En attendant de savoir si cette sortie marseillaise coûtera davantage qu'elle ne rapporte, évoquons le coup de foudre du septième jour, ce Fidji-Australie éblouissant (22-15), joyeux, enthousiasmant. Je garde en écho les encouragements hurlés autour de moi, puis le silence assourdissant de stress lorsque les Wallabies trouvèrent ensuite quelques solutions pour revenir à portée d'essai transformé, puis enfin l'immense soulagement lorsque le coup de sifflet final scella la victoire de ces Fidjiens qui n'avaient de "volants" que l'appellation tant ils pesèrent en mêlée, au plaquage et dans la récupération du ballon au sol, autant d'ancrages terriens dont ils maîtrisent désormais la réalisation.
L'heure fidjienne, tel un parfum, enivre ce Mondial et chaque observateur promet aux magiciens une place en quarts de finale, voire mieux. Comme l'Argentine en 2007, cette génération est arrivée à maturité, disposant même de la plus impressionnante ligne de trois-quarts alignée - Sireli Maqala (Bayonne) - Semi Radradra (Lyon), Josua Tuisova (Racing 92), Nayacalevu Waisea (Toulon), Juita Wainiqolo (Toulon) -, toutes nations confondues. Et puisqu'ils n'ont pas perdu leur inventivité en s'inspirant des préceptes anglo-saxons dont ils ne savaient, naguère, que faire, les voici armés pour franchir un cap.
De leur côté, Portugais, Chiliens et Uruguayens remontent à la source étymologique de ce mot, amateur, qui définit si bien notre façon d'être rugby. Leur style sans retenue, chargé d'émotion et d'engagement, nous transporte dans un tempo de passes, ballon en mains et peu au pied. Nous y trouvons le bonheur simple, mais pas naïf, du rugby des origines. Heureux, décidés à ne cueillir que le jour, ils sortent du troisième chapeau dans lequel sont regroupés les lauréats du dernier tour de qualification mais prennent à chaque sortie un maximum de plaisir et, ce faisant, nous en donnent.
Descendons jusqu'aux Alpes de Haute Provence rejoindre Thierry Auzet et son équipe, concepteurs et organisateurs de la première Coupe du monde des clubs amateurs. Elle regroupera du 23 au 30 septembre cinq cents joueurs, et seize nations s'affronteront lors de quarante-quatre matches organisés à Port-de-Bouc, Saint-Raphaël, Arles, Saint-Maximin, Manosque, Sisteron et Digne-les Bains. Au-delà de cet événement, qui mériterait davantage d'exposition, un lien est déjà tissé avec Perth afin de pérenniser - pour dans quatre ans - l'idée d'une compétition d'envergure ouverte aux amateurs, à ceux qui aiment ce sport convivial, fraternel, parfois heurté, peuplé de personnages picaresques et de belles âmes.
Si vous souhaitez suivre la rencontre entre les Anglais de Rugby - oui, oui, le club de la ville historique - et les Argentins de Roldan, mais aussi les Rhinos américains face aux Gallois de Llandaf, les Néo-Zélandais venus de Te Awamutu, la ville d'où est originaire Ian Forster, l'actuel entraîneur des All Blacks, opposés aux Belges de Frameries - qui eux visent le titre de champions du monde de la troisième mi-temps - , ou bien encore les joueurs de Digne-les-Bains, fiers représentants de la France face à Carrasco, qualifié après un tournoi qui vit s'affronter tous les clubs amateurs chiliens, allez sur la plateforme OTT rugbymondial.tv, en accès direct et gratuit.
Je ne refermerai pas cette chronique sans évoquer la deuxième affiche - après le match d'ouverture - de ce dixième trophée Webb-Ellis, choc tellurique qui opposa l'Afrique du Sud à l'Irlande au Stade de France, samedi soir, promesse d'affrontements sans frein tenue, orgie de collisions qui a, dixit Pierre Berbizier, "lancé cette compétition. C'est le match qu'on attendait. Les deux équipes ont placé la barre haut en terme d'intensité. Le message est clair : il faudra mettre cet engagement pour espérer devenir champion du monde..."
Le perdant trouvera sans aucun doute le XV de France - avec ou sans Dupont, opéré d'une fracture du maxillaire ? - en quarts de finale. Pas certain que ce soit une bonne nouvelle si l'on considère le potentiel destructeur des Springboks sur la ligne d'avantage, la qualité de leur contre en touche et le possible retour d'un authentique buteur bien dans la tradition afrikaner, Handré Pollard, qui n'aura pas grande difficulté à récupérer son poste d'ouvreur de préférence à l'imprécis Manie Libbok, qui oublia dans la nuit dyonésienne un but de pénalité et une transformation.
Au coup de sifflet final de cette Coupe du monde sera publié Côté Ouvert aux éditions Passiflore, recueil des meilleures chroniques de ce blog.

