Il ne faut pas désespérer Saint-Denis. Paraphraser la célèbre citation apocryphe de Jean-Paul Sartre, écrite en 1955, n'est pas une simple feinte de passe dans le seul but de dérider l'incipit : vaincre l'Angleterre à la dernière seconde, et surtout trois minutes au-delà, reste un délice de fin gourmet. Quant à terminer à la première place du Tournoi des Six Nations, rien n'est plus apprécié à un peu moins de deux ans de la prochaine Coupe du monde. Ce n'est certes pas l'indicateur le plus fiable en matière de pronostic et les bookmakers ne s'y tromperont pas, mais c'est après tout - et surtout la déconfiture de Murrayfield - un titre honorifique à savourer.
Pendant quelques minutes, j'ai cru qu'après un forfait tricolore l'USAP avait été appelée au dernier moment pour disputer ce Crunch. Pas vous ? Et pourquoi pas demander tant qu'on y était aux Anglais de jouer en rouge ? Ce qu'ils firent parfois. Mais pas là. Alors je ne sais quel génie du marketing a eu la glorieuse idée de fêter le cent vingtième anniversaire des France-Angleterre en tricotant ce maillot bleu pâle, mais si pour vendre du tissu le procédé est sans doute lumineux, pour distinguer les adversaires - même shorts blancs qui plus est - on trouvera facilement plus indiqué.
De nombreux sportifs - surtout les pratiquants - assurent que seule la victoire est belle. Dans certains cas, on leur donnera raison. Et sans doute que ce Crunch dominé par le XV de la Rose émarge à la rubrique des hold-up jubilatoires et irrésistibles. Effectivement, d'un coup de pied au culte Thomas Ramos, qui n'est pas pour rien devenu le meilleur réalisateur tricolore de tous les temps devant quelques fameux prédécesseurs - Frédéric Michalak, Christophe Lamaison, Dimitri Yachvili -, a vengé des générations de glorieux perdants qui prirent des "Sorry, good game" dans les dents en serrant la mâchoire. Voilà bien le genre de but de pénalité qu'il faut garder au chaud pour, qu'un soir de finale de Coupe du monde, le trophée Webb Ellis trouve enfin sa place sur une étagère, à Marcoussis.
Reste que les Anglais nous ont planté sept essais. Fabien Galthié, qui aime tant évoquer les Expected Goals afin de nous faire passer les défaites pour des vessies, ne trouvera pas grand chose à redire après ce succès tendu à la photo-finish. On pourra néanmoins lui faire remarquer que son équipe s'est inclinée sur un gros score de Champions League, à savoir 6-7. Et c'est sans doute là où la Rose blesse. 48-46 au tableau d'affichage, c'est aussi la faillite du buteur anglais Finn Smith, l'oubli de Chessum de se rapprocher des poteaux pour faciliter le travail de son ouvreur au moment de transformer son essai, ainsi qu'un essai de pénalité très généreusement accordé aux Tricolores par l'arbitre géorgien.
Bien sûr, faire la fine bouche après ce Crunch remporté et cette première place décrochée est un privilège de chroniqueur un peu trop exigeant, j'en conviens, mais je ne suis pas là pour suivre la procession la main dans la corbeille de roses mais pour porter le fer dans la plaie (après Sartre, Albert Londres). Mis à par le génie offensif et l'opportunisme vivace de Louis Bielle-Biarrey salué par un record d'essai marqué dans un Tournoi, et la régularité de Thomas Ramos dans l'exercice des tirs au but, qu'avons-nous vu ? Une mêlée française en difficulté et une défense aux abonnés absents. Pas de quoi trop se réjouir.
Fin diplomate, Rassie Erasmus, interrogé au sujet le Tournoi des Six Nations en conférence de presse après les trois premières journées, précisa qu'il ne pouvait pas vraiment s'exprimer et dire ce qu'il pensait, mais nous avions bien compris entre les lignes qu'il trouvait les résultats de l'édition 2026 pour le moins surprenants - un euphémisme. Il est vrai que vu depuis l'Afrique du Sud, la plus vieille compétition rugbystique semble manquer de consistance : l'Ecosse s'incline en Italie avant de battre la France qui a surclassé l'Irlande, laquelle humilie l'Angleterre à Twickenham avant que ces mêmes Anglais soient à deux doigts et trois minutes de s'imposer à Saint-Denis !
Remporter le Tournoi dans ces conditions - l'Ecosse et l'Irlande pouvaient elles aussi envisager cette issue favorable au coup d'envoi de la dernière levée - incite à l'humilité. Une page se referme sans qu'elle nous apporte de certitudes, et s'ouvre maintenant les luttes finales d'un Top 14 qui n'a jamais été aussi serré et incertain derrière la première place au classement. Puis, sans que nous puissions reprendre notre souffle, il sera question d'un championnat des nations, bidule ajusté pour nous faire croire qu'il existe maintenant un grand rendez-vous international annuel dilué entre juillet et novembre, tranche de jambon qui ne trompe personne et alimente sponsors et diffuseurs entre deux Coupes du monde. A condition qu'on ne manque pas de pétrole.

Tu as tout dit , du hold up réussi en passant par l'anglais qui ne vas pas au milieu des poteaux , peut être as tu oublié Pollock qui mange la feuille a la dernière minute du match en se débarrassant du ballon le long de la touche; LBB l'arbre qui cache la forêt etc etc....
RépondreSupprimerJe ne vois pas comment ces équipes du nord inconstantes puissent battre le sud ; virer Galthié serait peut être une solution mais alors maintenant afin que son successeur ait le temps de mettre en place quelque chose de plus consistant avec cette génération magnifique ....mais il est sur que si Mr melon reste nous n'irons pas chercher le graal , déjà qu'une partie de son vestiaire ne le supporte plus ...Pour gagner c'est simple , il faut te battre pour ton pays , te battre pour le maillot , te battre pour les copains et te battre pour l’entraineur, l'entraineur qui est l'huile qui fait monter la mayonnaise .
J'avoue et ce n'est pas bien que si hier nous avions perdu , cela ne m'aurait rien fait car quand on prends 7 essais , que l'on en marque 5 , un de pénalité ( surement une montre acheté à l'arbitre , j’exagère Grill n'est pas Tapie) et 4 par le même extraterrestre , on ne peut pavoiser...Je suis un vieil exigeant , c'est le privilège de l'âge; car il ne me reste pas tant d'années pour me contenter de l'a peu près et pas du meilleur.
Allez, St Denis outragé ! St Denis brisé ! St Denis martyrisé ! Mais St Denis libéré !...
RépondreSupprimer" cela va se jouer sur des détails" comme le veut le cliché, qui comme tous les clichés renferme sa part de vérité. L'Anglais Chessum, alors qu'il a crucifié notre défense par son interception, aplatit euphorique et oublie de faciliter la tâche de son buteur en allant vers les poteaux... Transformation manquée comme d'autres plus tôt dans la partie. Les Bleus avaient eu la lucidité, même balayés dans l'enfer de Murrayfleld, de marquer à tout prix en fin de match pour assurer goal-average et bonus défensif. Lucides à la dernière minute, après un renvoi court, ils ont joué à quatorze devant les défenseurs pour obtenir ce qu'ils cherchaient : la pénalité salvatrice.
RépondreSupprimerCes maillots qui se ressemblaient trop ont brouillé les pistes et égalisé les équipes. Mais gagner ce match et le Tournoi, fallait quand même le faire. Crunch pour crunch, ce n'est un trophée en chocolat..
ce n'est PAS un trophée en chocolat (sorry,, and good game indeed! )
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RépondreSupprimerUne victoire à la dernière seconde contre l’anglais est un genre rugbystique destiné à jouer sur la confusion du spectateur qui, malgré 7 petits trous dans la surface joliment peinte, est trompé sur les moyens d’obtenir cette illusion.
Erasmus : « Je me marre! »
Kolbe: «Si, ça sert de courir, en partant BIEN à point!»
Van der Westhuizen: «M’aurait-on trompé sur les moyens de l’illusion? »
La gagne pas la maîtrise ça fait 2/3 matchs ou le coq se sort de sables mouvants, la peau de l'ours s'enfonçant.
RépondreSupprimerEt l'anglois se mit à jouer à son véritable niveau un good game le temps d'un crunche, plus compliqué d'effeuiller la rose.
Entre mêlée et défense les points trop souvent faibles français, bien alimentés par un manque de conquête plus constant.
Heureusement Ramos vamos passe les trois points manquants bel et bien au décompte.
Le compte y est au bout du compte, satisfecit du moment mais la fine bouche reste écornée.
L'impression qu'il y avait que de la bière sur la table et peu de vin grand cru.
Il reste que si on veut porter la plume dans la plaie il y a quand même de quoi triturer avant de tout pansementer. Et qu'il va bien falloir investigamenter un peu plus avant de passer à autre chose côté coaching pour assoir un french rugby restant toujours plus dans l'étincelle qu'un incendie incontrôlable.
J'dis ça pour l'année prochaine, allez au pire sur un malentendu. Ainsi va l'ovale français, c'est comme la politique, on promet, on promet😂
Allez FG aux prochaines municipales...