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samedi 22 juin 2024

Sur un coup de tête

A quoi reconnaît-on un "classique" ? A sa récurrence et au son que composent les supporteurs quand ils sont réunis pour le vivre. Il draine des vagues de passionnés, tonne, éructe, secoue les travées. Ses fanions volent sous une armée de voix. La raison disparait au coup d'envoi, emportée par un flot de vibrations. 

Toulouse versus La Rochelle : l'affiche est devenue depuis 2019 l'affrontement le plus prisé et certainement le plus intense du rugby français, dépassant Bayonne-Biarritz. Il faut remonter au Dax - Mont-de-Marsan des années 60, puis au Narbonne-Béziers des années 70 pour trouver trace d'un tel volcan en activité.

Jamais cinq sans six. Les Rochelais ne sont pas parvenus à vaincre leur bête noire - c'est sa vocation - en phase finale d'une compétition, qu'elle soit domestique, continentale ou internationale. Ils étaient pourtant bien partis pour réaliser l'exploit mais cette fois-ci, ce n'est pas une percée qui a scellé leur sort, mais deux coups de trop.

Un coup d'épaule, d'abord, puis un coup de tête. Que Uini Atonio ne puisse pas se baisser avec l'âge, lui qui brise les mêlées et les lignes d'avantage, personne ne lui en tiendra rigueur. Rouge, jaune, on pourra discuter longtemps de la couleur du carton qu'il a ou qu'il aurait dû recevoir, mais on n'enlevera pas aux Rochelais le courage, l'abnégation et l'envie dont ils firent preuve pour tenter de redresser la barre à quatorze.

En revanche, rien n'est plus impardonnable que le coup de tronche qu'asséna Reda Wardi au visage de son adversaire du soir et coéquipier en équipe de France, le talonneur toulousain Julien Marchand. C'est à la fois bête et méchant, triste et décevant. Je croyais ce type de réaction gommé du musée des horreurs à l'heure où le professionnalisme a lissé les comportements, policé les attitudes.

Un pilier restera toujours un pilier. On peut en rire. Après tout, à l'heure où, en France, la moitié des détenteurs d'une carte d'électeur s'apprête à voter pour le représentant d'un parti situé à l'extrémité du spectre politique, ce n'est qu'un sport, ce n'est que du rugby, mais, dans l'isoloir ou au sortir d'une mêlée, tout peut basculer sur un coup de tête.

Il est des victoires sans saveur et des défaites utiles, mais "pourquoi gagne-t-on ? " demeure la seule et unique question qui mérite d'être posée lorsqu'on pratique un sport ou tout autre activité, y compris politique. Pourquoi gagne-t-on, ou plutôt, "gagner, certes, mais pour en faire quoi ?" Additionner les ballons portés comme on collectionne les perles, multiplier les percussions axiales jusqu'à la nausée, peser de tout son poids sur la balance pour étouffer l'adversaire ?

Ce n'est pas ma conception du jeu de balle ovale tel que pratiqué au pays de Montaigne. Nous voulons des "Essais", dirait le sage de Dordogne, du haut de sa tour, mais "bien faits". Décoré de citations grecques et latines, son cabinet de réflexion raconte sous forme d'extraits plusieurs siècles de pensée. Si l'essai est une tentative qu'il faut oser, les initiatives déployées par les Rochelais et les Toulousains auraient plu à ce fin lettré.

"L'homme est intelligent parce qu'il a des mains", assurait Anaxagore. "Et parce ce qu'il s'en sert avec intelligence", répliqua Aristote. "C'est une belle harmonie quand le dire et le faire vont ensemble" : en livrant cet apophtegme, Michel de Montaigne relie les deux géants comme la passe au pied de Romain Ntamack déplace loin et large le jeu par-dessus la défense.

La demi-finale de vendredi soir entre Toulousains et Rochelais nous rappelle que deux préambules accompagnent depuis toujours le rugby : il s'agit d'un jeu de balle au pied (football) qui commence devant. Ce qui n'exclut pas d'y jouer à la main, ce que les Toulousains font à merveille ; ce qui n'autorise pas à cantonner l'action au près et au combat, ce dont les Rochelais abusèrent.

Pour la première fois de sa jeune histoire débutée en 2006, l'Union Bordeaux-Bègles sera en fusion, direction Marseille et une finale face à son meilleur adversaire, le Stade Toulousain. Deux fois, les Bèglais (1969, 1991) l'affrontèrent et l'emportèrent. Jamais deux sans trois ? Difficile mais pas impossible, même si on a vu les Unionistes piocher dans leurs réserves en fin de match face au Stade Français dont le jeu, rude et direct, n'offrit qu'une porte de sortie, le ballon porté, arme fatale conçue il y a un quart de siècle par Yves Appriou et ses Rapetous.

mardi 20 février 2024

Calcio, régime florentin

La dette contractée par le jeu de rugby auprès des Italiens est immense. A commencer, comme l'écrivit l'historien Henri Garcia, par l'Haspartum exporté en Gaule et chez les grands bretons par les légions romaines, activité physique avec ballon structurée comme une guerre en temps de paix pour aguerrir la soldatesque aux joutes viriles, au contact frontal et à l'organisation collective. Que dans le sillage des conquêtes romaines la Soule et le hurling over country aient été pratiqués en Bretagne et au Royaume-Uni n'étonnera personne.
Bien avant William Webb Ellis, courant balle en mains sur le Bigside de l'université de la ville de Rugby, la grande affaire du jeu trouva sa première acmé à Florence, en Italie. Après plusieurs décennies de pratique libre furent rédigées en 1580 les règles du Calcio, soit trois siècles avant que ne soit organisé le premier match international entre l'Ecosse et l'Angleterre à Raeburn Place dont le Tournoi assure un remake tous les ans.
Place Santa Croce, se disputait le tournoi des quatre quartiers entre bleus, blancs, rouges et verts représentant les zones historiques de la cité alors déclarée République florentine, au grand dam du Pape. Aujourd'hui encore, en période de carnaval, la tradition est maintenue : elle commémore depuis le 17 février 1930 le siège de la ville, mené quatre siècles plus tôt par l'armée de l'Empereur Charles Quint pour rétablir un Médicis à la tête du gouvernement ducal.
Tout sauf un hasard, une huile représentant le Calcio trône à l'entrée du musée de Twickenham. Bien avant de pousser une balle ronde au pied, les Transalpins avaient choisi de la déplacer vigoureusement à la main et, symbole qui reste à déchiffrer, trois Papes - Clément VII, Léon XI et Urbain VII - pratiquèrent à Florence cette activité brutale avant de choisir des voies plus impénétrables et coiffer la mitre à Rome. 
1930, c'est aussi le moment où la France se rapprocha rugbystiquement de l'Italie. Trois ans plus tard, à Turin, les représentants de neuf nations européennes préparèrent les statuts de la fédération internationale du rugby amateur qui vit le jour le 24 janvier 1934. Et c'est à Rome, le 22 avril de l'année suivante, que fut donné le coup d'envoi du premier tournoi FIRA. La finale vit la France pulvériser la Nazionale (44-6). Entraînée entre 1934 et 1936 par un des meilleurs techniciens français, le trop méconnu Julien Saby, l'Italie profita ensuite des conseils du Clermontois Michel Boucheron.
La part française dans la construction et l'avènement du rugby transalpin est colossale : entre 1978 et 2016, Pierre Villepreux, Bertrand Fourcade, George Coste, Pierre Berbizier et Jacques Brunel s'appliquèrent à hisser la Nazionale parmi les meilleures nations mondiales, en témoignent la première victoire italienne (32-40) face au XV de France le 22 mars 1997 et, trois ans plus tard, l'entrée solennelle dans les Six Nations. En 2007 et surtout en 2013, les Transalpins accrochèrent une quatrième place dans le Tournoi, devant l'Irlande et la France, "bonne" dernière. 
Sans une tentative de drop-goal clownesque signée du troisième-ligne centre Sergio Parisse - "l'homme de tous les records" - piquant l'idée à son ouvreur pourtant mieux placé que lui, l'Italie aurait sans doute battu la France à Saint-Denis en 2016, exploit après lequel elle court toujours. Mais la balle, mal frappée, s'écarta des poteaux. Comme elle s'éloigna un soir de match de poule en Coupe du monde à Saint-Etienne. Ce 29 septembre 2007, l'arrière David Bortolucci manqua en fin de rencontre un but de pénalité, laissant l'Ecosse l'emporter de justesse, 18-16, et disputer un quart de finale...
Battue in extremis par l'Angleterre en ouverture de la présente édition, surclassée à Dublin par l'Irlande sans pouvoir inscrire le moindre point, l'Italie de Gonzalo Quesada se situe néanmoins aujourd'hui à des années-lumière de la triste équipe humiliée durant la Coupe du monde. Un Ange, fut-il aussi véloce que le Toulousain Capuozzo, ne sera pas de trop pour vaincre les démons transalpins - défense perméable, conquête aléatoire, attaque latérale, maladresses rédhibitoires - à l'heure où le XV de France en quête de rédemption fait cap sur Lille. 

jeudi 28 septembre 2023

Passage Dupont

La peur n'évite pas le danger, et c'est souvent au moment où on s'y attend le moins, par exemple dans le déroulé fluide de l'instant anodin, qu'un choc brise la fameuse flèche du temps dont on nous rebat les oreilles depuis que cet élément de langage a été placé par Fabien Galthié sur notre voie sémantique. Au coup d'envoi du match contre la Namibie et en attendant celui qui va placer les Italiens sur notre chemin avant de clore la phase de poules, les médias français s'allumaient les neurones pour trouver la meilleure façon d'éclairer le long tunnel de treize jours sans XV de France. Ils n'auront eu qu'à attendre le début de la seconde période pour capter à quel point le temps allait nous sembler long et court à la fois, en fonction du poids de l'absence et de l'espoir de guérison. 

Avant le début de ce Mondial et souvent au détour d'une conversation qu'on souhaitait courte et légère pour conjurer le mauvais sort, l'idée qu'une blessure vienne contrarier le sacre annoncé de l'équipe de France passait comme un nuage sombre vite chassé par le vent. Les blessures, ce XV de France les additionne pourtant comme aucun autre : Romain Ntamack, Jonathan Danty, Paul Willemse, Cyril Baille, Julien Marchand, Grégory Alldritt, Charles Ollivon et désormais Antoine Dupont dont la mâchoire est devenue, à l'échelle du rugby mondial, aussi fameuse que le fut pour l'Empire romain et la civilisation égyptienne le nez de Cléopâtre.

La tirade a donc sauvé de l'endormissement un pays vibrant désormais au rythme des bulletins de santé du plus fameux de ses demis de mêlée. "Aucun coup ne peut, mâchoire si belle, te briser tout entier, excepté ce Deysel." Parodiant Pirame en un titre accroché à la première page : "Le voilà donc ce zygomatique qui des traits de son maître a détruit l'harmonie ? Il s'est fracturé, ce traître !" D'une façon plus pratique en plaçant la barre haut : "Voulez-vous le mettre en loterie ? Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !" Ce que le XV de France a surtout tiré d'un coup de tête placé au maxillaire, c'est un tracas supplémentaire dont il se serait bien passé.

Visiblement, jamais autant de personnes, une équipe, un staff et des supporteurs - paraphrasons Winston Churchill - n'a dû autant à un seul homme. Un comble pour ce sport collectif qu'est le rugby où même Jonah Lomu ne fut jamais plus fort que les All Blacks lesquels, parfois, le sevrèrent de ballons histoire de faire comprendre au public et aux médias demandeurs de héros qu'il est possible de jouer et de vaincre sans pouvoirs hors-normes. Super Dupont, c'est l'inverse, à croire qu'il n'est de grâce qu'avec lui. On espère que Lucu et Couilloud ne s'en vexent pas, sans parler de l'infortuné Serin resté en rade.

Du peintre Apelle, quatre siècles avant notre ère, Pline l'Ancien soulignait l'ardeur et la constance au travail en termes choisis : Nulla dies sine linea. Autrement traduit, pas un jour sans Dupont, l'importance de ce demi de mêlée ôtant, aurait pu ajouter Cicéron, l'espoir d'y égaler le reste de l'équipe. Dans l'histoire du XV de France, l'excès n'est pas orphelin : on trouvera un autre demi de mêlée toulousain, Philippe Struxiano, appelé au chevet tricolore par les maréchaux de France au sortir de la Première Guerre mondiale, puis Walter Spanghero sélectionné en 1969 par Georges Pompidou, futur président de la République, et Denis Charvet vingt ans plus tard par François Mitterrand.

Un seul hêtre vous manque et tout est dépeuplé, certes, mais Antoine Dupont ne serait-il pas alors l'arbre qui cache le perchis ? Avec lui, chacun l'assure, tout est appelé à éclore, mais qu'il manque et voici que sans lui, sort contraire, le futur s'amincit. Nous serons bientôt fixés, une fois pour toutes, en quarts de finale face à l'Afrique du Sud sur la place réelle ou fantasmée qu'occupe l'enfant de Castelnau-Magnoac dans le dispositif tricolore. Tout ce qui est excessif n'est pas signifiant. Mais en attendant, de quoi l'absence de Dupont est-elle le nom ? 

Elle est d'abord le signe d'une grande fébrilité à croire cet homme providentiel. Elle est la déconstruction du principe d'équipe puisque, nous assure-t-on depuis l'école de rugby, personne n'est indispensable. Elle est peut-être l'opportunité - à l'exemple de Matthieu Jalibert depuis le forfait de Romain Ntamack - pour un "finisseur' de commencer à croire que son destin n'est pas d'assister aux coups d'envoi assis sur le banc. Petite histoire dans la grande, pourtant forts de Jonah Lomu en 1995 et 1999, jamais les All Blacks ne parvinrent ces deux fois à être sacrés champions du monde. 

Dès la fin de cette Coupe du monde, le meilleur des chroniques de ce blog sera publié sous forme de recueil intitulé - ce n'est pas surprenant - Côté Ouvert, aux éditions Passiflore.

lundi 10 avril 2023

Jaune et rouge

L'actualité dominante n'incite pas à la franche rigolade en ce lundi de pack. Déréglé, le climat drague le mercure et promet sur les bords de la Manche des étés à cinquante degrés. Alors que l'Ukraine assaillie n'est finit pas de serrer sa défense, Taïwan est menacé d'invasion par ses frères chinois à l'horizon 2025. Pendant ce temps-là, les banques centrales remontent les taux d'intérêts ce qui a pour effet, entre autres, de casser le cycle financier, en témoignent les faillites d'une poignée de banques, dont le Crédit Suisse, série en cours... 

La course erratique du temps n'épargne pas le rugby. Aux chocs répétés dans le périmètre des rucks, aux plaquages désintégrants, aux gestes mal maîtrisés dans le feu de l'action, le directeur de jeu n'offre que sa bonne foi, épaulés d'assesseurs et d'arbitres vidéo, et dispose d'un arsenal qu'on jugeait naguère trop contraignant et qui semble aujourd'hui sinon dépassé du moins sujet inadapté à la violence conjoncturelle liée à l'engagement physique mis dans l'affrontement de colosses préparés à ce type de combat défensif. 

Ainsi a-t-on vu M. Brace, déjugé par ses instances après avoir décidé d'infliger un carton rouge à Zach Mercer, condamnant ainsi en grande partie Montpellier à la défaite en quarts de finale de la Coupe des champions, hésiter au moment de sanctionner un Saracens dont la victime, Will Skelton, sortait sur civière après avoir été percuté à la carotide. Au plus haut niveau, la cohérence arbitrale fait défaut et c'est d'autant plus criant que les images des accidents de jeu son diffusées sous tous les angles à de multiples reprises, faisant de chacun d'entre nous un censeur impuissant. 

Seraient envisagées - notez le conditionnel - de nouvelles armes dissuasives : le carton rouge décalé de quelques jours après visionnage vidéo intensif une fois le match terminé, et le carton orange qui permettrait au staff de remplacer le joueur fautif - lequel ne serait plus autorisé à revenir sur le terrain - au bout de vingt minutes. Tout cela pour éviter que déséquilibrer un match en distribuant un carton rouge. De quoi malheureusement compliquer davantage des situations qui le sont déjà par la nature complexe du rugby. 

Alambiquée, cette Coupe intercontinentale des champions a vu, en quarts de finale, le meilleur du rugby français prendre le dessus sur les élites anglaises et sud-africaines de manière spectaculaire. La désormais fameuse "attaque verticale" couplée à la précision du grattage au sol ont mis, le week-end dernier, Toulouse et La Rochelle sur orbite, et je ne vois que les Irlandais du Leinster pour éviter qu'une finale franco-française trouve refuge à l'Aviva Stadium avant de déborder sur Temple Bar pour une troisième mi-temps à la hauteur des deux premières. 

En attendant, après nous avoir nourris de derbies, le Top 14 remonte en scène. Ne restent plus désormais que quatre journées pour élire les six clubs qui disputeront la phase finale. Resserrés entre la cinquième et la huitième place, Bordeaux, Toulon, le Racing et Bayonne se tiennent en quatre points. Là aussi, frotter tension et pression comme deux silex ne peut déboucher que sur des étincelles qui risquent d'enflammer la toile à chaque décision d'arbitrage. Cette année, nous fêtons le cinquantième anniversaire de la disparition de Picasso. Si le peintre malaguène œuvrait en rose et en bleu, les traits du rugby, eux, sont aujourd'hui jaune et rouge.

dimanche 13 novembre 2022

En bleu de chauffe

Dans un peu moins d'un an, quand on appréciera - je l'espère - le parcours du XV de France dans sa Coupe du monde, il faudra replacer ce match dantesque à sa juste place. Vaincre les Springboks à leur propre jeu grâce à deux essais d'auroch et vingt points au pied situe ces Tricolores au sommet de leur force, et s'ils sont parfois coupables de bourdes monumentales susceptibles de les fragiliser, ils sont aussi et surtout capables du meilleur. Après l'exploit individuel de Damian Penaud sauvant la patrie et le score face à l'Australie, c'est une performance collective qui a fait basculer de leur côté la victoire dans les derniers instants à Marseille. Magnifique d'élégance et de sportivité, le capitaine bok Siya Kolisi rendait d'ailleurs hommage dès la fin de ce combat à ses adversaires : "Les Français peuvent être fiers de leur équipe !"
Evacuons tout de suite le sujet qui fâche : puisque nous vivons dans une société de l'instantané, de la focale immédiate et du buzz désordonné, ce test-match titanesque a été pollué par le geste inexcusable et inadmissible de Pieter-Steph du Toit sur Jonathan Danty. Ce beta Bok sera sanctionné de neuf semaines de suspension. Mais c'est de neuf mois d'interdiction de terrain dont il devrait être gratifié. Son agression délibérée sur joueur au sol n'est pas seulement un préjudice pour Jonathan Danty, c'est une atteinte au fondement du rugby, sport de voyous pratiqué par des gentlemen, où le respect du règlement s'impose en postulat.
Celles et ceux qui associent - principalement sur les réseaux sociaux mais pas que - l'affrontement de samedi soir au Vélodrome à une "boucherie" considérant les cinq protocoles commotions alignés allongent la cohorte de ce nouveau public venu assister à un match de rugby comme on va au spectacle, sans connaître l'histoire de ce jeu. Je leur conseille fortement de visionner - pour ne rester que sur la période contemporaine - le France-Galles de 1977, le test de Nantes en 1986 ou plus prosaïquement la finale de la dernière Coupe du monde, au Japon, entre les Springboks et le XV de la Rose.
Depuis 1952 affronter l'Afrique du Sud, c'est être assuré de finir bosselé ou, comme Pierre Danos, Jean-Pierre Rives ou Jeff Tordo, le crâne ouvert voire la joue découpée. Relisez Le grand combat du XV de France signé du chantre Denis Lalanne : il décrit par le menu la tournée de 1958 au pays des Springboks : vous serez édifié. A côté des pratiques du siècle dernier, le coup de tête estampillé Du Toit passerait presque pour une marque d'affection trop appuyée...
La semaine dernière s'est éteint le grand Benoît Dauga. Et m'est revenue cette anecdote révélatrice de ce qui irrigue le rugby sud-africain. Ma voiture de location en panne en plein milieu d'une petite réserve naturelle en bord de mer entre Port Elisabeth et George, et récupéré par un conducteur qui passait fort heureusement pour moi par là, nous avons échangé quelques mots durant le trajet vers le garagiste local. Quand il sut que j'écrivais sur le rugby, il me posa immédiatement la question suivante : "Que devient Benoît Dauga ?"
Je lui appris qu'il avait, en 1975, failli être paralysé, que depuis il allait bien mais avait perdu une partie de l'usage de son bras droit. Alors je vis les yeux de cet homme - un robuste garde-chasse - s'embuer. Il me dit : "Transmettez-lui mon meilleur souvenir, s'il vous plait". Et comme je lui demandais comment il l'avait connu, voici ce qu'il me répondit : "Je jouais troisième-ligne avec l'équipe de Rhodésie (devenu Zimbabwe) lors de la tournée de l'équipe de France en 1971. Sur une bagarre, j'ai pris un coup et je me suis réveillé quelques minutes plus tard, allongé, sur le bord de touche. Benoît Dauga m'avait assommé d'une belle droite. C'est le plus beau KO de ma carrière..."
Et à mesure qu'il se remémorait cet épisode, un sourire illumina son visage taillé à la serpe, au carré, buriné. "Vous lui passerez le bonjour, hein ? Je compte sur vous." Ce qui fut fait quelque mois plus tar, car j'appartiens à une génération de journalistes qui a eu la chance de côtoyer dans les années 90 le "Grand Ferré" au château de Clairefontaine lors des rassemblements de l'équipe de France. Ainsi les joueurs de rugby sud-africains mesurent à une aune qui n'est pas d'usage commun le plaisir qu'ils ont à disputer un match. Pour eux, le combat est premier. Et leur fidélité à cette culture n'a pas faibli depuis 1952 et leur tournée dans les Îles Britanniques puis en France.
On les appelait alors "Les rugbymen du diable". N'oublions pas qu'ils révolutionnèrent le rugby en attaquant en première intention la ligne d'avantage et en utilisant leur numéro huit pour redoubler les ailiers. Le jeu que le XV de France de Lucien Mias magnifia en 1958 est avant tout le bénéfice tiré d'une leçon reçue à Colombes six ans plus tôt, et je tiens ça de "Docteur Pack" lui-même. Comme Philippe Dintrans, Karl Janik et Philippe Sella, dont les commentaires que j'ai reçus sur mon téléphone portable sont dithyrambiques, il a dû apprécier le choc de samedi soir en connaisseur.
J'ai beau fouiller, je n'ai pas souvenir d'avoir vu un test-match aussi enthousiasmant, au sens étymologique du terme. Tout y était concentré en quatre-vingt minutes, y compris le scenario, porté à incandescence telle une oeuvre au bleu. Oui, les chocs impressionnent car ces joueurs professionnels, préparés à l'affrontement sans concession, se donnent et reçoivent sans compter. Ecoutez ce que dit l'inestimable Cameron Woki, au moulin de l'aile et au four de la troisième-ligne bleue : "Il ne fallait pas qu'on écoute nos corps..." A ce sujet, on évoque le coup de tronche de Du Toit, mais la chute de Cheslin Kolbe d'un étage sur la nuque après avoir percuté à trois mètres de hauteur le visage d'Antoine Dupont - qui fera bien désormais de regarder et le ballon et l'adversaire - aurait pu avoir des effets dramatiques...
Ce match de géants ne nous fera pas oublier la performance de la Nazionale, victorieuse pour l'Histoire de l'Australie, portée par la magnifique Ange Capuozzo qu'on croirait sorti d'un tableau de Botticelli. Ni le titre mondial obtenu plus tôt dans la journée par les Blacks Ferns sur une équipe de Roses anglaises bien épanouies qui ont fait - c'est ennuyeux - du groupé pénétrant l'alpha et l'oméga de leur jeu. Alors, que la Coupe du monde féminine soit remportée par celles qui n'ont jamais hésité à attaquer systématiquement de leurs propres vingt-deux mètres - le ballon est un trésor dont il ne faut pas se débarrasser - a de quoi nous réjouir. Plus que jamais, la femme est l'avenir de l'homme. 

dimanche 19 décembre 2021

Dans l'ombre apaisée

La vie d'Alain Estève est un roman écrit au sang d'encre. Remué, tordu puis assommé dans un regroupement : c'est ainsi que je suis sorti de l'ouvrage qu'a mis entre mes mains Jean-Luc Fabre, l'ancien président du Rugby Olympique Agathois. Même si la voix du géant se fait entendre, ce n'est pas une biographie au sens classique qui traverse les trois-cent-quarante pages de ce conte d'auteur, mais plutôt la chronique d'une époque, celle du grand Béziers et du rugby des années soixante-dix, de l'inexorable et du démesuré. D'un rugby qui ne reviendra pas, comme a disparu celui de Lourdes.

L'histoire de ce joueur hors-normes, ses racines, sa famille, l'enfance qui lui a été arrachée, les coups et les douleurs, l'abandon et l'oubli, forment une première partie qui fait écho aux Saisons de Maurice Pons, à La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, et à La montagne morte de la vie de Michel Bernanos ; c'est un récit qui vous prend aux tripes et vous les arrache avant de les disperser. Vient ensuite la construction d'un homme par le rugby, ses liens, ses vertus, ses baumes, au sein d'une génération dure aux mâles qui éleva presque ce jeu au rang de discipline scientifique. 

On y croise des figures et des amis, on assiste à des querelles qui ne sont pas toutes de Brest mais sentent la sueur et le défi, la rance et parfois le pardon. Ce n'est un secret pour personne, Alain Estève dispute les prolongations avec l'énergie de ceux qui ne veulent pas abdiquer, même si l'adversité a pris le dessus. Ce livre (Alain Estève, le géant de Béziers), publié à compte d'auteur et préfacé par Richard Astre, est un trait de lumière posé sur d'imposants pans d'ombre, et cet éclairage a le doux éclat de la bienveillance, Jean-Luc Fabre y veille à chaque page. 

Ce n'est pas une hagiographie, loin s'en faut : tout est écrit, tout est dit, raconté sans sous-texte, mis à nu, parfois à vif. Rien n'est laissé sous le tapis de ces souvenirs qui parfois embellissent même le pire. Vous ne saurez pas, en revanche, qui a fracassé André Herrero lors de la finale 1971. J'ai cherché, je n'ai pas trouvé. Mais vous comprendrez au moins une chose : ce n'est pas Alain Estève, contrairement à ce qui a été raconté un peu partout, qui lui brisa les côtes. Celui qui fut montré du doigt, hué, vilipendé, partira avec ce secret plutôt que de le livrer, même au moment où le grand arbitre, celui qui décide de qui joue et de qui sort, s'apprête à siffler la fin. 

Cet ouvrage, honnête et enveloppant, nous en apprend pourtant de belles. Les anecdotes ne manquent pas, les révélations non plus. Sans fard, ni débordements. J'y vois surtout un hommage aux deuxième-lignes de devoir, ces hommes de l'ombre, sans pour autant verser dans l'apologie du coup de casque. On y entend la parole des silencieux, on y voit le partage des tâches. On comprend pourquoi Béziers fut si grand et si craint et, au milieu d'une équipe devenue tribu, jusqu'à quel point une tête dépasse. 

Ce long récit parle de fraternité d'armes et de jeu, cerne les secrets d'un groupe, celui qui part devant, au combat, soudé malgré tout ce qui sépare, uni contre tout ce qui l'écarte. C'est Brennus, c'est Paul Riquet, c'est l'Aude et l'Hérault, Raoul, Jo, Jeff, Pépito, Richard, Albert, Alain, Walter et Claude. Toute une vie de rugby et de nuit blanches. Ce sont les murs d'une prison, celle dans laquelle nous sommes parfois enfermés à notre corps défendant, cette prison construite autour de nous, parfois même nous y prêtons une main, et contre les murs de laquelle nous nous heurtons.

Si le poète anglais Maro Itoje a considérablement amélioré ce que le fermier all black Sam Whitelock avait inauguré dans le registre du deuxième-ligne contemporain, redécouvrir l'aventure rugbystique d'Alain Estève rappelle que dès 1971 un géant patibulaire avait déjà transformé la fiche de poste, au point d'évoluer à tous les postes de la troisième-ligne une décennie durant aux côtés des meilleurs avants français. Dans son roman inaugural, Louis-Ferdinand Céline écrit : "Ce serait pourtant pas si bête s'il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants." Ce n'est à un voyage au bout de la nuit que nous invite ce livre, mais au bout de la vie, plutôt. Dans l'ombre désormais apaisée d'un géant. 

Pour se procurer Alain Estève, le géant de Béziers, au prix de 26,90 euros : contacter Jean-Luc Fabre à son adresse postale (10, chemin des abreuvoirs, 34300 Agde) ou par SMS au 06 07 59 78 82.

dimanche 20 juin 2021

Mieux que les autres

Comme l'indique son histoire, le jeu de balle tel que pratiqué au Collège de Rugby n'a été rien d'autre, à ses débuts, qu'une discipline pédagogique pour encourager les étudiants à former équipe, à respecter les règles édictées et à mettre leur corps, autant que leur coeur, à l'épreuve dans un combat collectif où il était déconseillé de prendre le ballon à la main et de courir avec sous peine d'encourir un châtiment physique - croc-en-jambe au mieux, fracture tibia-péroné au pire - parfaitement désagréable.

Aucun arbitre n'était désigné pour faire observer le règlement rédigé par les joueurs eux-mêmes, si ce n'est le capitaine de chaque formation. Une parfaite connaissance de l'articulation de cette loi librement consentie par tous constituait un socle au-dessus duquel pouvaient s'exercer ensuite le mouvement. Les vertus de cette pratique faisaient de l'établissement de Rugby l'un des fleurons pré-universitaire du Royaume-Uni, presque l'égal de ses prestigieux concurrents, Eton, Winchester and so on.

C'est pourquoi je ne cesse d'être surpris par les débats qui agitent les cénacles, les aréopages, les cercles - fussent-ils ovales - jusqu'aux reluisants plateaux de télévision dès qu'une décision arbitrale rappelle les joueurs au présupposé de base, à savoir la maîtrise de leurs attitudes et de leurs gestes. Vaines querelles puisque la décision du directeur de jeu, soutenue par son arbitre vidéo et de multiples passages à la table de montage, n'est pas rétractable, surtout en ce qui concerne les brutalités, l'antijeu et les fautes répétées.

Il est ironique de constater que si le Racing 92 a su emporter son derby de barrage en profitant de l'indiscipline du Stade Français, il est tombé face à La Rochelle en demie, plombé par une quinzaine de pénalités sifflées contre lui. Les fautes sont très souvent un baromètre : au-delà de onze dans une rencontre de haut-niveau, elles signalent qu'un tel manque de maîtrise a pour cause un déficit, qu'il soit en conquête, en replacement défensif, en perte de lucidité due à la fatigue.

Bordeaux-Bègles, qui peut se targuer d'avoir poussé le Stade Toulousain dans ses derniers retranchements - comme La Rochelle en finale de Coupe d'Europe -, s'est emmêlé samedi dernier de la même façon dans un excès de précipitation, cette écume de motivation sur laquelle il n'est jamais bon de surfer trop longtemps. Quatre fois au moins dans ce match serré, l'UBB eut l'opportunité de sceller un succès, et c'est un carton rouge pour plaquage non-maîtrisé et donc dangereux - tout un symbole - qui précipita sa chute.

La tâche des entraîneurs d'élite dans les champs physique, technique, tactique, voire psychologique - si, si, ils y travaillent, le pli est en train de prendre - devrait aussi se prolonger dans l'étude du règlement. Car, enfin, il est inconcevable que des joueurs professionnels ne connaissent pas précisément les bases du jeu qu'ils pratiquent. J'insisterais, pour ma part, sur l'aspect éducationnel, à savoir la capacité à prendre du recul sur les événements, cette lucidité dans l'action qui sépare les grands joueurs des autres.

Cette prise de hauteur fut illustrée de façon cruelle par les Bleuets lors de leur rencontre inaugurale face à l'Angleterre dans le Tournoi des Six Nations moins de vingt ans disputé à Cardiff, dans ce que les Gallois nomment improprement l'Arms Park pour des raisons commerciales et qui n'est en fait que le terrain annexe de cet emplacement mythique sur lequel, comme à Pompéi, s'élève le Millenium Stadium sur de multiples strates de béton.

Magnifiques de fluidité et d'efficacité offensive en première période jusqu'à mener 19-3, ils courbèrent ensuite l'échine devant le pack blanc, et les poupons roses et joufflus de Sa Majesté refirent leur handicap de mauls en groupés pénétrants pour marquer cinq essais et l'emporter, 38-22, le sourire aux lèvres après avoir relu leurs fondamentaux en attaquant par la première page, celle qui commence devant.

Les penseurs latins encourageaient leurs élèves à "étudier, non pour savoir plus, mais pour savoir mieux que les autres". Qui des Rochelais ou des Toulousains saura le mieux maîtriser les règles du jeu, vendredi soir à Saint-Denis ? Et dans la fusion, la confusion, l'ébullition, l'engagement total, l'ultime combat, qui placera au bon endroit, si l'on veut tirer un enseignement de cette phase finale, le levier qui leur permettra de soulever le Bouclier de Brennus ? Le succès se trouve dans la question. 

dimanche 20 octobre 2019

Au coude à coude

D'un point. Ou plutôt d'un coude. Et d'un coup, le XV de France disparait de la phase finale, 19-20. Ce n'est pas un carton rouge, cette déferlante d'essais telle que promise. Non, c'est un carton rouge qui sanctionne, à l'entame de la seconde période, le geste le plus idiot de l'histoire tricolore. Une injure à l'intelligence, certes, mais surtout à ceux qui sont restés sur le terrain en infériorité numérique pour tenter de sauver l'immanquable.
Car enfin quoi ? Ce XV de France menait contre toute attente 12-0 après huit minutes de jeu. Deux essais fulgurants. Dont le premier inscrit par un dénommé Sébastien Vahaamahina dès la cinquième minute. En force. Un essai de deuxième-ligne, vous savez ces hommes de devoir, ces combattants de l'ombre, ces poutres maîtresses sans lesquelles une équipe ne serait pas cette cathédrale de chairs et d'âmes. La nature humaine est ainsi faite qu'il est possible de passer de héros à zéro le temps d'une période de jeu, quarante minutes pendant lesquelles ce XV de France hier de petite amplitude et affublés du maillot des Samaons avait fait naître un espoir.
Les Tricolores, frustrés et meurtris, rentrent donc par le premier Tokyo-Paris Express. Mais ils peuvent revenir la tête haute alors qu'ils ont le cœur triste. Après un court mais vital succès sur l'Argentine à l'issue de leur "huitième de finale", deux victoires dégueulasses contre les Etats-Unis et les Tonga, et l'annulation de leur choc attendu face à l'Angleterre pour cause de typhon, le XV de France modèle Brunel-Galthié met dans le trouble un point final à son histoire.
Une expulsion qui restera gravée dans le chronique des Mondiaux pour geste d'une grande débilité, puis un essai controversé du troisième-ligne centre remplaçant Ross Moriarty dans les ultimes minutes de ce quart de finale à suspense laissent un goût amer. Le rugby est un sport collectif de contact, nous sommes tous d'accord là-dessus mais il n'est pas que cela. Ce socle de combat d'équipes est surmonté par l'intelligence, le cerveau s'imposant comme le muscle le plus important quand il s'agit de discipline sportive.
Deux ans de bleu de travail réduit à néant par un geste déplacé, un réflexe coupable capté par dix caméras, puisque le sport de haut niveau, désormais, est placé sous l'égide de Big Brother. Dans le feu de l'action, Vahaamahina, irresponsable, a craqué une allumette, embrassant cette rencontre qui était déjà incandescente. Le XV de France, qui jouait alors au maximum de ses possibilités, n'avait pas besoin de cette ânerie, - appelons ça ainsi -  face à l'une des meilleures nations de l'hémisphère nord pour s'incliner. Le doute demeurera longtemps : à quinze, les Tricolores auraient-ils pu et su s'imposer et passer le cap des quarts ?
Vous entendez déjà les opérations de communication assurer que cette Coupe du monde nipponne est une réussite alors qu'elle sanctionne une équipe de France construite dans la précipitation et la réorganisation factuelle, forte d'individualités - homme de ce match, le centre francilien Virimi Vakatawa est un appelé de dernière heure - capables de changer la face d'un match sur deux appuis. "Les meilleurs ont perdu aujourd'hui" lâchera même le coach gallois Warren Gatland à l'issue de ce quart.
Ces avatars ne doivent pas nous faire oublier la démonstration néo-zélandaise devant l'Irlande réduite au rôle de sparring-partner dans ce qui était annoncé - du coup à tort - comme une finale avant la lettre, et la performance du pack anglais face à l'Australie qui a cru en ses chances pendant un peu moins d'une heure. On se souviendra qu'en 2015, le XV de France avait été surclassé lui aussi en quart à Cardiff par les All Blacks : le fiasco irlandais relativise cet échec.
Et quand à l'issue de ce match à sens unique, les supporteurs irlandais, généreux, félicitaient chaleureusement l'entraîneur national Joe Schmidt sur le départ, se souvenir que les édiles du rugby français, eux, avaient convoqué des états généraux et montré du doigt le manager Philippe Saint-André et son staff technique... Sept essais à deux, les All Blacks ont châtié l'ancien numéro un mondial, preuve que ce classement World Rugby, qui tient compte des impasses et des rencontres de préparation, est une supercherie de plus dont il ne faut plus parler.
Une fois de plus, le bonheur est venu des Brave Blossoms, rafraîchissants Japonais qui développent sans discontinuer une stratégie spectaculaire avec leurs points forts, solidaires, inspirés, engagés. Il est donc possible de "créer autre chose que des ballons portés et des coups de pied dans la boîte", note ici le bloggeur Philippe Mothe. Et c'est tant mieux. Une forme de jeu dont devrait s'inspirer à l'avenir le XV de France une fois sa désillusion nipponne digérée.
Jusqu'à l'heure de jeu dans le dernier quart à prendre, les Japonais restèrent au coude à coude avec les Springboks, pot de terre contre pot de fer, vivacité opposée à puissance. Vivement le week-end prochain - sans Top 14 cette fois-ci - pour savourer à Yokohama samedi matin une finale avant la lettre entre l'Angleterre et la Nouvelle-Zélande. Et regretter qu'à une brutalité près - mais aussi une transformation (5e), un but de pénalité sur le poteau (38e), quatre temps forts vendangés en première période (26e, 29e, 35e, 40e) et un drop-goal oublié en seconde (56e), la France ne soit pas de cette fête face à l'Afrique du Sud.