A l'heure de savourer une retraite bien méritée, ce Galles-Ecosse m'a replongé en 1986. L'Equipe m'avait envoyé à Cardiff pour rédiger mon premier compte-rendu international. C'est dans ce qui s'appelait alors le National Stadium que John Jeffey, John Beattie, Finlay Calder, David Sole, Roy Laidlaw et John Rutherford - qui deviendraient par la suite de bons copains - déployèrent leur talent, et j'ai encore en mémoire l'essai du "Requin Blanc" inscrit en coin après un tour de mêlée comme on n'en voit plus au terme d'un déferlement de passes et de remises, certaines acrobatiques. Maillots immaculés, regroupements saignants durant lesquels l'adversaire faisait office de paillasson sous le regard d'un arbitre pas même compatissant : en quarante ans, la forme que prend ce sport a changé mais l'esprit du jeu reste le même.
Après l'humiliante car indiscutable défaite du XV de la Rose dans son jardin de Twickenham face à des Irlandais qui ont enfin retrouvé le Fighting Spirit, fêtons le Power of Scotland ! Non pas que cette équipe nationale d'Ecosse soit irrésistible - c'est même loin d'être le cas -, mais il y a dans sa façon d'aborder ce sport dont elle est la garante depuis 1871 un bonheur communicatif, et quand elle a fini par s'imposer à Cardiff, sa joie fut aussi la nôtre.
Après deux gros succès face à l'Irlande et au pays de Galles, le XV de France s'est dépêtré avec opportunisme, vista et efficacité d'Italiens présentés en toute exagération par Fabien Galthié - passé maître ès-communication - comme les nouveaux ogres du Tournoi dans leur maillot rouge Garibaldi, il n'y aura pas assez de quinze jours pour panser ses bobos et penser son jeu, car on ne voit toujours pas quelle articulation structure ses mouvements. Quelques coups chanceux et une fin de match en double supériorité numérique (carton jaune contre Lynagh et blessure de Capuozzo) eurent donc raison d'adversaires bien en place. Quand on a connu les vaches maigres de la dernière décennie, ne boudons pas une victoire bonifiée acquise aux bons rebonds.
S'avance maintenant un vrai test. A Murrayfield. Dans tous les sens du terme. La première place au classement, pour provisoire qu'il est, n'est pas usurpée, loin s'en faut. Elle raconte surtout, à travers ses lignes de trois-quarts, la profondeur de notre effectif et la qualité de notre formation. Qu'il choisisse d'aligner les attaquants bordelais, palois ou toulousains, Fabien Galthié à la certitude de composer une ligne sans pointillés. Que Jalibert ou Ntamack viennent à manquer sur blessure, il dispose avec Thomas Ramos d'un couteau suisse. Et encore peut-il se payer le luxe - il aime bien châtier - d'oublier Damian Penaud pour de multiples raisons dont la fragilité de ses placements défensifs n'est pas la plus pertinente.
Car enfin, quelle équipe nationale peut se passer de son meilleur marqueur d'essais en pleine activité, numéro un devant Serge Blanco, Philippe Saint-André et tous les brillants finisseurs passés avant lui sous le maillot bleu ? A contrario, ce qui fait la faiblesse de l'Ecosse, plus petite des grandes nations historiques du rugby en terme de licenciés, fait aussi sa force. Mis à part une ou deux interrogations, Greg Townsend n'a pas vraiment le choix quand il s'agit de composer sa sélection. Il ne peut pas se permettre de stimuler la concurrence et doit forger une équipe. Et c'est sans doute cet esprit qui permet à ce XV du Chardon de réaliser des exploits. Gagez que la venue des "Froggies" sera pour ce diable de Finn Russell et les siens l'occasion d'ajouter du piquant.
Par quoi terminer cette chronique costaricienne si ce n'est par une analyse qui ne fera pas, j'en suis par avance désolé, que des heureux : les résultats pour le moins étonnants obtenus par les différents adversaires de la France après trois journées tendraient à démontrer que le niveau général du rugby de l'hémisphère nord est descendu d'un cran. En effet, seuls les Tricolores peuvent envisager un Grand Chelem pour peu qu'ils franchissent maintenant un double écueil : le déplacement à Edimbourg dans un écrin qu'on annonce ardent puis la réception de l'Angleterre, qui n'aime jamais rien tant que de s'offrir un Crunch. Ca promet.

Bon pour le bal avec les porteurs de kilt c'est encore un peu loin, on en reparlera. Petit retour sur ce match contre l'Italie, certes pas une partie de hourra-rugby et bien des difficultés des nôtres pour mettre à la raison les autres, je trouve surtout que l'on a voulu beaucoup trop jouer à la baballe la 1ère demi-heure, avec des ballons pas nets, dans des situations improbables, ce qui s'est traduit par un retournement de la dynamique les défenseurs avançant, interceptant et renversant la pression, puis devant toute cette débauche d'efforts non récompensés au planchot, l'équipe est rentrée dans une sorte de retenue et très clairement entre la 30è et 55è on a laissé les Italiens dicter la trame de la partie, heureusement personne ne s'est défilé en défense,et puis le manque de réalisme et de punch des visiteurs a laissé l'EDF et ses bienheureux finisseurs reprendre l'allant initial pour enfin concrétiser. Bon, ce n'est quand-même pas si mal au final, à ce jour ce tournoi me semble pas mal embarqué.
RépondreSupprimerCôté joueurs, perso je trouve que Ramos a loupé son match d'ouvreur, ok pour toutes les qualités qu'on lui connait, mais visiblement derrière y'avait pas de patron dans la ligne ses choix en attaque ont toujours ralenti et il a surjoué quelques ballon s qui nous coûtent un essai et engendrent des turn over dangereux. Le placement du, Palois à l'arrière pas non plus très heureux, en difficulté sur les ballons hauts et s'est fait coffrer un grand nombre de fois quand l'espace ou le partenaire étaient là.
Bon, avec le Finn ce serait mieux que Jaja soit là et Thomas en arrière-garde, à suivre ...
Z'avez vu à l'USAP, Labit pas dans la dentelle, je trouve ça fort et rassurant que les 2 zigotos soient écartés plutôt que, comme si souvent, ce soit le contraire.
Allez, je vous cause pas Coujou, circulez rien à dire rien à voir, bon Marcel et moi y croyons encore, derniers fidèles d'une cause pas perdue mais bien ég
égarée .....
RépondreSupprimerA vous lire
Pas vu le match France Italie pour cause avion mais j'avoue que j'aurais bien aimé que les Italiens gagnent pour mettre le bordel dans ce 6 nations imprévisibles ...des Irlandais et Gallois renaissants , des Ecossais joueurs , la France a son niveau et il restait que l'Italie mette le bordel ...pas arrivé car d'après ce que j'ai lu , l'EDF a bien joué ses temps faibles. Je pense qu'il faudra faire attention aux rosbifs très vexés d'avoir pris cette déculotté chez eux , s'ils mettent Marcus Smith a l'ouverture , leur jeu peut être tout autre plutôt que ce demi de fermeture au pied rageur ... mais il se peut vraiment que les anglais se prennent non pas une autre valise mais une belle malle si Jalibert est de retour ...
RépondreSupprimerD'accord avec l'ami briviste: on a trop surjoué, et trop tôt dans le match.
RépondreSupprimerBon, faut pas non plus oublier que la solidité et l'agressivité défensive italienne expliquent aussi que notre rugby offensif ne soit pas aussi huilé qu'espéré (non compris l'absence de Jalibert). L'Ecosse à Murrayfield, autre contexte, autre rugby, autre match. Pendule, chiffres et classement remis à zéro.
OK aussi sur le syndrome du couteau suisse se mélangeant un peu les doigts dans ses multiples fonctions et idem pour Atissogbé plus à l'aise sur son aile quand même.
RépondreSupprimerLa polyvalence a ses limites sur un match entier, et des oeufories où tu peux rire jaune ou blanc pâle.
Reste maintenant la Caledonie et ses licornes
forces sauvages et indomptables, à part devant une jeune fille vierge (dixit la légende), que ne représente pas tout à fait notre Marianne moins puritaine. Mais on a les barricades.
Z'ont aussi leur berger fantasque à ses heures pour se faire péter la panse.
Entre mythes et tradition, la vérité restera sur le pré. Aux coqs de ne pas passer pour des moutons et poursuivre crunchisant Albion et son pudding, à la sauce française coulis aux fruits rouges.
Sinon en sphère australe, ça se cherche aussi.
Les Blacks courent après leur âme et un entraîneur digne de leur nom, les Australiens déciment leurs kangourous, l'Afsud certes au plus haut grâce à la science infuse (...), l'Argentine et son tanguy tango...
Mais où est le fleuve tranquille ?
Bon verre un peu plus qu'à moitié plein, non.
RépondreSupprimerFût un temps pas si lointain ou on parlait de match piège, et ça mordait souvent.
Quant on a pas tracassé le planchot pendant quarante minutes, parler de sérénité serait déplacé, mais sans faire injure aux Quesadins le vent du boulet n'a jamais sifflé a nos oreilles.
L'Italie progresse enfin et c'est tant mieux, mais il reste du boulot pour performer régulièrement au plus haut niveau.
Allez, c'est tout le mal qu'on leur souhaite.