Dans L'art de la boxe, recueil de chroniques parues entre 1901 et 1910 dans plusieurs gazettes, aux Etats-Unis et en Australie, Jack London s'étonnait que les gladiateurs de l'âge d'acier, entourés de dizaines de milliers de spectateurs, puissent réduire l'un d'entre eux à l'état d'inconscience ou d'impuissance. C'était, à ses yeux de pratiquant amateur, la grande interrogation. Il était question de courage, certes, mais aussi de véritable modestie. Souvent, celui qui s'inclinait avait été le premier à se plaindre à l'arbitre. Le sport, à travers les siècles et les continents, individuel ou collectif, entre des cordes tendues au carré ou de longues lignes blanches tracées au sol, raconté par un écrivain en quête de projet éditorial ou un plumitif envoyé par son organe de presse, active les mêmes ressorts.
Humiliés à deux reprises, l'espoir alourdi par des valises de points d'entrée de championnat, les Racingmen sont revenus en course à la faveur d'un succès surprenant mais finalement plutôt logique compte tenu de la physionomie de ce combat qu'on appelle match, ou rencontre. Il est passionnant d'imaginer où les damnés des deux premières journées sont allés chercher leurs leviers pour soulever cette petite montagne qu'est le Stade Rochelais à Marcel-Deflandre et parvenir à s'en débarrasser comme s'il s'était agi d'une colline de faible pourcentage à gravir au petit trot.
Les Rochelais, disons plutôt les dirigeants du club et parmi eux ceux qui trônent au sommet, ont choisi de donner les pleins pouvoirs à celui qui, visage allumé par la rage de vaincre propre aux Irlandais bon teint, pense pouvoir insuffler ce Fighting Spirit qui, on s'en s'aperçoit, n'est pas facile à exporter. Une relance ne fait pas le printemps mais celle de Max Spring fit le bonheur de ses coéquipiers franciliens en composition très mixte, pour ne pas dire révolutionnée par un coach, Patrice Collazo, qui n'aime rien tant que de revenir dans ce port de l'Atlantique rappeler qu'il fut, il y a peu, l'homme providentiel d'un président Jaune et Noir qui voyait en lui l'héritier de l'historique Arnaud Elissalde dont le surnom - Nono - réveille toujours des souvenirs.
Ainsi, face à un adversaire dont on annonçait une troisième chute pour le compte, le Stade Rochelais qui avait aligné ses leaders courut dans le vide et s'épuisa à trouver des solutions. Comment passe-t-on d'un succès arraché au forceps à Mayol avec l'équipe B à ce fiasco majuscule à domicile alors même que les tauliers de l'effectif maritime effectuaient leur retour ? Et que dire d'un Racing soumis aux moqueries et revenu de l'enfer d'une dernière place grâce à ses seconds couteaux bien aiguisés ? Le rugby d'élite français semble, en ce début de saison, nimbé de mystères que la quatrième journée ne va sans doute pas lever.
Cette interrogation hantera pendant un petit bout de temps les couloirs de Deflandre autant que ses travées. Réjouissons-nous, ce Top 14 nouvelle édition n'a pas fini de nous étonner si l'on en croit les résultats qui s'égrènent après seulement trois journées. En effet, naguère enfoncé dans le ventre mou, voici que Lyon refait surface, porté par un élan nouveau, tandis que les Rochelais ont manqué, à domicile, une belle occasion de s'installer sur le podium aux côtés des Rhodaniens. Une illustration, peut-être, du niveau compact des treize équipes alignées.
Le meilleur de la ProD2 semble loin des critères du Top 14. La moindre erreur et le plus petit relâchement sont immédiatement mis à profit par l'adversaire, surtout s'il est de premier ordre. A l'évidence, il sera compliqué pour les Vannetais, qu'on encense pour leur éthique, leur volonté de s'inscrire dans la durée, la richesse de leur formation, leur pugnacité, de se maintenir cette fois encore : zéro point inscrit sur quinze possibles, le handicap s'avère déjà abyssal. Il est vrai que recevoir le finaliste et le champion en titre dès l'entame n'est pas la meilleure façon d'entrer en douceur dans la compétition. D'autant qu'un déplacement à Mayol s'annonce pour les Bretons, avant de recevoir Pau.
Y aura-t-il vraiment un moment de répit à espérer dans ce championnat déjà irrespirable ? Et pas seulement pour Vannes... Pas certain. C'est une saison de pré-Coupe du monde, et les doublons, tout comme la mise au repos des internationaux, s'ils peuvent fausser un peu l'équité sportive, auront-ils de l'impact ? Toulouse, Pau et Bordeaux-Bègles semblent à l'abri de ce genre d'aléas. Lorsque les confrontations sont aussi incertaines, les succès à l'extérieur se mettent à compter double. Ils illustrent la profondeur d'un effectif. Tout premier de cordée l'avouera : on n'avance qu'à la vitesse du plus lent et il y a fort à parier que la valeur des doublures dans l'adversité prendra, cette saison, du relief.

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