Avant ce week-end étoilé, mon périple homérique, lui, ne fut pas bordé de travaux mais de délices. De Rueil-Malmaison à Saint-Paul-les Dax, un voyage en continuité que j'ai mis longtemps à quitter pour revenir ici chroniquer, attaché aux rencontres qui se sont multipliées, en témoigne une dégustation de cigares au bord du lac Christus pour refaire le monde alors que la nuit tombée semblait ne jamais devoir s'éteindre.
Se reconnaîtront celles et ceux qui accompagnèrent mes deux semaines passées à voguer, chanter, échanger, savourer, rire, admirer, raconter et rêver. Le temps, étiré tant chaque minute recelait de trésors, avait la saveur des lumières d'été qui n'en finissent pas d'éclairer l'existence. Marié aux rebonds de l'art - théâtre, poésie, cinéma, littérature, peinture, chansons, musique - notre rugby version Le Grand Maul s'ouvrait, s'animait, vibrait. J'aurais aimé que cette parenthèse dorée tarde encore à se refermer.
Mais l'appel de juin klaxonne : la dernière journée de Top 14 a livré ses résultats en simultané. Toulon y a laissé ses illusions, exit Montpellier et Clermont. Puis Oyonnax a décroché son titre en deuxième division, sans doute moins important que sa montée en gamme. Ebouriffant, Perpignan s'est offert une nouvelle saison en élite ; incertain, le derby d'Île-de-France à Jean-Bouin s'est donné un vainqueur francilien tandis qu'à l'heure du tout électronique, l'écran vidéo de Gerland est resté noir. Heureusement, Madosh Tambwe s'est invité, déployé, évadé...
Dernier carré, donc, avec pour favoris les deux stades encore en lice, toulousain et rochelais alors qu'ailleurs tout s'accélère, élections, annonces et faits divers. A peine l'occasion de respirer qu'il faut déjà enchaîner et se projeter. Ces demies, annoncées déséquilibrées, vont-elles consacrer tout à l'heure l'ordre hiérarchique ou bien favoriser les outsiders ?
Pour l'anecdote, le stade d'Anoeta est situé à une portée de drop d'Hernani, village du pays basque espagnol qui inspira Victor Hugo dont on sait qu'il finit par remporter la bataille livrée sur son dos entre "classiques" et "romantiques". San Sebastian, pour sa part, regorge de restaurants étoilés : on en compte huit dans un rayon de vingt-cinq kilomètres. A l'exception de Tokyo - prochaine destination de la phase finale, qui sait ? -, aucune ville au monde ne fait mieux. L'endroit tout indiqué pour que le Racing 92 et Bordeaux-Bègles mettent les pieds dans le plat.

