dimanche 11 octobre 2026

Espartignac à la relance

Par où donc commencer ? Difficile de trancher. Dans la panoplie des événements particuliers, le Quinconces n'est pas un moment ordinaire. C'est l'IRL du blog - instant real life - qui permet de mettre un visage, un timbre de voix, une façon d'être sur un nom. Depuis notre premier rendez-vous, en juin 2015, à Bordeaux en marge des demi-finales du Top 14, Côté Ouvert a composé une équipe animée par la passion, la partage et la prospective. Comme les All Blacks - nous, c'est plutôt les All Blagues - voici notre règle des "trois P". 

Après Treignac 2017 et 2018 et Uzerche 2019, puis la césure malheureusement générée par la Covid, nous avons trouvé un nouvel havre d'agapes et de relance à Espartignac, chez Hervé, hôte aussi attentionné que généreux. C'était vendredi et les premiers arrivants ont donné le coup d'envoi à la bonne heure, 15 heures, vite rejoints. Les "historiques" (Sergio, Philou, Benoit, Pipiou, Pimprenelle, Letiophe) ont découvert la relève (Boss, Charrette, Thibault, Xavier), et le groupe a bien vécu : il y avait, comme de coutume, trop de nourritures et de flacons. Mais il vaut mieux faire envie que pitié.

L'invité du jour, samedi après-midi, nous offrit une visite de la salle des machines du rugby professionnel français et le mode d'emploi de ses moteurs que sont le recrutement, les budgets, les contrats, le salary cap, les centres de formation et autres leviers utilisés depuis 1998 et la création de la LNR. Cette guest star fit l'unanimité, comme ce fut le cas auparavant pour Pierre Villepreux, Christian Badin et Joël Jutge, qui nous firent l'honneur d'éclairer nos débats, série en cours, par leurs interventions claires et lumineuses.

Président du syndicat des agents sportifs du rugby français, Miguel Fernandez, formé à Vincennes et ancien demi de mêlée du Stade Français section amateur, n'a pas lésiné sur les anecdotes, les métaphores, les explications, les références historiques, sans jamais refuser l'obstacle d'une question, aussi déstabilisante soit-elle. Pendant deux heures et demi, son honnêteté intellectuelle n'a jamais été prise en défaut et c'est aussi son humour, sa franchise et sa profonde connaissance historique de la balle ovale qui ont séduit les présents.

Commentateur régulier du blog, ce néo-Bordelais était aussi un peu chez lui aux Quinconces, au milieu des champs corréziens et de ses semblables, qui rédigent ici, sur Côté Ouvert, des commentaires pertinents, poétiques et ciselés. A l'écouter avec attention, l'envers du décor n'est pas forcément l'enfer qu'on imagine, de la même façon que tous les agents ne taillent pas le bouc du diable. Le rugby professionnel est une entreprise de spectacle et il est bon de savoir que ceux qui en tirent les ficelles ne cherchent pas forcément à les rompre pour le seul profit.

Récompensés par cette intervention de haut vol, véritable Master Class, nous avons aussi ri et chanté, testé ensemble jusque tard nos connaissances ovales, dégusté des nectars pressés de partout, des mets délicieux préparés avec amour par Sergio, Charrette et leur escouade. Nous avons lu des extraits d'ouvrages, des nouvelles, des poèmes, commenté avec verve Clermont - Bordeaux-Bègles, qui avait bien besoin d'un coup de boost et choisi la date du prochain Quinconces qui sera, en juin prochain, le cinquième du nom.

En trinquant, nous n'avons pas oublié d'envoyer une pensée aux absents, Pom', Kudekask, Frédéric, Jean, Eric, Sylvain, Snaileater et j'en oublie... Si tout a commencé par des cigares, un savoureux calva hors d'âge et une planche charcutière, impossible de conclure ce week-end tant il résonne de bons mots, d'humour et de musique dans un cadre rehaussé par cette douceur corrézienne que nous avons hâte d'apprécier aux beaux jours, au moment où la phase finale du Top 14 nous proposera des heures palpitantes, acmé d'une saison dont l'issue s'annonce incertaine et relevée, même si aujourd'hui le Stade Toulousain et l'Union Bordeaux-Bègles semblent s'être hissés un cran au-dessus de la concurrence.