lundi 7 septembre 2026

Il était temps

 

Un an, déjà, d'éloignement, allégé de comptes-rendus, reportages et portraits. Dire que l'actualité ovale au quotidien me manque serait mentir. J'ai fait mon miel du temps désormais offert après plus de quatre décennies d'activité plumitive. C'est ainsi qu'est né, en plein otium, l'idée d'un nouveau projet éditorial dont on parlera plus tard, à la discrétion de mon éditeur, c'est-à-dire à la fin du deuxième trimestre 2027, quand la onzième Coupe du monde commencera à s'imposer comme le sujet de toutes les discussions. 
Si je n'ai pas suivi par le menu le championnat des nations du sud, c'est parce que la French Riviera accaparait mon énergie, doigts de pied en éventail pour tenter de diffuser un peu de fraîcheur quand la chaleur caniculaire plombait tout mouvement. Juste vu les Springboks recouvrer leurs esprits, ce qui augure d'un prochain Mondial terrifiant d'engagement sur la ligne d'avantage. Et les All Blacks retrouver le goût de la prise d'intervalle, ce qui est toujours une bonne nouvelle pour le rugby. 
Au détour d'informations distillées, j'ai appris que le XV de France bénéficiait désormais d'une grille de temps de jeu afin de permettre aux sélectionnés de débarquer avec le plein de carburant à l'automne prochain en Australie. Il était temps. A la question de savoir pourquoi la France n'a jamais, depuis 1987, était championne du monde, pourquoi elle a échoué à dix reprises, perdu trois finales et beaucoup d'illusions, on peut légitimement penser qu'elle est handicapée par ce qui constitue le point fort de son rugby domestique, à savoir son championnat d'élite, ce Top 14 tellement bankable qu'il attire flopée de voyageurs - on dit non-sélectionnables par souci de correction. 
Dix mois de lutte sans merci entre quatorze entités armées d'intentions musclées et d'un effectif de quarante éléments et plus (soit trois groupes : les titulaires, les remplaçants et les blessés). Souvent, remporte le Bouclier de Brennus - dont la charge émotionnelle est supérieure à celle des autres trophées disponibles sur la planète - le club qui est parvenu à densifier au mieux son effectif à la faveur d'un budget à rallonges, qui dépasse parfois l'amplitude autorisée... 
Pour cette nouvelle saison, commencée en fanfare samedi dernier, la Section Paloise et l'Union Bordeaux-Bègles semblent s'être préparées à empocher rapidement le maximum de points au tableau d'affichage et au classement. Ce n'est qu'un sentiment à l'issue de la première journée, qui ne vaut pas conclusion. Mais avec la Coupe des Champions et la nouvelle Coupe des nations, sans oublier le Tournoi, ceux qui visent plus précisément le Brennus savent que ce qui est pris avant l'hiver ne craint pas la gelée, comme le répétait ma grand-mère. 
Pendant ce temps, le rugby amateur souffre. En silence. Du manque d'effectif chez les jeunes, de carences au sein des encadrements, de compétitions chamboulées, de soucis financiers. De tensions délétères. Parfois aussi de tricheries, et il suffit pour s'en convaincre de lire les attendus des commissions de discipline des différentes Ligues régionales. Quelques âmes bien nées gagneraient à mutualiser leurs analyses, leurs réflexions et leurs préconisations afin de proposer une réponse globale et circonstanciée au malaise grandissant qui mine les clubs de séries régionales.
Cette chronique, comme le temps, passe vite et il me faut déjà conclure sans pour autant refermer la page. Au risque de me répéter, j'ai envie de vous livrer cette phrase de Pierre Albaladejo, notre Aristote d'Ovalie, qui suit toujours le rugby depuis son salon dacquois, entouré de sa famille et de ses amis fidèles, apophtegme livré en 2002 dans la préface de Mon sac de rugby, l'ouvrage référence de Jacky Adole : "Et si le rugby a emboîté le pas de la vie, qu'il nous soit permis de regretter que ce ne fût point le contraire."

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