Nous ne sommes pas à l'abri d'une énième opération de communication destinée à flouter les raisons profondes de cet échec (17-38) en ouverture de l'édition 2024 des Six Nations censée consoler Français et Irlandais de leur défaite en quarts de finale, une nouvelle "option revanche" pour masquer l'essentiel, à savoir que le jeu offensif pratiqué par ce XV de France est actuellement inexistant, ses ressorts cassés, ses joueurs sans convictions et sa conquête bancale, alors même qu'on nous promettait un renouveau après l'injection de trois techniciens (Patrick Arlettaz chargé de l'attaque, Laurent Sempéré spécialiste de la touche, Nicolas Jeanjean pour la préparation physique) dans un staff qui, vendredi soir, émargeait au niveau ProD2, et encore n'est-ce pas très gentil pour la deuxième division professionnelle française...
Il y a encore quelques saisons de cela, quand il était possible d'exprimer une critique sans risque d'être bâillonné, la question aurait été posée de la pertinence d'offrir le capitanat à Grégory Alldritt dont il nous est apparu sur le terrain, au plus fort de la tempête, que sa personnalité qu'on annonçait combative était malheureusement à l'image de la prestation tricolore, à savoir transparente. Ce n'est pourtant pas les Coqs en stock qui manquent pour prendre temporairement la suite d'Antoine Dupont, à commencer par Charles Ollivon.
Car elle planait sur le stade Vélodrome, vendredi soir, au coup de sifflet final, l'ombre de Dupont. Le grand blessé du Mondial 2024 devenu le grand absent du Tournoi 2024 n'aura jamais été aussi présent dans les esprits qu'au fil des tristes partitions maladroitement interprétées par ses remplaçants, Lucu derrière la mêlée et Alldritt avec le brassard. Comme beaucoup d'anciens capitaines tricolores, je ne peux que regretter qu'au moment où le XV de France avait besoin de lui, le ministre de l'intérieur manifeste si peu d'attachement et choisisse d'inaugurer les chrysanthèmes du rugby à 7 dans l'hypothétique chance que la France passe cet été le cap des quarts de finale aux Jeux Olympiques plutôt que de partir à l'abordage du Tournoi.
Nous pourrions aussi ironiser sur les certitudes du grand timonier Fabien Galthié considérant, il y a deux mois de cela, qu'il ne s'est pas trompé en traçant un cap pour atteindre l'or du trophée Webb Ellis, à l'image de Christophe Colomb croyant toucher l'Inde alors qu'il mouillait dans une crique des Barbades. Le coach national aux grosses lunettes avait même promis de continuer à naviguer ainsi à vue alors même nous lui proposions de changer de sextant. Il faut espérer que ses conseillers en communication l'aident à guérir promptement sa blessure à l'égo, cette boursoufflure dont le XV de France est la première victime.
A l'évidence, à Marseille, les Tricolores de Grégory Alldritt manquaient d'entrée d'allant alors qu'ils avaient embouché le refrain de la revanche. De la même façon qu'ils manquèrent de lucidité et de précision au Stade de France, en octobre dernier face à l'Afrique du Sud au moment de conclure leurs temps fort ou d'aller chercher, d'un drop-goal, le succès qu'ils étaient en train de construire pour peu qu'ils posent la dernière pierre. Faut-il chercher les raisons de ces échecs consécutifs dans une préparation psychologique défaillante ou du moins incomplète ? Je le crois.
Après avoir pleurniché au sujet de l'arbitrage de M. O'Keefe, puis perdu une semaine en babillages à Marcoussis pour finir par abandonner un résultat au profit de la Verte Erin, il est grand temps d'appeler une nouvelle génération - Posolo Tuilagi, Marko Gazzotti, Nolann Le Garrec, Hugo Reus, Emilien Gailleton, Nicolas Depoortere - pour l'aider à prendre ses responsabilités au plus haut niveau international. Attendre serait aussi idiot qu'indécent. Au fait, qui pourra signaler à Galthié qu'il serait utile d'électrifier la ligne de conduite en nommant un capitaine susceptible d'apporter la lumière en courant continu et non alternatif ? D'autant que la réception que nous promettent les Ecossais, victorieux au Pays de Galles (26-27), va faire très malt et mérite la plus grande attention.










