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jeudi 21 septembre 2023

Celles et ceux qui aiment


La dérive des remplaçants Namibiens
, victimes expiatoires englouties dès la sixième minute sous un score fleuve et record (96-0) par le XV "premium" tricolore au stade vélodrome, nous fait amèrement regretter la blessure d'Antoine Dupont au visage, agression au plaquage dès l'entame de la seconde période. A 54-0, alors que la victoire et le bonus offensif étaient scellés, quel était l'intérêt de maintenir le capitaine tricolore sur le terrain quand sur le banc Baptiste Couilloud piaffait ? Dans ce registre, le K.-O. de Paul Boudehent, ainsi que les blessures au genou de Uini Atonio et de Thomas Ramos ont transformé un festival offensif perlé de quatorze essais en victoire à la Pyrrhus.  
En attendant de savoir si cette sortie marseillaise coûtera davantage qu'elle ne rapporte, évoquons le coup de foudre du septième jour, ce Fidji-Australie éblouissant (22-15), joyeux, enthousiasmant. Je garde en écho les encouragements hurlés autour de moi, puis le silence assourdissant de stress lorsque les Wallabies trouvèrent ensuite quelques solutions pour revenir à portée d'essai transformé, puis enfin l'immense soulagement lorsque le coup de sifflet final scella la victoire de ces Fidjiens qui n'avaient de "volants" que l'appellation tant ils pesèrent en mêlée, au plaquage et dans la récupération du ballon au sol, autant d'ancrages terriens dont ils maîtrisent désormais la réalisation. 
L'heure fidjienne, tel un parfum, enivre ce Mondial et chaque observateur promet aux magiciens une place en quarts de finale, voire mieux. Comme l'Argentine en 2007, cette génération est arrivée à maturité, disposant même de la plus impressionnante ligne de trois-quarts alignée - Sireli Maqala (Bayonne) - Semi Radradra (Lyon), Josua Tuisova (Racing 92), Nayacalevu Waisea (Toulon), Juita Wainiqolo (Toulon) -, toutes nations confondues. Et puisqu'ils n'ont pas perdu leur inventivité en s'inspirant des préceptes anglo-saxons dont ils ne savaient, naguère, que faire, les voici armés pour franchir un cap.
De leur côté, Portugais, Chiliens et Uruguayens remontent à la source étymologique de ce mot, amateur, qui définit si bien notre façon d'être rugby. Leur style sans retenue, chargé d'émotion et d'engagement, nous transporte dans un tempo de passes, ballon en mains et peu au pied. Nous y trouvons le bonheur simple, mais pas naïf, du rugby des origines. Heureux, décidés à ne cueillir que le jour, ils sortent du troisième chapeau dans lequel sont regroupés les lauréats du dernier tour de qualification mais prennent à chaque sortie un maximum de plaisir et, ce faisant, nous en donnent.
Descendons jusqu'aux Alpes de Haute Provence rejoindre Thierry Auzet et son équipe, concepteurs et organisateurs de la première Coupe du monde des clubs amateurs. Elle regroupera du 23 au 30 septembre cinq cents joueurs, et seize nations s'affronteront lors de quarante-quatre matches organisés à Port-de-Bouc, Saint-Raphaël, Arles, Saint-Maximin, Manosque, Sisteron et Digne-les Bains. Au-delà de cet événement, qui mériterait davantage d'exposition, un lien est déjà tissé avec Perth afin de pérenniser - pour dans quatre ans - l'idée d'une compétition d'envergure ouverte aux amateurs, à ceux qui aiment ce sport convivial, fraternel, parfois heurté, peuplé de personnages picaresques et de belles âmes.
Si vous souhaitez suivre la rencontre entre les Anglais de Rugby - oui, oui, le club de la ville historique - et les Argentins de Roldan, mais aussi les Rhinos américains face aux Gallois de Llandaf, les Néo-Zélandais venus de Te Awamutu, la ville d'où est originaire Ian Forster, l'actuel entraîneur des All Blacks, opposés aux Belges de Frameries - qui eux visent le titre de champions du monde de la troisième mi-temps - , ou bien encore les joueurs de Digne-les-Bains, fiers représentants de la France face à Carrasco, qualifié après un tournoi qui vit s'affronter tous les clubs amateurs chiliens, allez sur la plateforme OTT rugbymondial.tv, en accès direct et gratuit.
Je ne refermerai pas cette chronique sans évoquer la deuxième affiche - après le match d'ouverture - de ce dixième trophée Webb-Ellis, choc tellurique qui opposa l'Afrique du Sud à l'Irlande au Stade de France, samedi soir, promesse d'affrontements sans frein tenue, orgie de collisions qui a, dixit Pierre Berbizier, "lancé cette compétition. C'est le match qu'on attendait. Les deux équipes ont placé la barre haut en terme d'intensité. Le message est clair : il faudra mettre cet engagement pour espérer devenir champion du monde..." 
Le perdant trouvera sans aucun doute le XV de France - avec ou sans Dupont, opéré d'une fracture du maxillaire ? - en quarts de finale. Pas certain que ce soit une bonne nouvelle si l'on considère le potentiel destructeur des Springboks sur la ligne d'avantage, la qualité de leur contre en touche et le possible retour d'un authentique buteur bien dans la tradition afrikaner, Handré Pollard, qui n'aura pas grande difficulté à récupérer son poste d'ouvreur de préférence à l'imprécis Manie Libbok, qui oublia dans la nuit dyonésienne un but de pénalité et une transformation.

Au coup de sifflet final de cette Coupe du monde sera publié Côté Ouvert aux éditions Passiflore, recueil des meilleures chroniques de ce blog.

mercredi 21 février 2018

Rugby à l'estomac

Une fois, une seule dans l'histoire du Tournoi des Cinq Nations, une rencontre a quitté ses écrins parisiens habituels, à savoir le Parc des Princes et le stade de Colombes baptisé Du-Manoir. C'était en 1924. Des pluies diluviennes s'étaient abattues sur la capitale jusqu'en sa lointaine banlieue au point que le terrain de Colombes avait été transformé en rizière. Du-Manoir n'était pas Kings Park et ce match contre l'Ecosse fut déplacé au stade Pershing, là où quelques années plus tôt, s'était déroulée une rencontre restée à la postérité grâce aux écrits d'Adolphe Jauréguy, signalant qu'il avait vu là ce qui se faisait de mieux "sans couteaux ni révolvers".

Pershing, donc, terrain militaire, pour y disputer France-Ecosse. Incongru. Mais utile. Il s'agissait de rester intra muros ou presque car les Ecossais, entre autres adversaires, adoraient jouer à Paris, ce "Gai Paris" qui va de la Gaité Montparnasse aux Folies-Bergères, et que par renversement nous appelons "Paris by night". Aux temps pionniers, les internationaux calédoniens se payaient même le déplacement. Etaient sélectionnés ceux qui avaient les moyens de voyager, rugby réservé à l'élite des écoles et des universités privées, jeu de nantis où perdre n'avaient pas vraiment beaucoup d'importance du moment où les règles d'engagement avaient été respectées.

Aujourd'hui me voilà transporté en train vers Marseille. Une avancée dans le passé à l'heure où tout s'effectue en avion. Je vous écris d'un wagon qui fonce vers le destin qui prend place dans l'Orange Vélodrome pour un France-Italie de tous les dangers, match de stress qui a de quoi nouer les viscères bleues au plus serré. Qui aurait écrit que nous craindrions un jour de chuter dans l'abîme par nos voisins transalpins ? Qui aurait imaginé aussi que l'Argentine puis désormais les Fidji seraient un jour devant la France au classement mondial ?

Reconnaissons que le jeu pratiqué par les Italiens, en ce début d'année, est de bien meilleure facture que celui du XV de France. Et seules quelques faiblesses individuelles en défense ne permettent pas aux coéquipiers de Sergio Parisse - lequel a travaillé d'arrache-pied son drop-goal depuis deux ans - d'envisager encore et pour vendredi soir une victoire historique en terre de football. Je dis ça, mais à l'époque où Jean Dop n'était pas confondu avec un shampoing, le rugby à XIII était sport d'élection au vélodrome, laissant au ballon rond le soin d'évoluer en lever de rideau.

En 1955, une foule en liesse accompagnait de la Canebière au stade les vainqueurs du Goodwill Trophy, deux tests à un, en Australie, exploit retentissant sous le capitanat de Jacky Merquey, trois-quarts centre et ouvreur de Toulon et de Cahors à XV, de Marseille, d'Avignon (au moment, où j'écris cela, mon train fait une halte en gare d'Avignon, justement) et de Villeneuve-sur-Lot, international dans les deux codes entre 1950 et 1960. Tout en ayant exercé la profession de pharmacien. Un authentique personnage ovale. Méconnu.

Paris-Marseille avec un expresso. Et un court séjour à Aix-en-Provence où s'entraîne l'équipe de France. Aix qu'on annonçait ce matin recouvert d'un manteau de neige (cf. photo). Quand ça veut pas rigoler, hein ? Mais en arrivant vers midi, magie des tableaux de Cézanne, la Rotonde luisait de soleil sous l'air frais d'un parfum de vacances. Si ce n'est le bruit assourdissant des machines à éventrer la chaussée puisqu'il s'agit de faire passer bientôt en centre-ville un tramway. Nommé désir ?

Le désir, il est pour ces Tricolores d'arracher enfin un succès, et tant pis si c'est la peur au ventre, ils ne sont plus regardants. Reste que surgit un paradoxe au pire, une incertitude au mieux, à associer un tandem Bastareaud-Doumayrou s'il faut par ailleurs aligner Bonneval, Grosso et Fall en triangle arrière. Option prise en force du milieu du terrain - peur au centre, donc - et développement au large dans un deuxième, voire un troisième temps.

Que vaudrait un paseo à Aix-de-Provence sans évoquer deux heures durant en compagnie de Lucien Simon lui Juan Belmonte, moi José Bergamin, l'art de la transmission et du toreo, son silence assourdissant; aussi le sens des passes - et oui toujours - et la mort en face. Lucien Simon qui brigua un temps la présidence de la FFR et pour lequel allait mes suffrages, si j'en avais eu. A deux pas de ce cours Mirabeau dînaient dans le calme et l'oubli qu'il procure les joueurs du XV de France.

Trouve un capitaine et tu auras ton équipe, avons-nous dit : elle sera à l'image de celui qui l'incarne. Faite de pleins et de déliés, ou de vide abyssal, c'est selon. Guilhem Guirado officiait en conférence de presse jeudi au vélodrome de Marseille. Touché, affecté, a-t-il avoué, par la sortie d'Edimbourg, laissant son téléphone éteint pour ne pas répondre aux sollicitations mais affamé, désormais. Aujourd'hui sera un moment de vérité. A porta gayola !