autres bonnes et belles nouvelles sont à venir ici, aux premières loges de ce théâtre ovale qui nous ré-enchante.

Car c'est bien d'émerveillement dont il s'agit lorsqu'on évoque la quête du bonheur. Pour cela, libre à chacun de dépasser les normes imposées, de sublimer un quotidien imposé, de ne pas hésiter - surtout que nous sommes assis sous la manne - à souligner le travail des hommes et des femmes qui construisent sans se plaindre et refusent de subir. Car nous l'oublions trop souvent, nous sommes toujours maîtres de nos choix, aujourd'hui comme hier : soit regretter que trop de cloisons nous plonge dans l'obscurité, soit dessiner de petits rayons de lumière.

vendredi 10 décembre 2021

Taureau aux sabots de vent

Quand Jérôme Gallion déboula dans le Tournoi - c'était en 1978 -, Jean Lacouture trouva l'une des plus belles expressions jamais accolées à un joueur de rugby : "Petit taureau aux sabots de vent". Le véloce demi de mêlée toulonnais, 22 ans, étudiant en dentaire, militaire et pianiste classique, venait d'inscrire un essai de minotaure face aux Anglais dans un Parc dont il était tout de suite devenu le petit prince. Puis il récidiva en Ecosse, en ajouta un troisième face à l'Irlande en patinant genoux montés hauts sur la glace. Avant de rencontrer son maître, Gareth Edwards, à Cardiff, et de s'incliner devant lui. 

Ce 21 janvier 1978, l'écrivain girondin chronique dans Le Monde : "Ce qui nous enchanta alors, c'est que cette équipe de France ne cessa de se lancer à l'attaque, pour la gloire de jouer, de se faire plaisir, de nous faire le plaisir le plus vif. Adieu les comptables !" Ce trait de plume pourrait tout aussi bien s'accoler aux Tricolores du capitaine Antoine Dupont, lâchés dans l'offensive débridée. Un super Dupont qui vient d'être sacré ce jour meilleur joueur du monde. Comme Fabien Galthié - son entraîneur - et Thierry Dusautoir avant lui. Deux capitaines finalistes d'une Coupe du monde. De bon augure ? C'est un peu court, jeune homme ! Soulever le trophée Webb-Ellis et rien d'autre, voilà le rêve bleu d'Antoine Dupont d'ici fin 2023, et certainement pas d'afficher une breloque décernée annuellement par on ne sait qui. 

"Pâle, le cheveu clair, une frange de page. Pas grand. Du genre trapu, à la Barrau, durement planté dans l'herbe. Des gestes sobres. Et des jambes comme des ressorts qui ne le jettent, notez-le, qu'en avant." Jean Lacouture évoque ainsi Jérôme Gallion, mais nous pourrions parler aussi d'Antoine Dupont. "On le sent si passionnément aspiré par la ligne de but adverse qu'il reste debout pour passer la balle, comme s'il refusait de perdre un mètre ou deux en plongeant vers les siens, guettant l'occasion qui lui viendra enfin de courir droit vers les gens d'en face et leurs poteaux. Un "gagneur" de ce type, poursuit Lacouture, je n'en avais encore jamais vu. Ce qui le conduisit peut-être à jouer trop pour lui-même. Mais cette passion du risque, cet appétit du ballon, quelle merveille ! " 

De Philippe Struxiano, magnifique "gagneur" toulousain capitaine du premier quinze de France qui l'emporta à l'extérieur dans le Tournoi - c'était en 1920 à Dublin - jusqu'à Antoine Dupont aujourd'hui, soit un siècle de rugby, en passant par Yves Bergougnan (encore un Toulousain), Max Rousié, Jacques Fouroux, Richard Astre, Pierre Berbizier, Guy Accoceberry, Aubin Hueber, Pierre Mignoni, Fabien Galthié, Dimitri Yachvili, Jean-Baptiste Elissalde, Morgan Parra, avouons que le XV de France a été plutôt bien servi à ce poste charnière. 

Albert Camus écrit dans ses Carnets : "La vie est courte et c'est péché que de perdre son temps. Chaque minute porte en elle sa valeur de miracle et son visage d'éternelle jeunesse." Il jouait gardien de but et relançait le jeu à la main depuis sa surface. Antoine Dupont, comme tous les demis de mêlée que nous évoquons plus haut, ne fait que passer et chaque minute de match est pour lui l'occasion de chercher la plus courte ligne entre le cul de la mêlée derrière laquelle il se trouve à recevoir le ballon expulsé d'un agrégat de corps liés et l'en-but adverse où il faut le poser tel un oeuf de pack.

Dans la préface délicatement déposée en ouverture de notre ouvrage Jeux de lignes (éditions Privat) telle une longue passe dont le ballon, vrillé, trouve onctueusement le berceau de nos mains, Dimitri Yachvili décrit les buts qu'il s'était fixés : "Inscrire des lignes au palmarès - vous noterez qu'inscrire est tout proche d'écrire - et savoir lire le jeu, tels étaient les deux objectifs qui m'ont suivis durant ma carrière." Antoine Dupont, son successeur dans cette quête, n'a plus qu'en point d'orgue d'une carrière déjà richement fournie en distinctions qu'à se hisser au-dessus du commun, ce qu'il parvient à réaliser régulièrement, pour soulever le trophée Webb-Ellis au Stade de France. Ce titre honorifique de meilleur joueur du monde l'y invite.

Mais le plus difficile, quelle que soit la profession, et le rugby en est désormais une, n'est pas de se hisser au sommet mais de s'y maintenir. Antoine Dupont, comme le XV de France, n'est-il pas à son acmé un peu trop tôt ? Trouvera-t-il assez de ressources physiques pour durer ? Autant de questions qu'il nous faut glisser sous le tapis pour mieux profiter de l'embellie actuelle qui porte le rugby français au plus haut après une décennie d'ombre. Avant le monde, s'ouvre maintenant l'Europe pour une parenthèse de deux semaines. Est-ce cette même Europe, déesse enlevée par le taureau divin ? Au bon rebond des sacres de toutes sortes, la quête d'un mythe fondateur est loin, on le voit bien, d'être terminée... 

Post scriptum : nous serons, avec Benoit Jeantet, à la libraire Pedone (13, rue Soufflot, 75005) jeudi 16 décembre entre 16 heures et 20 heures pour dédicacer Jeux de Lignes - Littérature et rugby. Vous êtes les bienvenus.

mardi 18 mai 2021

Entre l'espace et l'océan

On peut regretter qu'une nouvelle fois la finale de Coupe d'Europe s'affiche avec deux clubs français mais cette association, qui n'est pas contre nature, souligne pour les mal-voyants tout ce que le Top 14 recèle d'authentiques talents. En effet, s'affrontent samedi à Twickenham deux réussites qui ne doivent rien au hasard, deux histoires différentes mais pas antagonistes dont le chemin débouche, finalement, au même endroit.

Evoquer le Stade Toulousain, c'est revenir sur les pas d'un géant qui faillit disparaitre faute de terrain, un club d'étudiants sans vestiaire, reconstruit au mitan des années 80 du siècle dernier par un visionnaire, Jean Fabre, puis enrichit par ses successeurs, Christian Massat, René Bouscatel et aujourd'hui Didier Lacroix - comme Fabre ancien flanker - qui peut s'enorgueillir d'un titre européen. C'était en 1996. Et cela forme un trait d'union.

Ecrire au sujet du Stade Rochelais, c'est remonter aux sources du jeu pratiqué par les humbles, qui attendent longtemps avant d'obtenir un gros titre dans les médias. Un club à l'écart, s'isolant presque lui-même comme s'il ne voulait pas céder aux tentations, géographiquement excentré, voire enclavé. Un club descendu jusque dans le bas du classement de ProD2 mais qui a toujours compté sur un large socle de supporteurs inconditionnels, avant de savoir fédérer de fidèles et nombreux sponsors.

S'il faut parler du jeu, jamais le Stade Toulousain, mis à part quelques fluctuations saisonnières, n'a renié son héritage. Depuis la Vierge Rouge, le mouvement a toujours été la clé qui ouvrait les défenses. Sophistiqué sous la houlette du trio Bru-Skrela-Villepreux, refondé par Guy Novès, le voici aujourd'hui prolongé par Ugo Mola - lui aussi champion d'Europe à Cardiff en 1996 - qui s'est à son tour réapproprié les secrets de la méthode. 

Les Rochelais, eux, peuvent s'enorgueillir d'avoir créé dès les années cinquante l'une, sinon la première école de rugby, forte d'une philosophie de jeu insufflée aux poussins jusqu'aux seniors à l'initiative d'Arnaud Elissalde, l'inimitable Nono et son béret basque vissé comme une auréole. Un style qui s'est épanoui via Jacky Adole, entraîneur sacré trois fois champion de France avec les juniors du cru dans les années 70, puis émancipé lorsque l'un des fils de Nono, Jean-Pierre, prit la direction de l'équipe première, vingt ans plus tard.

Il est presque ironique de constater que le dernier rejeton de cette lignée des Elissalde, à savoir Jean-Baptiste, s'est exilé au Stade Toulousain avec, à l'époque, ses 73 kilos tout mouillé pour continuer à progresser jusqu'à devenir l'une des articulations essentielles du XV de France des années 2000, et son capitaine. Machine à décrocher des titres et à fabriquer des internationaux, le Stade Toulousain sert de patron à tous les clubs qui souhaitent s'engager dans cette voie vertueuse qu'est la formation.

Fier, naguère, de n'avoir que des joueurs formés au sein de sa pépinière (jusqu'à aligner dans les années 80, avec les frères Morin, Elissalde et Désiré, une ligne de trois-quarts issue d'un même quartier, Port-Neuf, où s'élève le stade Marcel-Deflandre), le Stade Rochelais recrute aujourd'hui tous azimuts, n'offrant que quelques chiches places à ses jeunes pousses. La réussite a certes ses exigences, et le rugby professionnel fait du maillot un support publicitaire d'avantage qu'une deuxième peau.

Samedi, il n'y aura qu'un seul champion d'Europe. Si La Rochelle venait à l'emporter, l'histoire serait digne d'un conte de fées et la baguette de l'entrepreneur Merling deviendrait par magie iconique. Ce ne serait que justice tant l'apport de cet ancien troisième-ligne aile est considérable depuis trente ans d'engagement sans faille. Que Toulouse s'impose et cette ligne supplémentaire à son déjà riche palmarès s'inscrirait dans sa légende, celle d'un club qui initia les compétitions européennes dès 1986 en luttant vent debout face aux menaces fédérales.

Deux lignes de vie, donc, venues de loin, deux voies que rien ne relie, si ce n'est quelques noms - Elissalde, Collazo, Garbajosa, Holmes - convergent désormais, preuve qu'il n'existe pas de formule pour atteindre l'excellence, seulement des volontés et des convictions. Certaines plus rayonnantes que d'autres. Et qui ne sont pas sans rappeler l'aventure de Colomiers en 1999 et 2000. Nombreux sont les présidents de clubs, adeptes du chéquier, qui confondent club et entreprise, joueurs et salariés, bénévoles et collaborateurs. Qu'ils ne s'interrogent plus devant la réussite qui sous-tend cette finale inédite entre les enfants du grand large et ceux de l'espace.

lundi 12 avril 2021

Entre les deux tours

Au risque de finir en aporie, cette chronique doit vite évacuer l'incompréhension du week-end dernier : comment quatre des plus belles équipes françaises ont-elles pu livrer aux yeux des téléspectateurs attristés deux prestations chloroformées ? Deux quarts de finale à zéro essai le même jour doivent pouvoir trouver place dans le Guinness Book, cette boisson préférée des Irlandais lesquels se demandent bien ce qui les attend à La Rochelle qu'ils ont vu pulvériser les Anglais de Sale à pourtant forte densité sud-africaine... 
Ainsi va la Coupe d'Europe remodelée pour cause de Covid-19, matches de poules tronqués et phase finale tirée au sort, laissant au destin le soin de déterminer les oppositions. Ainsi la province du Leinster débarquera en Aunis début mai et nous aurons le temps d'y revenir. En attendant, du côté de Dublin, nombreux sont ceux qui se demandent ce que ce diable de Ronan O'Gara, l'ancien roi du Munster deux fois champion d'Europe en 2006 et 2008, peut bien avoir commencé à fomenter entre les deux tours.
Désormais musclé dans toutes ses lignes grâce à un recrutement ciblé - dix-neuf internationaux - depuis quelques saisons déjà, le Stade Rochelais, demi-finaliste du Top 14 en 2017 et en 2019, poursuit son ascension, en témoigne son billet pour le dernier carré de Coupe d'Europe décroché avec panache et virulence, samedi, sur sa pelouse d'un stade Marcel-Deflandre qui fut le théâtre, naguère, d'une prise de position inoubliable. La grande salle de réunion située dans la tribune présidentielle vit, au soir du 28 novembre 1977, joueurs, entraîneurs et dirigeants refuser à la majorité la venue du capitaine des All Blacks, Graham Mourie, au motif qu'il était préférable de privilégier les enfants du club, issus de l'école de rugby. 
C'est ainsi que la troisième-ligne de l'époque composée de "Bébert" Dieu, Thierry Dagusé et Philippe Bonnarme continua d'évoluer dans cette composition en Première Division, hissant l'épisode Mourie au rang de décision exemplaire, vote démocratique salué ainsi par Denis Lalanne dans les colonnes de L'Equipe : "Le problème, pour les clubs de dignité, n'a jamais été de chercher du renfort de l'autre côté des océans mais plutôt de garder ses enfants au bercail. C'est l'honneur du rugby français que de compter encore en son sein des équipes capables de commettre des gaffes grandioses aux yeux de tous les experts du noble jeu." 
Gaffe grandiose, donc, diluée un demi-siècle plus tard dans le professionnalisme ovale. Autre temps, autres moeurs... Aujourd'hui, à ma connaissance, sur la feuille de match que présentèrent les dirigeants rochelais face à Sale n'apparaisaient que deux enfants du club, remplaçants : le demi de mêlée Jules Le Bail et le deuxième-ligne Thomas Lavault. Tel est sans aucun doute le prix que doit payer un club enclavé désireux de se hisser vers les sommets. 
Pour avoir porté le maillot du Stade Rochelais jusqu'en juniors avant de rejoindre Poitiers afin d'y suivre des études universitaires et le Stade Poitevin, alors en troisième Division, pour me frotter au rude univers des seniors, je peux témoigner des vertus de la formation rochelaise, cette école de rugby créée par Arnaud Elissalde qui était aussi une école de vie et, n'ayant été qu'un modeste joueur parmi tant d'autres, mes éducateurs - Claude Bas, Robert Puyfourcat et "Loulou" Courthès - surent néanmoins éveiller en moi quelques ressources insoupçonnées dont je sens bien qu'elles me constituent encore aujourd'hui. 
Après avoir refusé au nom de son ADN l'âme des All Blacks, à savoir Graham Mourie, La Rochelle peut aujourd'hui se réjouir de compter dans ses rangs le double champion du monde néo-zélandais Victor Vito, atout vital au coeur d'un dispositif aussi tranchant qu'inventif dont on sent bien qu'il est construit depuis une demi-douzaine de saisons pour décrocher un titre, qu'il soit domestique ou européen. Descendu il y a vingt ans en ProD2, remonté de façon durable en 2014 en Top 14, figure de proue à la lumière de son éclatant succès sur Sale, le Stade Rochelais, solidement toilé, est désormais en passe de remporter son pari hauturier.

lundi 5 avril 2021

Le procès

Il n'y a pas plus important glissement de la réalité que celui enregistré sur une bande vidéo et repassé à l'infini sous tous les angles. Personne n'y trouvera jamais ce qu'il y cherche, tellement la vérité - mais existe-t-elle vraiment sous la forme qu'on aimerait qu'elle prenne : objective et insécable - s'immisce là où on ne l'attend pas, là où on ne la cherche pas. En rugby, et sans doute aussi dans la vie, elle est immédiate, vivante, lové dans l'instant présent. 

Elle n'est pas réponse, cette vérité ovale, puisque la question ne devrait pas s'imposer. Il y a ou il n'y a pas, et c'est au référent des règles, au directeur de jeu, d'arbitrer. C'est-à-dire de soupeser sans peser trop lourdement. Tout un art qui semble aujourd'hui perdu, évanoui, tellement éloigné des préoccupations du corps arbitral contemporain noyé dans les allers-retours avec le car-régie et ce nouveau juge implacable dont l'avis fait loi, avec ses yeux de pack, assis dans le noir face à un écran où défilent les minutes d'un match comme on parle de celles d'un procès.

Si le cinéma est un mensonge magnifié au rang d'un art, le septième, - clin d'oeil à l'ami Seb - l'arbitrage vidéo ressemble davantage, lui, à un fléau chronophage, virus télévisuel qui s'amplifie dans l'embarras de réponses qui, de toute façon, ne trouveront jamais à étancher la soif des interrogations désormais trop souvent posées comme on se débarrasse d'un poids sur la conscience en passant la patate chaude à son voisin. Les apprentis Salomon tranchent parfois dans le tendon de matches au cordeau, rencontres nerveuses qui nous ravissent mais finissent par se terminer en eau de boudin au fil de ces arrêts intempestifs devant la bande passante, lassante.

A l'évidence, et selon nos sources, World Rugby se penche déjà sur un protocole - un nouveau, un de plus - qui aura pour vocation d'éteindre la polémique naissante dont on entend gronder les vagues de mécontentement dans tous les salons de passionnés. Il devra aussi redonner sa place (et toute sa place) à l'arbitre de champ, dont on voit bien qu'à défaut d'être le seul maître à bord - où sont passés les héritiers de Gwynne Walters, Georges Domercq et John West, eux qui donnèrent leur lettre de noblesse à ce rôle si ingrat ? -, il s'en remet à d'autres pour l'harmonie, le tempo et le rubato de ces matches qui parvinrent malgré cette absence de direction à nous ravir le week-end dernier.

Ces huitièmes de finale ont propulsé cinq clubs français - le Racing 92, Bordeaux-Bègles, Clermont, Toulouse et La Rochelle - en quart de finale. Il s'agit bien de l'élite de ce tant décrié Top 14 que certains observateurs affublent régulièrement de tous les maux et qui, même si j'avoue volontiers qu'il m'irrite parfois les soirs d'hiver quand il arrive que certaines équipes alignent des prestations sans relief - demeure la plus féroce compétition de clubs au monde, tellement relevée qu'aujourd'hui ils sont dix à pouvoir se qualifier en phase finale pour seulement six places disponibles, c'est dire le nivellement par le haut qu'il faut bien finir par reconnaître.

Ainsi cet entraîneur m'assurant sur le ton de la confidence que "le niveau des équipes de bas de classement du Top 14 était très nettement supérieur à celui de certaines provinces galloises ou écossaises" a bougrement raison si l'on considère les déroutes d'Edimbourg à La Défense et de Llanelli à domicile, dimanche dernier. Sans augurer de la suite, pour se hisser en demi-finale le Stade Rochelais aura fort à faire avec Sale tandis que pour beaucoup de connaisseurs, l'un des finalistes se trouve dans le quart "exotique" qui oppose Exeter (tenant du titre) au Leinster, multi-titré. Dans l'autre moitié du tableau, quatre des meilleurs clubs français du moment se disputeront afin d'arracher de haute lutte deux places.

Si elle semblait bancale à défaut d'être injuste considérant le peu de journées qui lui furent allouées dans un calendrier chamboulé par la crise sanitaire, avouons que cette Coupe d'Europe a repris vie et, dans l'attente de quarts de finale qui s'annoncent très disputés, nous ne pouvons que savourer le plaisir partagé de performances qui frisent le haut niveau international en terme d'engagement et d'innovations, en témoignent certaines combinaisons de jeu en première main derrière touches et mêlées. Il n'y a plus qu'à espérer que les prochaines confrontations franco-françaises se montreront à la hauteur de ce standing européen.

"Plus un feu jette d'éclat, plus tôt il s'éteint," écrit Sénèque dans ses Consolations (XXIII). Remplaçons une consonne et feu devient jeu. "Il est plus vivace si, aux prises avec un matériau résistant et difficile à brûler, il est étouffé par la fumée et luit faiblement : la raison pour laquelle il se nourrit mal est aussi la raison pour laquelle il reste allumé. De même, plus une nature est brillante moins elle vit ; là où il n'y a plus d'amélioration possible, le déclin est proche." Il faut imaginer que ceux des clubs qui illuminèrent notre week-end passé après avoir brûlé leurs bateaux ont une envie quasi existentielle de s'enfoncer plus avant, tels des défricheurs, dans cette terre inconnue qu'est leur phase finale.

samedi 12 mai 2018

Bilbao à la fête

Pour parvenir à se hisser sur la dernière marche européenne il a manqué sous le pluie au Racing 92 un ballon derrière un ruck, un dégagement en touche et un drop-goal face aux poteaux. A la fois peu et beaucoup dans un match verrouillé par les défenses au cœur d'un écrin joyeux. Le rugby n'est pas un spectacle. Sinon, il y a l'opéra, le théâtre... Pour la puissance des alexandrins et l'originalité d'une mise en scène contemporaine suis allé à l'Odéon voir Bérénice la semaine dernière. Bilbao ? Pour le rugby dans toute l'acceptation du terme, sans doute l'un de mes meilleurs souvenirs de finale européenne depuis 1996. Pour le suspense, l'intensité, la majesté du stade, la sportivité du public, les bérets basques made in Showbiz portés par les joueurs à leur entrée sur le terrain, la fête autour, la beauté du pays basque.

San Mamès est situé à une portée de drop du musée Guggenheim et les habitants de Bilbao craignaient le pire : avant d'accueillir les finales de Coupes d'Europe, Challenge et Champions, ils avaient assisté, calfeutrés derrière leurs fenêtres, au déferlement des fadas marseillais et des hordes russes de Kiev, laissant le centre-ville de la cité basque à moitié détruit. Grande fut leur surprise quand ils virent des supporteurs venus des toutes les provinces d'Espagne et d'au moins vingt clubs d'Europe fraterniser au bar et dans les rues.

Dès le vendredi, tous les maillots de rugby disponibles coloraient les avenues de Bilbao, et les accents, du plus chantant au plus rocailleux, formaient la mosaïque du rugby de l'hémisphère nord dans ce qu'il a de plus fraternel. Pas un angle de rue, une place, un parc d'où ne sortaient des chants, des rires, quelques accords de musique. Un vrai bonheur ovale pour la première fois que les trophées européens étaient décernés en dehors des zones traditionnelles, Irlande, Grande-Bretagne et France.

A l'occasion des deux finales - Cardiff-Gloucester et Leinster-Racing 92, les amateurs de football, et ils étaient nombreux dans un San Mamès hérissé de poteaux de rugby aux couleurs du pays basque, avouaient avoir pris une leçon de sportivité : pas un mot de la part des joueurs aux arbitres quelle que soit leur décision, des chocs telluriques et des plaquages destructeurs sans le moindre geste d'énervement ou de frustration. Ils avaient un mot à la bouche en même temps qu'ils vidaient leurs pintes : chevaleresque. Au pays de Cervantès, ça a du sens.

Pendant que Grenoble atomisait Oyonnax et prouvait que la ProD2 n'est pas un enfer ni même un purgatoire mais bien une compétition de qualité qu'il est possible d'apprécier quand on sature de Trop 14, les Russes d'Enisei venaient à bout des Allemands d'Heidelberg, l'ancien club du président Wild. L'Europe en paix est une construction à chérir, surtout après avoir visité, recueilli, le musée de la paix à Guernica et croisé des amoureux entrelacés au creux de la sculpture monumentale d'Henry Moore sur les hauteurs de la ville hier détruite et aujourd'hui lumineuse.

Voyez le tableau : Guernica s'est imposé naguère comme le grand club de rugby du moment : Pedro nous précise qu'il s'agit d'Ordizia, désormais. Dont acte. Le gouvernement de cette province souhaiterait créer une ligue basque transfrontalière à l'horizon 2020, ce qui prolonge la montée en puissance de l'équipe nationale espagnole qui a failli se qualifier directement pour la Coupe du monde 2019 au Japon, n'était un arbitrage roumain plus que suspect et une fin de match houleuse indigne du rang international qui vaut aux joueurs espagnols, la plupart français, de perdre toute possibilité de faire entendre leur voix à force d'avoir trop et mal gueulé.

C'était historique, donc et en deux finales, San Mamès mérite en Ovalie son surnom de Catedral - comme le temple de Twickenham a gagné le sien au fil de l'histoire - pour ses tribunes vertigineuses montant dans le ciel à la façon des stades argentins et son silence respectueux sur les tentatives de tirs au but. Cette œuvre d'art sur les hauteurs de la ville en viendrait presque à plonger le musée Guggenheim et ses façades dorées dans son ombre tant elle s'est construite de mille intensités.

lundi 16 octobre 2017

L'Europe enlevée

A l'heure où la Coupe libère sa vingt-troisième édition, l'Europe se redécoupe en morceaux. La Belgique et la Grande-Bretagne hier. Aujourd'hui la Catalogne. Et demain ? La Corse, le pays Basque, la Bretagne ? La compétition ovale et bancale qui nous occupe oppose clubs, provinces et franchises, propriétaires privés et fédérations, et donc ne repose que sur un découpage administratif aléatoire. C'est toute son original, ce que vous semblez, comme moi, apprécier.

Soyons précis, l'expression Coupe d'Europe n'existe plus : elle a été dégagée par un taureau nommé Champions Cup. De Dublin, elle a migré vers Genève. L'écrivain James Joyce l'avait fait avant elle, si mes souvenirs sont bons. En fait, c'était Zurich, mais qu'importe. Nous avons là un objet biscornu, aussi particulier et original que le sont les règles de ce jeu. C'est bien ce qui rend cette compétition attachante.

Un moine irlandais, un roi de Bohème, Montesquieu puis Saint-Simon se sont successivement penchés sur le berceau de l'Europe. Et enfin Victor Hugo, qui nimba ce rêve de romantisme et lui donna ses lettres. Je ne sais pas si ce sentiment continue de prévaloir à l'heure actuelle ou s'il faut lui préférer l'idée de «composition baroque», c'est-à-dire un assemblage hétéroclite mêlant différentes sensibilités.

Transpirait samedi une opposition marquée entre le Leinster et Montpellier à Dublin en ouverture de la première journée. Vitesse, vista et technicité face à poids, canevas et obstination. Contraste saisissant, différence notable: quatre essais à deux. Bonus offensif pour l'un, défensif pour l'autre. Un résumé qui raconte mieux qu'un long compte-rendu détaillé ce qu'il advint de l'ogre du Top 14 en terre irlandaise.

Au delà de la défaite, nette, et de la difficulté des Héraultais à s'imposer dans le mouvement général, nous interroge l'inspiration du frêle Benoît Paillaugue au milieu des géants surpuissants : ou comment un lutin est capable d'effacer en deux appuis intérieurs la défense adverse tout en électrisant sa propre organisation offensive jusque là figée dans ses plans. Cette capacité à sortir du cadre, voilà bien l'esprit du jeu cher à William Webb Ellis.

Mais pour cela, précision technique et prise de décision immédiate sont demandées. La preuve, c'est ainsi que le Racing 92, Toulon et Clermont construisirent leurs premiers essais pour l'emporter - certes difficilement - face à Leicester, les Scarlets et aux Ospreys, La Rochelle y ajoutant en continuité la conservation du ballon devant les Harlequins de Londres et deux grosses doses d'acharnement : dans l'axe et devant son en-but.

La désormais baptisée Champions Cup façon football est toujours un excellent baromètre de forme avant les très attendus tests internationaux de novembre. Elle montre surtout clairement les forces et les limites du Top 14, que plus aucun entraîneur étranger de nous envie, si ce n'est pour venir y négocier un gros salaire en s'amusant d'y retrouver certains de ses compatriotes en pré-retraite bien dorée sur tranches.

En termes de préparation mentale, de technologie et de managérat, le rugby français est en retard. On le sait et on le regrette, il lui manque une vision panoramique, un projet assez large pour englober toutes les composantes du haut niveau. On en revient aux initiatives culottées du lutin Paillaugue : elles sont l'exception qui malheureusement confirme la règle, si l'on met à part la performance maritime qui montre aux clubs topquatorziens une voie à suivre.

Les réussites rochelaises et clermontoises correspondent à la hiérarchie dessinée en fin de saison dernière. Il faut s'attendre à ce que le deuxième tour européen, le week-end prochain, nous livre d'autres d'enseignements à partager, avec la visite de l'Ulster à La Rochelle, de Northampton à Clermont et d'Exeter à Montpellier, tandis que le Racing 92 et Castres se rendront respectivement au Munster et à Leicester.

Ah, j'allais oublier mais en y réfléchissant bien, on peut s'en passer : la direction bicéphale de la FFR a décidé d'ouvrir davantage le XV de France aux supporteurs, aux partenaires et aux journalistes. En cette période de coqs maigres, il est vital de développer l'élan public, de faire entrer des sous dans les caisses et de communiquer positivement via les médias. A Marcoussis, Bernard et Serge présentent la gamme hiver de leurs produits cosmétiques. Ils servent à masquer les cernes sous les Bleus.

PS: Le Tour de France annonce son départ pour le 7 juillet depuis l'île de Noirmoutier. N'en croyez rien: il commencera en fait le 17, à Annecy.