Un an, déjà, d'éloignement, allégé de comptes-rendus, reportages et portraits. Dire que l'actualité ovale au quotidien me manque serait mentir. J'ai fait mon miel du temps désormais offert après plus de quatre décennies d'activité plumitive. C'est ainsi qu'est né, en plein otium, l'idée d'un nouveau projet éditorial dont on parlera plus tard, à la discrétion de mon éditeur, c'est-à-dire à la fin du deuxième trimestre 2027, quand la onzième Coupe du monde commencera à s'imposer comme le sujet de toutes les discussions.
lundi 7 septembre 2026
Il était temps
vendredi 22 mars 2024
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samedi 28 octobre 2023
Et de quatre !
Quatre buts de pénalité signés Handré Pollard, rappelé en cours de compétition pour palier la déficience de Manie Libbok, meilleur attaquant mais buteur imprécis. Lui n'a pas tremblé. Les All Blacks, plus entreprenants, ont refusé de convertir deux pénalités face aux poteaux sud-africains, Richie Mo'unga a manqué une transformation en coin sur son bon pied et Jordie Barrett un but longue portée. 29-28 face à la France en quart, 16-15 devant l'Angleterre en demie, et 12-11 en finale face aux All Blacks : les Springboks, qui savent pratiquer le "rudeby", ont maîtrisé le suspense à grands coups d'épaules et de mental.
J'en connais, des Tricolores, qui se sont mordus les doigts à défaut d'autre chose devant leur téléviseur vendredi soir au moment où les Anglais d'Owen Farrell - sifflés au Stade de France dans une triste unanimité anti-sportive - accrochèrent autour de leur coup cette dérisoire médaille de bronze mais si importante pour eux, remontés des enfers dans lesquels ils étaient descendus en mars dernier, humiliés à Twickenham dans le Tournoi des Six Nations par le XV de France pour finir par reconquérir La Malvinas au terme d'un remugle qui correspond bien à leur genre de beauté.
En attendant la sortie de Côté Ouvert prévue le 2 novembre, et pour diverses raisons dont la première touche à la défaite française en quarts de finale, j'ai repris "Le Grand Combat du Quinze de France" et relu ceci de saisissant : "Il est bien entendu que le rugby est une petite guerre anglaise, aux règles et aux dimensions anglaises, une guerre où les Anglais ont tiré les premiers parce qu'elle ne se réinvente pas comme les autres guerres", écrivait ainsi Denis Lalanne durant l'été 1958. Ce constat n'a, malheureusement, pas pris une ride.
Et le Pape d'Ovalie de poursuivre : "Le petit empire du rugby dans le grand empire britannique, les Français en ont fait pendant plus de cinquante ans le tour, musique en tête, sans être plus avancés (...) Les Français croyaient jouer au rugby parce qu'ils jouaient avec un ballon ovale, ils croyaient même un peu vaniteusement avoir réinventé ce jeu en l'adaptant à leur "tempérament latin", ce sacré bon vieux tempérament latin qui nous a si souvent servi d'excuse. La vérité, la triste vérité, c'est qu'ils n'avaient pas encore pénétré le véritable sens du rugby." Soixante-cinq ans plus tard, un extrait du compte-rendu d'Afrique du Sud - France à Saint-Denis n'aurait pas été mieux rédigé.
En conclusion de la première tournée victorieuse du XV de France sur la terre des Springboks, Denis Lalanne livrait ce mode d'emploi qu'il serait sans doute bon d'inscrire dans tous les vestiaires si d'aventure nous souhaitons, un jour, remporter le trophée Webb-Ellis : "Ce n'est jamais la dispersion des inspirations qui pourraient rendre ce jeu plus amusant, mais au contraire une méthode stricte et dépouillée : demandez plutôt aux vainqueurs. Notre rugby ne doit plus tant se nourrir de fantaisie et d'improvisation que de technique et de sobriété. L'inspiration viendra toute seule, à qui ne la recherche pas à tout prix."
A l'heure où l'organisation retrouvée a permis aux Anglais de se hisser à la troisième place, où la rigueur tactique demeure la matrice dans laquelle les Springboks forgent leurs victoires, la disparition jeudi soir de Guy Camberabero, à l'âge de 87 ans, nous rappelle qu'il fut, et d'abord au pied, l'artisan du premier Grand Chelem français dans le Tournoi des Cinq Nations 1968 aux côtés de Jo Maso, Jean Gachassin et Pierre Villepreux, Jean Trillo mais aussi Jean Salut et Walter Spanghero, mémoires vivantes de cet exploit en quatre actes étalés sur deux mois. La LNR, mieux que World Rugby, lui rendra hommage dimanche sur les terrains de reprise du Top 14.
Jeudi 2 novembre sort le livre Côté Ouvert, recueil des meilleures chroniques de ce blog sur deux cents pages, aux éditions Passiflore. N'hésitez surtout pas à le commander chez votre libraire !
samedi 21 octobre 2023
Rendez-vous en 2027
Suivre cette Coupe du monde, bien entendu, mais désormais de loin. Nous manque le carton d'invitation pour le dernier carré, celui des VIN, very important nation. Un ressort s'est brisé, il affaisse nos emportements. Nous en venons à ressentir les aspérités d'une route qui mène au titre mondial. Un voile de tristesse recouvre nos émotions ovales, lesquelles ont perdu de leurs éclats de voix. Depuis vendredi dernier, l'automne nous enveloppe à mesure que le thermomètre descend de plusieurs degrés. La nuit tombe vite en cette fin octobre. Seule la perspective, vendredi, d'un derby entre les Falklands et Las Malvinas nous redonne un peu le sourire.
Quand vais-je arrêter de me demander ce qui a manqué au XV de France pour franchir l'obstacle sud-africain. Deux points, c'est certain. Mais où sont-ils ? Dans la transformation contrée de Thomas Ramos par Cheslin "Usain" Kolbe ? Sûrement pas. Ce serait choisir le mauvais côté de la lorgnette et c'est pourtant la petite musique que l'on entend trop. Sérieusement, durant ce quart final, les lacunes, les faillites et les erreurs françaises furent beaucoup trop nombreuses et récurrentes pour que nous recentrions notre amertume et notre déception sur un seul fait de jeu, fut-il le plus saillant.
Fabien Galthié, qu'on présentait comme un maître tacticien, s'est fait manger le cerveau par le duo Erasmus-Nienaber. Après cela, il a débriefé en visio pendant deux heures avec Florian Grill et Jean-Marc Lhermet sa Coupe du monde mais plus sûrement ses quatre premières saisons comme sélectionneur et entraîneur en chef. Avant qu'il éteigne l'écran de son laptop et reparte pour un deuxième mandat jusqu'au Tournoi 2028, remercions-le d'avoir redonné au XV de France le lustre qu'il avait perdu après huit ans de calamités, et félicitons-le d'avoir encouragé l'éclosion d'une génération talentueuse.
Mais que restera-t-il de cet échec en quarts ? Car il faut bien appeler les choses par leur nom : perdre à ce stade de la compétition face à l'Afrique du Sud, ce n'est pas une défaite, c'est une rupture. Aucun élément de langage ne peut masquer la réalité dans toute sa brutalité : les Tricolores sortis très tôt de leur Coupe du monde, ne restera que le résultat sec. C'est cruel. Comme en 1991, 2015 et 2019, l'évidence s'impose : la France n'est pas invitée. Et encore, est-on certain que le XV de France l'aurait emporté en demie face à cette équipe d'Angleterre à Saint-Denis sous la pluie et dans le vent comme en 2003 à Sydney ? Finalement, mieux vaut en rester là.
Quatre ans, c'est impalpable. C'est surtout une façon de se réfugier dans un nouveau rêve pour éviter l'agression du réel. Quels Tricolores, parmi les battus de Saint-Denis, auront gardé en 2027 assez de vitalité pour postuler et s'inscrire à coup sûr dans la conquête du trophée Webb-Ellis ? Face aux Springboks, beaucoup ont disputé leur dernier match d'un Coupe du monde. Cyril Baille, Reda Wardi, Dorian Aldegheri, Julien Marchand, François Cros, Anthony Jelonch, Sekou Macalou, Charles Ollivon, Jonathan Danty, Gaël Fickou et Thomas Ramos auront dépassé la trentaine, et pour certains très largement...
Se projeter trop vite en Australie, c'est fermer les yeux aujourd'hui sur ce qui n'a pas fonctionné. La liste n'est pas exhaustive : un staff tricolore qui n'a pas toujours été sur la même longueur d'onde, des blessures à répétition au terme d'une préparation physique trop éprouvante après une longue saison domestique, un plan de jeu éventé axé sur la dépossession et la reconquête du ballon au sol, des leaders bien discrets sur le terrain, de mauvais choix dans la composition du banc et la gestion des remplaçants en cours de match. Ca fait quand même beaucoup, non ?
Reste maintenant à espérer que le titre mondial des poids-lourds entre All Blacks et Springboks nous offrira un final à la hauteur de l'histoire associée à cet affrontement. Le rugby mondial souffre de consanguinité, c'est acté. Si l'on excepte l'Argentine et que l'on retranche l'Irlande, les demi-finales ont toujours été animées par les mêmes nations depuis 1987. Cette fois-ci, Néo-Zélandais et Sud-Africains se dirigent vers un quatrième titre mondial, quand nous n'avons toujours pas été capables - nous devons quand même être un peu plus cons que la moyenne - d'en décrocher un. C'est long, quatre ans.
Dans moins de deux semaines sort le livre Côté Ouvert, recueil des meilleures chroniques de ce blog sur deux cents pages, aux éditions Passiflore. N'hésitez surtout pas à le commander dès maintenant chez votre libraire...
dimanche 15 octobre 2023
Les Tricolores boksés hors du Mondial
C'était dimanche soir le test-match le plus important de l'histoire du rugby français. Pas historique, non - celui-là remonte en 1958 à Johannesburg - mais crucial puisqu'il ouvrait aux Tricolores une voie royale pour atteindre cette finale tant fantasmée. Pour la troisième fois après 1991 et 2007, la France accueillait cette compétition ; ce devait être la bonne mais le dicton l'a emporté : jamais deux sans trois. Trois, chiffre maudit, trois comme les éliminations successives en quarts de finale. Nation majeure depuis sa première victoire en série de tests au pays des Springboks, la France du capitaine Dupont n'est peut-être pas aussi forte que ses supporteurs l'imaginent, et quand on additionne vingt-quatre victoires à domicile en vingt-cinq matches depuis 2020, il faut d'abord s'assurer de remporter les plus importants.
dimanche 8 octobre 2023
Boks en stock
samedi 26 août 2023
A double tranchant ?
Après le résultat probant du XV de France face à l'Australie, dimanche (41-17) et puisque les observateurs invoquent la dimension historique de ce tour de chauffe après la défaite (35-7) qu'infligèrent les Springboks aux All Blacks vendredi à Twickenham et l'euphorie fidjienne sur cette même pelouse qui laissa les Anglais battus (22-30), aphones et inquiets, précisons que le Mondial a débuté quinze jours avant le coup d'envoi du match d'ouverture. Une première.
Angleterre, Nouvelle-Zélande... A l'occasion des matches de préparation - qui peuvent être aussi ceux de la déconstruction - nos meilleurs ennemis ont singulièrement perdu de leur superbe, un peu de leur jeu et surtout l'occasion d'enclencher la compétition avec cette confiance qui sied aux grandes équipes. J'écris "meilleurs ennemis" car depuis 1987, Néo-Zélandais et Anglais ont toujours été l'écueil contre lequel se sont brisées les illusions tricolores. Cette fois-ci, ils sont en plein bouillon, ballotés. Faut-il y voir un signe encourageant ?
Privée de son capitaine Owen Farrell pour affronter d'entrée l'Argentine dans une poule qui comprend aussi les Samoa, l'Angleterre est logée - comme la Nouvelle-Zélande - à l'hôtel des joueurs brisés, le staff kiwi devant pour sa part reconstruire une deuxième-ligne après le carton rouge récolté par Scott Barrett et l'absence de Brodie Retallick ; sans parler de la blessure au genou des piliers titulaires, Tyrel Lomax et de Ethan de Roodt.
A contrario, les avants springboks ne souffrent pas d'un manque de puissance. C'est même à grands coups d'épaules qu'ils ont concassé leurs homologues, vendredi soir, et il fallait voir le visage des All Blacks au coup de sifflet final pour mesurer l'intensité des impacts. Fidèles à leur ADN, les Sud-Africains ont ajouté ces appogiatures au large et dans les intervalles qui les rendent actuellement irrésistibles, en tout cas idéalement placés pour un doublé mondial.
Nos blogueurs ont du talent. "Pour une fois, tous d'accord pour expliquer qu'il n'y rien à dire, ce qui devrait quand même prendre un peu de temps !" lâche Jan Lou, habitué des lieux qui ne sont jamais communs. La déconfiture des Kiwis nous interroge, et il n'est pas avisé de s'en réjouir tant que n'aura pas été mesuré sur leur mental l'effet à double tranchant de cette large défaite face au grand rival. Les All Blacks ne perdent jamais longtemps leurs moyens et, même après s'être débarrassés sans coup férir de Wallabies courts sur pattes, les Tricolores s'attendent à une réplique de haute intensité dans deux semaines.
Sortira début novembre aux éditions Passiflore le recueil des meilleures chroniques de ce blog.
dimanche 9 juillet 2023
Ce jeu de Barrett
Nous voilà réfugiés sous le parasol tandis que le groupe France, au banc d'essai mais ballons remisés, aligne les sprints au rupteur en pleine canicule afin d'atteindre le plein niveau de stress. Les coéquipiers d'Antoine Dupont emmagasinent actuellement à Monaco les toxines tandis que Springboks et All Blacks, eux, additionnent les points avec une facilité déconcertante dans un Rugby Championship aux allures de répétition générale d'avant Mondial. Quels parcours plus contrastés que ce chemin de souffrance et ces voies du grand large...
A ce rugby de défi frontal inscrit à leur patrimoine génétique, les Springboks ont ajouté l'exquise dilution du jeu de passes en recherche d'intervalles, tendance esquissée lors du Mondial 2019 - mais en fin de rencontres - et qui a été samedi à Pretoria exprimée dès les premières minutes, en témoignent le "coup du chapeau" tiré par leur ailier de poche Kurt-Lee Arendse, transfuge du 7 capable de mystifier à trois reprises la défense wallaby, certes poreuse, mais quand même... Ils ont aussi offert à leur trois-quarts centre polyvalent André Esterhuizen toute latitude pour, à 29 ans, s'imposer en leader d'attaque, gabarit de troisième-ligne aile (1,94m, 110 kg) doté d'un jeu au pied subtil propre à semer le trouble dans les rangs adverses.
Quelques heures plus tard, les All Blacks n'ont pas attendu longtemps, eux aussi, pour enclencher leur premier match de l'année face à des Pumas aux griffes trop élimées. Et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le XV de France qui sera sur leur route, le 8 septembre prochain. Car on a retrouvé des Néo-Zélandais vifs et inspirés dans le sillage de leurs trois frères qui font du rugby un jeu de Barrett. A toi, à moi, et surtout à la nôtre, semblaient-ils dire en se transmettant le ballon comme un mot de passe. Fidèles en cela à une tradition visiblement remise au goût du jour.
Depuis la parution d'un ouvrage, l'ABC du rugby, dans lequel Charlie Saxton, ancien demi d'ouverture international devenu entraîneur puis manager dans les années 60 concentrait en une formule la méthode de jeu qu'il pensait la meilleure pour les hommes en noir, ceux-ci disposent d'un référent commun qui met en arborescence trois principes-clés : le placement des joueurs, la possession du ballon et le rythme de jeu. Samedi à Mendoza, ils ont de nouveau consacré cette formule. Saxton écrivait en exergue de son ouvrage : "Le rugby est un jeu d'attaque." Bien lu, bien reçu.
Nous avons ensuite savouré la montée du Puy de Dôme, théâtre d'une petite page épique dans le dernier kilomètre entre Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, nos Anquetil-Poulidor des temps modernes, au milieu desquels n'est pas parvenu à se glisser l'inimitable Julian Alaphilippe. Avant de retrouver les jeunes pousses bleus, ces "fils de" opposés à l'Angleterre, avant-dernier obstacle sur la route d'un sacre promis en finale face à l'Irlande, vendredi prochain en apéritif propre à calmer notre appétit le temps d'un été qui monte en température.
dimanche 13 novembre 2022
En bleu de chauffe
lundi 7 novembre 2022
Un succès très cavalier
Champion de France en 1902 avec le Racing Club de France au poste de deuxième-ligne, puis arbitre international, l'ingénieur polytechnicien Jacques Müntz nourrissait, comme Damian Penaud aujourd'hui, une passion pour le grand échiquier. Laissé à la postérité ovale, son axiome nous revient en mémoire à la vitesse d'une diagonale de fou : "Le rugby est un jeu d'échecs joué à toute allure". L'agile ailier auvergnat en serait le cavalier qui s'insinue dans l'intervalle, saute l'obstacle et repousse l'adversaire avant de prendre le roi.
De cet exploit au forceps le XV de France, en panne d'idées offensives, a fait médiatiquement son miel, instaurant après les Tricolores de la génération 1931-1937 un nouveau record de victoires consécutives - onze - au moment où le zébulon déposait son ballon dans l'en-but australien, lequel record vaut bien plus que l'ancien obtenu à coups de succès sans grand intérêt face à l'Allemagne, époque où la France était exclue du Tournoi des Cinq Nations pour faits de professionnalisme.
Il y a du Jean-Baptiste Lafond chez Damian Penaud, si l'on veut bien ici considérer l'inspiration débridée, la confiance absolue et les appuis tranchants que ces deux phénomènes partagent. Mais le messager n'est rien sans la missive, en l'occurrence cette remarquable passe - moitié sautée, moitié lobée - finement armée par Matthieu Jalibert dont la performance aiguisée en fin de partie relance le débat nourri de la concurrence et surtout de l'alternative qu'il offre à l'ouverture.
Ce succès pour l'histoire suscite une interrogation. Faut-il systématiquement se débarrasser du ballon au pied une fois que les avants ont effectué leurs trois quatre pick-en-go réglementaires, et redonner ainsi des opportunités à l'adversaire de relancer ? La question, qui taraude beaucoup d'observateurs, mérite d'être posée avant d'affronter les Springboks et le triangle arrière Kolbe - Le Roux - Arendse. J'ai l'impression, mais je peux me tromper, que ce principe de "dépossession" est désormais obsolète et sonne comme un aveu d'impuissance, même passagère.
L'Afrique du Sud s'avance samedi sur la Canebière avec la ferme intention de boucher l'entrée du port. Sa prise en force de la ligne d'avantage et ses gros tonnages au ras des phases de conquête vont mettre à contribution les plaqueurs bleus dont on a clairement vu qu'ils avaient de l'appétit pour ce genre de défi frontal. Mais si la défense permet de ne pas perdre un match, c'est bien l'attaque qui offre le succès. Et dans ce domaine, le XV de France serait bien inspiré de monter son exigence d'un cran, voire de deux.
Fidèles à leurs principes dynamiques et multipliant les passes, les All Blacks ont infligé une correction aux Gallois à Cardiff, quand les Pumas s'imposaient à Twickenham grâce à un essai de toute beauté en première intention derrière touche de leur couteau suisse Emiliano Boffelli, avec petit tourniquet des avants pour faire diversion, appels, leurres et courses rentrantes des centres pour bloquer la défense anglaise au milieu du terrain et parfait négoce du "deux contre un" en bout de ligne.
Les Wallabies, pour leur part, déçus d'avoir perdu à la dernière minute, nous ont néanmoins gratifié d'une contre-attaque de cent mètres après la récupération acrobatique d'un lob distillé par Antoine Dupont; essai estampillé "Aussie Flair" digne de La Pléiade, réaction offensive collective au plus fort de la pression encaissée et soudain utilisée pour renverser le rapport de force. Le genre d'action lumineuse qui a fait, depuis les années 60, la gloire du XV de France. Ca n'a échappé à personnne.
dimanche 29 novembre 2020
Trait d'union
samedi 2 novembre 2019
A l'unissons !
Cent vingt-huit ans de rugby springbok derrière le soixante-et-unième capitaine de l'équipe nationale. Son parcours force le respect : orphelin, un township pour terrain d'enfance, la faim en viatique, la misère comme horizon, le seul xhosa - l'idiome de Mandiba - pour se faire entendre. Mais voilà, le rugby croisera sa vie pour construire un destin. Qui va l'élever. Au rang désormais d'icone. Ou plutôt de symbole : celui de toutes les convergences.
Les matches laissent un score. Cette finale imprimera une trace. On peut ne pas aimer le jeu pratiqué par les Sud-Africains. Mais ils se foutent bien des notes artistiques que les esthètes peuvent leur donner. Ils pratiquent leur rugby, imaginé par un pasteur, le révérend George Ogilvie, retourné au Cap après avoir suivi ses études dans un collège anglais, Winchester, où se pratiquait un jeu plutôt viril et rugueux appelé the scrum.
Ca ne s'invente pas. Ou plutôt si. Il y a de siècles de cela, chaque collège privé anglais (il ne s'agit pas d'un établissement pour pré-ados mais d'un mix Terminale-Prépa-Université) dispose de sa propre activité physique : le mur à Eton, le football à Rugby, etc. Ogilvie a découvert la mêlée à Winchester et n'aura de cesse, revenu en Afrique du Sud, d'encourager la pratique de cette activité physique collective qui colle bien au caractère combattif des ouailles liés dont il a la charge.
Vous imaginez où cela nous mène. La mêlée fantastique, écrit par Denis Lalanne, traite du test-match de 1961 à Colombes, un 0-0 qui fascina toute une génération bien après que les Springboks de Hennie Muller eurent dévasté l'Europe du Tournoi des Cinq Nations en 1952, inspirant Lucien Mias à peaufiner le demi-tour contact six ans plus tard pour réaliser l'exploit de vaincre ces Rugbymen du Diable sur leurs terres avec une équipe de copains. La mêlée, creuset de l'âme ovale sud-africaine, donc.
Tout sauf un hasard si sur une ultime mêlée les Springboks de Pienaar bloquèrent en 1995 l'avancée du XV de France à Durban sous un déluge de doutes et de frustration pour s'ouvrir le chemin de la finale et de la rédemption politique. Quand j'ai vu les huit avants springboks soudés comme un seul engager une flexion et disloquer la mêlée anglaise, samedi, je n'ai pu m'empêcher de penser au serment du révérend Ogilvie.
Alors que les Springboks de Paul Roos affrontaient une sélection des îles Britanniques, se posa un problème de maillot. Les Lions jouaient en blanc. Pas question de leur proposer, hospitalité oblige, de changer de tunique. C'est alors que le révérend Ogilvie invita Paul Roos à récupérer les maillots de l'équipe de son diocèse, en coton vert olive avec une mitre sur le cœur. Pas étonnant qu'en Afrique du Sud le rugby soit plus fédérateur que ne peut l'être une religion.
Depuis une vingtaine d'années, le législateur soumis à la volonté de l'industrie du spectacle a cherché par tous les moyens à édulcorer cette phase de jeu qu'on appelle mêlée et qui, pour le profane, ressemble à un amas alors qu'il s'agit bien de la plus formidable épreuve de fusion, de technicité et de volonté jamais inventée, à même de jauger l'engagement d'un groupe vers un but commun, de juger la valeur intrinsèque d'un pack, et surtout sur terrain gras. Toutes les règles et les injonctions, les commandements et les alinéas ne pourront jamais changer cet axiome : pas de mêlée, pas de succès !
Ancien cornac du pack biterrois de la grande époque, Richard Astre m'écrit ce message que je vous transmets sur un pas : "Le rugby demeure un sport de combat collectif. Les mêmes valeurs sont toujours présentes : humilité, solidarité, courage, discipline... Tout le monde connait ces poncifs mais il ne faut pas confondre objectifs et moyens. Quelle action, quelle maîtrise, quel comportement, quelle intelligence mettre au service de la stratégie, tout en faisant abstraction de son propre ego ? La conjoncture très compliquée en Afrique du Sud a cimenté la cohésion de cette équipe. L'unisson entre avants et trois-quarts, avec une grande détermination dans l'affrontement, a suffi pour anesthésier toutes les velléités anglaises."
L'entraîneur sud-africain Rassie Erasmus a raconté à l'issue de cette finale remportée sur l'Angleterre (32-12) qu'il avait suggéré à ses joueurs de ne pas céder à la pression du résultat après leur défaite inaugurale contre les All Blacks lors de ce Mondial japonais. "La pression, en Afrique du Sud, c'est de ne pas trouver de boulot, c'est d'avoir perdu un proche, assassiné. Nous, notre objectif, c'est de donner de l'espoir. Pas avec des mots mais en actes. Sur le terrain." C'est d'unir une nation. Unissons donc à l'unisson !
Souvent, la finale d'une Coupe du monde donne le ton pour les années à venir. Celle-ci nous ramène aux vertus immarcescibles du football tel que pratiqué à Rugby. Les rats de bibliothèque ont beau vouloir faire mourir Webb Ellis en dévissant le mythe fondateur de son piédestal, la transgression reste gravée dans ce marbre placé sur le mur d'enceinte. C'est donc avec un beau mépris pour l'ère du temps que les Springboks, discrets durant ce Mondial, à la fois terriens et mercuriels, sont parvenus à se transcender au bon moment, gardant vivaces les racines de leur histoire pour mieux greffer des éclairs de génie au bout de leurs ailes.
samedi 21 septembre 2019
L'éveil à la lumière
Je faisais partie de ceux qui n'envisageaient pas un succès français devant les Pumas, lequel se finalement joue (23-21) sur un drop-goal réussi par l'ouvreur remplaçant Camille Lopez quand l'infortuné arrière argentin Emiliano Boffelli manque d'un rien l'ultime but de pénalité, une queue de typhon détournant tout en haut des poteaux le ballon. A quoi tient une victoire ? A un hors-jeu de Louis Picamoles non décelé sur son interception. A une trajectoire, celle des Tricolores était rectiligne en première période, celle des Pumas resserrée ensuite autour de ballons portés derrière le champ du coq.
Quel samedi de rugby ! Une heure de magie fidjienne au réveil avant que, là-aussi, les groupés pénétrants ne sauvent l'Australie d'un fiasco retentissant après une heure de passe-passe. Puis une finale avant la lettre entre All Blacks et Springboks, remportée par les hommes de Steve Hansen,dont le génie consiste à placer son meilleur ouvreur, Beauden Barrett, à l'arrière, et deux inconnus, Sevuloni Reece et George Bridge, aux ailes pour lire et suivre ses inspirations.
All Blacks et Springboks ont immédiatement montré à quel niveau d'intensité se situait la barre, placée haut, pour espérer décrocher un titre mondial. Les Australiens sont un cran en dessous et l'entrée en jeu de l'Angleterre face aux Tonga n'a pas été concluante, même avec un bonus offensif. La façon, liminaire, dont les Irlandais ont battu l'Ecosse avec le bonus offensif ne laisse augurer rien de bon pour les Calédoniens, désormais sous la menace du Japon et des Samoa. Quant aux Gallois, ils se sont sortis sans dommage du piège géorgien et visent rien de moins qu'une finale.
Ce neuvième Mondial est donc lancé sur des pelouses synthétiques lisses comme des billards au-dessus desquelles planent la menace de typhons à (presque) guichets fermés. Quatre poules, certes, mais surtout autant de divisions d'écarts entre Namibiens et Springboks, par exemple, qui s'affronteront samedi prochain, après un Argentine-Tonga qu'on espère éclairant.
Il n'y avait donc aucune raison de craindre pour une troisième-ligne française composée au dernier moment, ni pour Romain Ntamack (re)lancé à l'ouverture et encore moins pour l'association de deux profils identiques au centre, à savoir Gaël Fickou et Virimi Vakatawa. L'honneur du XV de France est sauf et mis à part incident industriel sous l'empire américain, s'ouvre donc un quart de finale pour lequel l'adversaire - australien, gallois ou fidjien - est encore loin d'être choisi.
Maintenant, on sait que le talent français, celui de Charles Olivon, de Damian Penaud et d'Antoine Dupont, peut faire une différence dans les moments compliqués ; que la mêlée française, dans le sillage de son pilier droit Rabah Slimani, n'est pas mise à l'index du corps arbitral ; et que rien ne vaut le désordre pour que s'exprime une inspiration qu'on qualifie de French Flair. Autrement écrit, si le coq ne chante jamais aussi bien que les ergots dans le fumier, il symbolise aussi l'éveil à la lumière.
samedi 14 septembre 2019
Dans l'effet miroir
Dans ce miroir se reflètera le potentiel d'une équipe de France qui attendait cette occasion pour exprimer son talent ou bien le désarroi d'un groupe disparate, sans âme ni jeu, partie immergée d'un iceberg de soucis dont les résultats sportifs sont le moindre. Dans tous les cas de figures, ce reflet raconte surtout l'ascension d'une nation qui a fait du rugby un levier d'éducation, avant de valoriser ses maigres ressources et les bonifier au maximum pour se hisser parmi les meilleures quand, dans le même temps, nous persévérons à gâcher notre patrimoine.
Jamais dans l'histoire d'une Coupe du monde le France-Argentine de ce samedi aura autant d'importance. Il dépasse même en intensité dramatique le match d 'ouverture de l'édition 2007 remporté avec maestria par les Pumas au Stade de France. Dans une poule qui comprend aussi l'Angleterre, favorite à la première place, le perdant de ce duel de latins sera condamné à additionner les essais face aux Etats-Unis et au Tonga pour espérer terminer à la deuxième place.
Après deux mois de préparation, le XV de France conserve une demi-douzaine d'interrogations, preuve de l'état d'incertitude dans lequel il se trouve au moment de jouer son Mondial sur un match, le premier, d'entrée de compétition. Son capitaine Guilhem Guirado n'est pas titulaire indiscutable, la place de deuxième-ligne aux cotés de Sébastien Vahaamahina n'est pas acquise, le chantier de la troisième-ligne est loin d'être achevé, le poste d'ouvreur fait toujours débat et l'association au centre fluctue. La sérénité fait défaut. Une faille dans laquelle ne manqueront pas de s'engouffrer les Argentins.
Pour préparer ce moment qui oscille entre angoisse et excitation, je vous conseille un peu de lecture. Tout d'abord la revue Tampon, qui verse dans la nostalgie savoureuse avec en particulier une succulente interview de David Campese et une story vintage des Tricolores modèle 1987. Puis l'ouvrage très fouillé de Marc Duzan sur les Histoires secrètes des Bleus (Hugo Sport éditions), vestiaires et coulisses racontés par le menu. De leur côté, Julien Schramm et Bruno Kauffmann, anciens du XV de France de la presse, plongent dans la psyché des internationaux français à l'heure de leur première sélection (Première cape, éditions Glénat) et c'est émouvant. De quoi tenir avec le choc.
Se trouve aussi dans les meilleurs kiosques et librairies le hors-série de L'Equipe sur lequel j'ai bossé tout le mois d'août : il compte huit portraits de géants (Kirwan, Campese, Lomu, Eales, Wilkinson, Habana, McCaw et Carter) rédigés par les reporters du quotidien, et autant d'interviews exclusives (Garuet, Cambé, Benazzi, Lamaison, Magne, Clerc, Yachvili, Szarzewski) réalisées par votre serviteur, gorgées d'anecdotes qui expliquent mieux que de longs discours les raisons pour lesquelles la France n'a toujours pas été championne du monde, alors que Néo-Zélandais, Australiens, Sud-Africains et Anglais sont titrés.
Car c'est bien de cela dont il s'agit : au-delà des petites histoires, des confidences, des sagas et des décryptages, ressort l'incapacité de la deuxième nation en nombre de licenciés à s'inscrire au palmarès du trophée Webb-Ellis quand la Nouvelle-Zélande vise au Japon un quatrième trophée. Samedi, on saura. D'autant que se présente aussi dans la foulée ce même jour un affrontement explosif entre All Blacks et Springboks, must ovale à ne manquer sous aucun prétexte entre les deux plus sérieux prétendants à ce neuvième sacre mondial.
samedi 13 juillet 2019
My big brother
lundi 26 juin 2017
Devoir d’exigence
Tout comme il est tentant de voir bientôt Fabien Galthié en Mowgli fabriquer un toit ovale pour abriter le XV de France des grosses déconvenues du tonneau de celles qui viennent de plomber, pour notre plus grand désespoir, la tournée de ce mois de juin en Afrique du Sud. King Louis, avec ses percussions frontales, n’y pouvait mais. Ni lui ni ce Serin, oiseau de bonne augure vite déplumé à Durban. Les Tricolores reviennent penauds, contrits, martyrisés, humiliés. En vrac comme en kit à reconstruire, et on leur souhaite de bonnes vacances. Franchement. Ils ont dix semaines, une première, pour se laver la tête et se durcir la couenne.
Parce qu’en novembre, qu’ils le sachent, ils vont en baver. Avec la réception du Japon, de l’Afrique du Sud - heure de vérité - et deux tests face aux All Blacks, le président de la FFR, Bernie 1er, a demandé trois succès. Rien de moins. Sinon… Et bien sinon, il y a aura du changement dans le staff. Mais pas seulement. Une remise en question du jeu proposé et des réajustements dans le choix des sélectionnés. Guy Novès, dixit Laporte, n’est pas menacé mais c’est justement parce que ça a été répété trois fois en une semaine que la situation de l’entraîneur national n’a jamais été aussi fragile.
lundi 12 juin 2017
Niveau de l'amer
Laissons donc ces Bleus sans âme se reconcentrer sur l'essentiel : l'envie, l'allant, le coeur, les tripes, la moelle... Et accessoirement une part de cerveau disponible pour analyser en temps réel la stratégie springbok, ce qu'ils ne surent pas faire à Pretoria. Alors Durban, donc, sa plage immense et vibrante, ses requins au large, sa pluriculturalité, l'indolence de son rythme de vie. D'un côté le port niché entre les falaises d'où sortent d'immenses porte-containers, de l'autre les deux stades. Celui du rugby paraît tout petit à côté de l'oeuvre construite pour le football. Ce Moses-Mabhida, vous l'apercevez ci-dessous et tout au fond, reconnaissable à son arceau, 106 mètres au-dessus du toit...
On peut les comprendre, cela dit, après la pandémie de commotions cérébrales qui a dévasté le rugby d'en France ces derniers temps. Ca fait maintenant quatre-vingt ans que le XV de France fait preuve d'une inconstance à la fois coupable et attachante. On se demande toujours ce qu'il va nous sortir. C'est souvent le pire, parfois le meilleur. A quand remonte la dernière belle performance tricolore dans l'hémisphère sud ? 2009. A Dunedin. Restent maintenant deux test-matches à ces Tricolores-là pour s'écrirent leur chapitre. Il commence à Durban.


















