samedi 11 juillet 2026

Une pleine coupe

Il est des événements qui nous donne le sourire. Hormis la qualification du Onze de France pour les demi-finales de la Coupe du monde de football face à l'Espagne, on ne trouvera pas grand chose d'autre à croquer et ce n'est pas le cavalier seul de Pogacar à la façon d'un Armstrong 2.0 qui va nous dérider sur les routes d'un Tour de France amputé de quelques kilomètres pour cause de four climatique, et dont le seul intérêt réside dans l'avènement d'un dauphin, à choisir entre Vingegaard, Del Toro, Evenepoel, Ayuso et Seixas, séparés par un peu plus d'une minute après huit étapes. Reste ce succès en terre wallaby, dessiné en quarante minutes, les dernières, avec l'aide du banc des remplaçants qui furent là de gros impact. 
Fabien Galthié, en bon maquignon, n'a pas manqué de signaler au coup de sifflet final de la deuxième journée que cette Coupe des Nations était en partie déséquilibrée, certaines nations disputant à l'extérieur leurs rencontres supposées se dérouler à domicile. Du bricolage à l'anglo-saxonne, qui ne tient absolument pas compte de l'équité, qu'une nation latine serait en droit de demander, et d'obtenir. Cela dit, vous n'êtes pas naïf au point de vous interroger sur la toute-puissance d'une institution qui n'a que faire de ces détails et s'en soucie comme de son premier drop-goal. 
Rassemblant les tests-matches de l'été et ceux de l'automne pour construire une nouvelle compétition internationale entre deux Coupes du monde, World Rugby songe d'abord à remplir son tiroir-caisse et quoi de mieux que cette Coupe des Nations pour attirer les sponsors et les diffuseurs télé à défaut du chaland. Et tant pis si un calendrier mal fagoté jette le discrédit sur ce miroir aux alouettes médiatiques et oblige les internationaux à rajouter un match de haut niveau au cul d'une saison énergivore. Il sera temps, de retour du Japon, d'envisager les vacances sous la canicule. En revanche, gouverner c'est prévoir et je m'étonne que ce sujet - les rencontres dispatchées au bon vouloir des organisateurs - ne soit abordé que maintenant et que personne, au sein de la FFR, ne se soit préoccupé de cette disparité.
On a déjà dit que la Coupe des champions, construite de guingois sur les cendres de la Heineken Cup qui réunissait déjà de façon disparate des provinces irlandaises, des franchises écossaises et galloises ainsi des clubs français, italiens et anglais, est la preuve que le rugby ne sera jamais mondial tant il demande une adaptation aux règlements et aux règles édictés par les gros pardessus anglo-saxons qui ambitionnent de diriger, seuls, ce sport, et acceptent du bout des lèvres la présence de nations latines et exotiques dans le seul souci de faire nombre et d'éviter la consanguinité.
Mais tout ce bric-à-brac ne parviendra pas à nous gâcher une deuxième période de rêve, samedi à Brisbane, offerte par une équipe de France bis où seuls Mauvaka, Meafou, Ntamack, Moefana et Brau-Boirie disposaient du statut de titulaires à part entière. On savait les Australiens en difficulté, ils le furent davantage face à la maestria offensive de Tricolores qui sortent d'une saison éprouvante et passent leurs temps dans les halls d'aéroports. Une fois les repères trouvés, les réglages effectués, sous la conduite d'un capitaine de combat en la personne de Maxime Lucu, dont l'humilité le dispute à la pugnacité, la justesse à l'énergie, ce XV de France modelé en fonction d'impératifs qui prennent en compte les temps de repos, les blessures et les polyvalences, donna le meilleur d'un jeu qui nous colle à la peau une fois évanouie la lubie de la dépossession.
C'est vrai, les Tricolores n'ont jamais su ni pu, jusqu'à présent, remporter consécutivement trois rencontres de haut niveau, et la défaite face aux All Blacks, certes de faible écart, nous le rappelle cruellement. Et c'est pour cela, entre autres choses, que la France n'a jamais soulevé le trophée Webb Ellis. Et quel que soit le résultat du prochain test, à Tokyo, face au Japon - on l'imagine favorable -, ce voyage ovale monté à la hâte nous démontre, s'il en était besoin, que la formation française est la meilleure du monde, ce qui est à la fois une consolation mais aussi une frustration.
On suit donc le Onze de France se diriger vers un deuxième titre mondial d'affilée. Quand ils ne sont pas irrésistibles collectivement, les Bleus savent disposer leurs joueurs hors-normes - Mbappé, Olisé, Doué, Dembelé - face au but adverse pour forcer le destin. Et quand les flèches ne trouvent pas la cible, un lien invisible relie alors leurs coéquipiers moins médiatisés et densifie la défense et le milieu de terrain en attendant de meilleures minutes qui, invariablement, finissent par arriver. Je ne sais pas si cette martingale footballistique où le beau geste à toute sa place, peut inspirer les cousins d'Ovalie mais en attendant l'année prochaine, l'aventure américaine d'une bande de copains qui jouent au football comme lorsqu'ils étaient sur le terrain de leurs enfances, en liberté, nous offre de belles soirées et de quoi méditer.

dimanche 28 juin 2026

La défense est fête

 

On gardera de cette finale le souvenir d'un contraste météorologique, d'une chaleur étouffante, suffocante et soudain l'orage d'apocalypse, des éclairs striant le ciel dionysien, prélude à la pluie battante qui obligea l'arbitre de ce Toulouse-Montpellier à renvoyer les deux équipes dans leurs vestiaires respectifs le temps que les conditions soient moins défavorables à la pratique d'une activité sportive. Ce contraste, nous l'avions aussi perçu avant cela sur le terrain quand Montpellier s'offrit la possibilité d'exprimer son jeu, étouffant lui aussi, striant ce match de percussions axiales face auxquelles les Toulousains n'eurent d'autres ressources que de faire front. Et c'est sans doute là qu'ils remportèrent le vingt-cinquième Brennus de l'histoire de leur club.

Que Toulouse conserve son titre grâce à la défense, "ça n'a rien de nouveau, note pour nous Pierre Villepreux. Mais en ce qui nous concerne, la défense est faite pour récupérer le ballon et vite le jouer. Là, c'étaient plutôt des ballons de sauve-qui-peut." La faute à des Héraultais pugnaces dans le secteur du défi frontal. "Je m'attendais à ce genre de match, mais là, il a quand même été un peu spécial, relance l'ancien coach toulousain. Et quand tu vois le jeu de Montpellier, toujours à avancer, à se faire des passes et imposer une présence physique forte, pour contester les ballons..."

Contester ! Avant de parler des rucks débarrassons-nous du sujet qui fâche. Coquins en mêlée, il fallait bien que les Toulousains le soient pour ne pas complétement céder. Dominant  avec Erdocio puis Forletta, le côté gauche héraultais n'a pas été récompensé. De même, la série de fautes cyniques additionnées par les Toulousains en première période (5 pénalités sifflées entre la 11e et la 28e minute), au plus fort des coups de boutoirs adverses, méritait un petit jaune bien tassé. Quant à l'action où Lebel - qui prendra jaune - retient Uelese par le maillot au moment où celui-ci court derrière le ballon et tente ensuite de l'aplatir (44e), ne méritait pas, de l'avis d'experts, un essai de pénalité.

Et pourtant, malgré tout cela, le MHR était contre toute attente en position de l'emporter, mené seulement de huit points à partir de la 63e minute. "Ca se joue à rien," reconnait Pierre Villepreux. Ou à beaucoup. Un lancer un poil trop haut sur une pénaltouche à proximité de l'en-but toulousain (74e), et deux dernières actions mal terminées (76e et 79e). L'effort consenti par les Héraultais explique ce manque de précision et de lucidité dans le money-time et il n'était que de voir les larmes couler sur leurs joues au coup de sifflet final pour mesurer la détresse et la frustration, la peine et le regret de ceux qui avaient obligé les tenants du titre à mettre un genou à terre.

Les Toulousains peuvent se cotiser pour ériger en l'honneur de leur capitaine, Jack Willis, une statue de bronze, voire même d'or, tant sa présence, son abattage et sa précision technique dans les rucks au plus près de sa ligne d'en-but, sauvèrent son équipe d'une défaite. Willis ou l'homme qui sut contenir l'orage ! "Ces ballons récupérés furent déterminants," confirme Pierre Villepreux, pour qui l'essentiel, c'est-à-dire le contenu du jeu, est ailleurs: "Toulouse est parvenu en première période à sortir Montpellier de son périmètre préféré, mais a été privé de ballon ensuite. Et le peu qu'il a eu a été tapé au pied sans grande possibilité de récupération. C'est curieux... Dans ce registre, Dupont et Graou n'ont pas été bons."

Durant la semaine entre Marseille et Saint-Denis, les Héraultais s'étaient promis de ne pas se présenter face à Toulouse en victimes expiatoires, transformant leur statut d'outsider en rage de vaincre. "La possession du ballon et l'occupation ont été à notre avantage, souligne Bernard Laporte, joint au lendemain de cette finale. Mais il aurait fallu être précis et juste, alors qu'on a encaissé deux essais à cause d'erreurs de défense et d'un manque d'attention." 

Et le Tarnais d'ajouter : "A la mi-temps, dans le vestiaire, nos avants étaient très énervés à cause des fautes d'anti-jeu commises dans les mauls, devant les yeux de l'arbitre, qui ne voulait rien sanctionner." Emportements qui servirent de catalyseur et boostèrent les Héraultais à l'entame de la seconde période pour passer de 25-6 à 28-20. Les Anglo-Saxons disent : "Two for tango". Effectivement, il faut être deux pour réussir une finale. Les joueurs et le staff héraultais peuvent rentrer chez eux la tête haute. Quant aux Toulousains, ils savent que ce titre ne leur a pas été offert, qu'ils sont allés le chercher avec les dents. Et les bras de leur capitaine.