Ce n'est pas encore le Goncourt mais c'est déjà un joli challenge qui s'engage sur cette quatrième édition : choisir le meilleur ouvrage de rugby de l'année. Pour cela comptez sur un jury dont la composition doit tout à l'initiateur de ce projet, à savoir le sénateur du Tarn, Philippe Folliot, et à ses deux piliers, David Reyrat, du Figaro, et votre fidèle chroniqueur qui est, désormais, en période jubilatoire.
mardi 30 septembre 2025
Au fil des lignes
lundi 6 novembre 2023
Lettre ouverte aux ami(e)s
Après La Rochelle à l'invitation de Jean-Pierre Elissalde dans son fief Aux Vieux Crampons jeudi 16 novembre, puis Paris deux jours plus tard dans les magnifiques locaux de la librairie Pédone, rue Soufflot, je serai à Auch mercredi 22 novembre à la librairie Page à Page pour dédicacer Côté Ouvert. Avant de filer à Saint-Pierre-de-Trivisy, via Toulouse et Castelnaudary, remettre en compagnie du jury La Biblioteca, le prix du meilleur livre de rugby 2023. Avec Jean Colombier, Pierre Berbizier, David Reyrat, Laura Di Muzio, Emmanuel Massicard, Max Armengaud, Jean-Christophe Buisson, Didier Cavarot et sous la présidence du sénateur Philippe Folliot, nous avons choisi parmi la trentaine d'ouvrages parus cette année quatre demi-finalistes, à savoir Benoit Jeantet (Le ciel a des jambes), Philippe Chauvin (Mourir fait partie du jeu), Philippe Darmuzey (Dans la peau d'Albajadejo) et Ludovic Ninet (L'affaire Cecillon). Nous y reviendrons dès mon retour.
Pour un auteur, je ne connais rien de plus touchant que de remettre son ouvrage sur le métier puis le porter sur les fonds éditoriaux. En ce qui me concerne, depuis 1984 et Rugby au centre, c'est un bonheur renouvelé. Tenir l'objet-livre me procure l'émotion d'une première fois, mélange d'excitation et de plaisir après avoir trempé pendant huit saisons ma plume dans ce blog. Bleu comme le maillot du XV de France, Chroniques d'un sacre reporté s'ouvre sur une phrase tirée du Voyage avec un âne dans les Cévennes de Robert Louis Stevenson qui raconte ce que ce livre contient d'amitié, de signification et de liberté.
C'est une belle histoire que celle contenue dans cet ouvrage, à commencer par l'idée glissée par un blogueur d'ici, Christophe Bedou, qui consistait à relier quelques-unes de mes chroniques, projet au soutien duquel Patricia Martinez, directrice des éditions Passiflore encrées à Dax, s'est immédiatement portée sans lever le moindre doute sur la réussite de cette entreprise, convaincue comme moi que notre communauté ovale saurait promouvoir ce recueil à la mesure du lien créé il y a plus de douze ans, déjà.
Ecrire, c'est chérir ceux qui nous inspirent, nos premiers modèles, nos références, ceux qui gravent en nous les premières phrases de jeu. D'où l'importance accordée au voyage à Cardiff aux côtés de mon père Jean-Claude. Relater cette odyssée, du moins en partie, constitue sans aucun doute la trace la plus intime laissée dans Coté Ouvert version papier. Je sais à quel point vous partagez ce trait d'union car une figure paternelle ovale est accrochée à nos cœurs.
Au fil des lectures, retrouver la méthode d'Edgar Morin, les axiomes bienveillants de Michel Serres, l'altérité dessinée par Emmanuel Levinas, les préceptes de Jean Dauger et les confessions de Raoul Barrière, revisiter le festin de 1973 à l'Arms Park de Cardiff avec Georges Domercq et admirer une nouvelle fois l'Outrenoir en compagnie de Pierre Soulages, constituent un délice de fins gourmets que j'associe, verres levés haut pour trinquer, à la mémoire d'un glorieux ainé, Denis Lalanne, et de quelques pairs envolés - Jean Cormier et Jacques Verdier. Vous découvrirez au fil des pages - deux cents - la présence de nombreux amis du blog, célèbres et moins connus, écrivains ou internationaux de renom qui nous font l'honneur d'être fidèles à ce rendez-vous hebdomadaire.
Durant le périple de deux semaines que j'ai effectué loin de l'actualité ovale, l'épisode malheureux du quart de finale perdu par le XV de France face à l'Afrique du Sud, il y a déjà un mois de cela, n'a cessé de me poursuivre : amis proches ou lointains croisés n'ont cessé de m'interroger sur les raisons de l'échec. A l'évidence, personne n'a fait le deuil de ce fiasco. Et même si Fabien Galthié assure que la France l'a finalement emporté 37-29 dans le métavers des datas, ce meilleur des mondes dont le XV de France serait le champion, la frustration demeure.
jeudi 22 septembre 2022
L'ovale primé
lundi 1 novembre 2021
Faveur et ferveur
Déjà qu’un seul leur posait problème, alors quand en 1960 les Boniface furent deux - Guy et André - le dilemme gagna en intensité. Qu’ils dominent le Championnat de France sous les couleurs du Stade Montois ne donnait pas pour autant à Guy et André Boniface la possibilité d’être associés en équipe de France : leur furent opposés Jean Piqué, Louis Casaux et Michel Lacome, ce qui les priva jusqu’en 1966 d’une trentaine de sélections ensemble. Durant cette guéguerre, les sélectionneurs gagnèrent un sobriquet - « les gros pardessus » - inventé par l’ancien centre international Jean Dauger, devenu journaliste à Paris-Presse.
Dans le même temps, entre 1957 et 1963, le public avait pris fait et cause pour l’élégant biterrois Pierre Danos au détriment du solide agenais Pierre Lacroix, deux visions du jeu - au large ou autour des avants - qui atteignit son paroxysme quand les spectateurs de Colombes se mirent à huer Lacroix au point que celui-ci, alors âgé de 28 ans, renonça, traumatisé, à poursuivre sa carrière internationale. De la même façon, en 1968, la France fut partagée, et pas seulement sur le terrain politique : sud-est contre sud-ouest, les supporteurs de Guy Camberabero, aveuglés par leur passion, allèrent jusqu’à insulter Jean Gachassin lors d’un match de gala à Grenoble organisé entre deux journées du Tournoi des Cinq Nations. Pour ce poste d’ouvreur face à l'Angleterre, les sélectionneurs évitèrent de choisir - l'histoire se répète : ils titularisèrent le Voultain Guy Camberabero en dix pour placer le Lourdais Jean Gachassin au centre. Et le XV de France remporta le premier Grand Chelem de son histoire.
A partir de 1966 et jusqu’en 1973, Benoît Dauga et Walter Spanghero - géants qui nourrissaient une estime réciproque - furent opposés au poste de troisième-ligne centre. Ils occupèrent vingt-trois fois chacun ce poste stratégique, alternant en deuxième-ligne puisqu'il était impensable de se priver d'eux. Durant cette période, un autre différend d’envergure alimenta la chronique au centre ; quid du duo Maso-Trillo ou de la paire dacquoise Lux-Dourthe. Au final, les Dacquois l’emportèrent (12 associations) sur les frères siamois (7 fois), et la défiance vis-à-vis du pouvoir sportif fédéral personnifié par l’Agenais et ancien capitaine tricolore Guy Basquet, président du comité de sélection, atteignit son acmé.
Les disputes, au sens latin du terme, redoublèrent lorsque de 1971 jusqu’en 1977, l'artiste Richard Astre et l'artisan jacques Fouroux entrèrent en lice pour le poste de demi de mêlée et le capitanat du XV de France, au moment même où Béziers dominait sans partage le rugby français. Michel Pebeyre, Max Barrau et Jean-Michel Aguirre participèrent à cette joute qui vit finalement Fouroux remporter le Grand Chelem en 1977, mettant fin à cette parenthèse. Ce poste de demi de mêlée suscita encore d’intenses discussions après l’éclosion de Jérôme Gallion (Toulon) dans le Tournoi 1978 : Yves Lafarge (Montferrand), Jean-Pierre Elissalde (La Rochelle), Pierre Berbizier (Lourdes), Adrien Mournet (Bagnères) et Gérald Martinez (Toulouse) revendiquaient légitimement leur part de lumière et tous se partagèrent les sélections jusqu’en 1985 et la titularisation définitive de Pierre Berbizier, devenu agenais l’année suivante, maître à jouer du XV de France et accessoirement meilleur neuf de la planète rugby jusqu’à l’issue du Tournoi 1991.
Durant cette période, le Toulousain Denis Charvet fut lancé au centre de l’équipe de France, associé dès 1986 à Philippe Sella. Rapidement, l’entraîneur du XV de France, Jacques Fouroux, le mit en concurrence. A la vélocité de Charvet, Fouroux préféra à quinze reprises entre 1987 et 1989 la carrure d’Andrieu et la puissance de Franck Mesnel, quintaux sur la balance. Il fallut alors l’intervention du président de la République, François Mitterrand, pour que l'Eliacin Charvet réintègre le groupe France alors en partance pour la Nouvelle-Zélande. C’est dire jusqu’où il était nécessaire de remonter pour que cesse les polémiques. Peut-on imaginer aujourd'hui le chef de l'Etat, ou son Premier ministre, fan de rugby, opiner à l'heure de la composition d'un XV de France lancé vers les tests de novembre ?
A l'occasion de la publication de Jeux de lignes (éditions Privat), nous sommes invités, Benoit Jeantet et moi, à participer à une table ronde, dimanche 7 novembre à 14 h 30 (salle l'Ouvroir), dans le cadre de la Foire du Livre de Brive, sur le thème "Littérature et sports". Débat animé par Hubert Artus, avec Yann Bonato, Jérémy Le Bescond et François Chevalier. Nous vous y attendons.
samedi 28 août 2021
Sur les ailes du verbe
Tout commence, pour Benoit, par un essai. Plus précisément une percée, sans laquelle ou plutôt par laquelle il deviendra plus tard écrivain : fulgurance dans l'espace soudain ouvert par la magie d'une passe, trait de lumière striant la finale entre Toulouse et Toulon. Celle de 1989. Chacun d'entre nous dorlote son joli souvenir, parfois une révélation quand d'autres fêtent l'épiphanie. Demain, un auteur en herbe racontera son exploit en rouge et en noir, celui de Cheslin Kolbe prenant appuis à Toulouse pour débouler à Toulon, soudainement revalorisé. Reste que, tous, nous pouvons dater le moment où le rugby est entré dans notre existence pour la nourrir. "Courir ! S'il existe une activité plus réjouissante, plus euphorisante, qui nourrisse davantage l'imagination, j'ignore laquelle", assure l'auteure Joyce Carol Oates.
Denis Charvet, qui s'adonne à l'écriture depuis son départ des terrains, ne courait pas, non, il survolait cette rencontre et ne devait plus toucher terre après cela, joignant ses mains comme pour remercier cette forme aboutie de providence horizontale qu'est le jeu de ligne, ce style d'attaque où le regard précède toujours le geste, lequel supplante les autres mouvements par son invitation à aller de l'avant en se tournant vers l'arrière pour y transmettre le ballon comme on se passe le mot. Sorti d'une mêlée épistolaire qui dura une année est donc entre vos mains Jeux de Lignes, publié chez Privat. Nous l'avons imaginé comme une passerelle construite à quatre mains qui relie littérature et rugby, et dans cet ordre pour toutes les raisons qui alimentent l'ouvrage.
Notre ouvreur est un demi de mêlée, et pas n'importe lequel : Dimitri Yachvili, digne successeur de Pierre Albaladojo et de Fabien Galthié dans le petit écran, fin stratége dont on connaissait la précision et la pertinence du jeu au pied. Lui aussi a découvert la puissance régénétratice de l'écriture une fois ses crampons remisés et nous a offert en premières lignes une partie de son "je" à la main. "Ainsi l'écriture a réveillé ma confiance", avoue-t-il dans une préface subtilement délivrée en profondeur. Et plus loin, cette évidence distillée du bout des doigts : "La littérature anime et bonifie souvent le sportif dans tout son Être", au sens philosophique du terme.
La petite bibliothèque paternelle, principalement ovale, fut mon premier terreau, terrain d'entraînement à la lecture des Anciens, Denis Lalanne et Henri Garcia, comme on parle d'Homère et d'Horace. Ils me firent voyager dans l'hémisphère sud et tourner le regard vers Colombes. Si je peux me permettre de paraphraser Friedrich Nietzsche, les deux compères, magnifiques conteurs bleus, me procurèrent un ravissement artistique inégalé par l'effet de cette langue écrite en mosaïque de termes, "où chaque mot par son timbre, sa place dans la phrase, l'idée qu'il exprime, fait rayonner sa force à droite, à gauche et sur l'ensemble, dans l'énergie des signes. Tout cela est noble."
Ma première évasion ovale s'intitulait Quinze Coqs en colère, odyssée publiée à l'issue d'une tournée de géants en Afrique du Sud où Pierre Villepreux, Christian Darrouy, Jean-Pierre Lux, Claude Dourthe, Jean Trillo, Claude Lacaze, Guy Camberabero, Michel Sitjar, André Quilis, Christian Carrère, Benoît Dauga et Walter Spanghero illustrèrent à la fois le French Flair et la confusion, l'esprit de corps et la rébellion, "non seulement parce que c'est beau mais aussi parce que ça gagne." De cet axiome, doublé d'une spectaculaire démonstration, naquit ma vocation : écrire autant d'odes que possible au rugby. Et s'il me fut donné plus tard l'occasion de rencontrer certains de ces mythes de jeunesse, dont quelques-uns me font l'honneur de leur amitié, jamais pareille gratification n'avait enveloppé mes rêves.
Dans un entretien placé en épilogue, Pierre Villepreux, auteur en 2011 de son autobiographie, trace quant à lui un trait d'union entre littérature et rugby sur la base du rythme, considéré comme l'une des composantes du style : "Si tu n'es pas en phase avec le rythme, tu ne joues pas juste. La capacité à se trouver au bon endroit, au bon moment, tu ne peux l'avoir que si tu maîtrises la notion de rythme. Si tu arrives trop tôt, tu ne passes pas ; si tu arrives trop tard, tu ne passes plus." On trouvera difficilement meilleure image pour illustrer ce qui assemble à la fois la littérature et le rugby.
Dans notre ouvrage, il est aussi question d'Albert Camus et de Jackson Pollock, d'Ernest Hemingway et d'Arthur Honegger, de James Ellroy et de Robert Delaunay, de Boris Vian et de Matthias Sindelar, de Zinedine Zidane et de San Antonio, de Jim Harrison et de Rutebeuf, de Georges Perec et de Stendhal, d'Annie Ernaux et de Françoise Sagan, de Julio Cortazar et de Ian Fleming, décalages créés par le souhait pluriel qui fut le nôtre au long de cette rencontre rebondissante entre deux univers. Et, ludus pro scriptura, notre bibliothèque "idéale" - là-même où commença notre association - figure dans un temps additionnel qui recèle d'autres surprises.
En conclusion, parce qu'il faut savoir clore ce qu'on a engagé, partageons la réflexion offerte par l'ami Christophe Schaeffer, ancien demi de mêlée de Plaisir et nouvel héraut de la reliance, en prolongement d'une pensée du philosophe Vladimir Jankélévitch (qui enseigna à Paris de 1952 à 1975) au sujet du Sixième chant d'Homère : "Quand Ulysse rejoint finalement Ithaque, il se trouve en prise avec un sentiment nostalgique effroyable. Il comprend à ce moment que sa quête, c'est le voyage, pas le but atteint. Sa quête, c'est le manque permanent qui va lui permettre de cheminer encore. C'est un désir infini, qu'il porte en continu." Ce même désir que, je l'espère, vous découvrirez en sous-texte dans nos jeux de bouts de lignes, hissés que nous fûmes, Benoit et moi, sur les épaules de géants.
samedi 3 juillet 2021
Fermé en juillet
Il est maintenant temps pour moi de baisser le rideau sur une saison dont la queue de comète éclaire les terres australes, trois tests du XV de France chez les Wallabies à huis-clos et surtout une tournée des Lions britanniques et irlandais en Afrique du Sud qui s'annonce tellurique. Pour les vacances, si vous voulez rester disponible au ras du ruck, je vous conseille Rugby, amour et fantaisie - 50 histoires du monde d'avant, écrit par mon ancien collègue de L'Equipe et toujours voisin dans l'Essonne, Francis Delteral (éditions Solar).
Rugby d'un autre temps ? Pas certain car il y a aujourd'hui Melvyn Jaminet, Gabin Villière, Teddy Iribaren, Brice Dulin, Antoine Dupont et Arthur Retière pour perpétuer l'esprit du jeu tel que magnifié par Antoine Blondin et que l'on retrouve dans l'introduction de ce florilège d'anecdotes pour beaucoup inconnues du grand public. "L'initiative du plus fragile peut abolir un labeur de bâtisseurs de cathédrales. Car il n'existe pas de joueur de rugby, il n'y a que des équipes. Les grands sautent, les petits s'infiltrent, les lourdes s'enfoncent, les légers s'évadent. Et s'il faut de tout pour faire un monde, sur le pré il faut du monde pour faire un tout."
Débordant sur le titre d'une romance de Luigi Comencini, Francis Delteral nous plonge dans la comédie du rugby, avec ses personnages truculents et picaresques, mais aussi quelques figures oubliées, toutes générations confondues. Ainsi André Lannes, Alain Porthault, André Lubrano, Michel Debet, John Noble, Max Godemet, Jérôme Riondet, Philippe Leroy-Beaulieu, Pierre Ramouneda, Charles Rocca, Andy McDonald, Philippe Lebel, Andy Ripley...
De notre côté, Benoit Jeantet et moi affinons notre manuscrit mis en page aux éditions Privat, intitulé Jeux de Lignes - Littérature et rugby, un ouvrage qui sera publié fin août et qui doit beaucoup à notre blog Côté Ouvert puisque le socle de ce livre est construit sur l'idée d'un lien entre les romanciers et la balle ovale qu'il était prévu de développer lors du Quinconces d'avril 2020 à Uzerche reporté pour cause de Covid. Rien ne se perd, tout se transforme...
Avec une sensibilité toute vibratoire, Dimitri Yachvili nous a honoré de sa préface, lui qui s'essaye aussi depuis quelques temps à l'écriture, essai qui se referme sur une interview de Pierre Villepreux, auteur de Intercalé (Hugo et Co, 2011), expérience d'écriture qu'il détaille et associe au tempo d'un match... Avant de nous retrouver début août, voici trois crochets intérieurs qui aiguiseront, je l'imagine, votre curiosité : le regard que Pierre Berbizier porte sur Jack Kerouac, les raisons pour lesquelles Jean Bouilhou a prénommé sa fille Dalva, la rencontre entre Dominique Harize et Kléber Haedens... D'ici là, bonnes vacances !
vendredi 25 décembre 2020
2021 à pleines mains
jeudi 14 mai 2020
Garuet, vers de contact
Il n'y a donc pas de force que basque et, dans les années quatre-vingt, le Lourdais Jean-Pierre Garuet s'inscrivit dans cette recherche d'excellence, lui l'ancien flanker formé à l'école montoise. Mais le plus célèbre marchand de pommes de terre de l'hexagone a poussé notre étonnement très loin quand je lui ai demandé, durant ce confinement, où il puisait ses sources d'enchantement.
"Je suis porté sur la poésie", nous a-t-il dit d'un ton gracieux. Passion qui remonte à l'enfance. "Dans ces âges d'adolescence, je suis parti en pension dans le privé, du côté de Nay, et quand j'étais sanctionné, au lieu d'écrire bêtement des lignes en guise de punition, mon professeur nous demandait d'apprendre par cœur un poème. Et bien ça m'a plu et ça m'est resté. Depuis, je m'entretiens régulièrement en récitant Ronsard, Du Bellay, Lamartine, Victor Hugo, La Fontaine, Verlaine. Je m'y régale." On peut surtout imaginer quel élève dissipé il fut pour avoir appris autant de vers en retenue...
A Lourdes, surtout à Lourdes, la bure ne fait pas le pénitent. "Les gens se trouvent surpris de voir ce gros pilier aimer la poésie. Ce n'est pas que nous sommes incultes mais, nous, devant, nous passons pour de gros bourrins, et ça me faisait plaisir quand je jouais de montrer que de temps en temps, je pouvais déclamer un petit poème et de les surprendre. Et parfois, ça me vient naturellement et je me récite, juste pour moi, quelques poèmes." Nous l'écoutons déclamer, à l'autre bout du fil.
Comme d'autres avants internationaux de sa génération, Jean Condom et Pascal Ondarts, par exemple, ou ceux de la génération d'avant, tel le troisième-ligne international agenais Michel Sitjar, Jean-Pierre Garuet est un émotif. "J'aime la subtilité contenue dans la poésie. Elle me touche. Je suis très sensible aux effets de la rime. En fait, je suis un sensible. Très sensible, hop là... C'est peut-être ma face cachée. Parce que lorsque tu es joueur de première-ligne, jamais tu ne montres vraiment qui tu es. Ton adversaire ne doit rien percer de toi. C'est quelque chose qui t'appartient. Pour faire le moine, en mêlée, il faut revêtir l'habit, comme on dit."
Il y a ce que l'on partage et puis ce qu'on ne voit pas. L'intimité d'une équipe, ces petits moments, ces instants minuscules, qui tissent les liens. "Même si le milieu rugbystique n'est pas vraiment porté là-dessus, en tournée ou simplement en troisième mi-temps, sans vouloir me mettre en avant il m'est néanmoins arrivé de réciter des poèmes. Mais seulement devant mes copains, seulement eux, c'est-à-dire un petit nombre de coéquipiers choisis, comme mon ami Didier Sanchez, pas exemple. Pas grand monde, en fait..." René Char, ancien deuxième-ligne, aurait apprécié.
Il faut imaginer Jean-Pierre Garuet, Horace très coriace, marquer sa journée d'une tirade, déclamer pour lui seul. Mais pas que. "Il m'est arrivé de surprendre quelques dames journalistes en leur récitant des poèmes. Elles venaient réaliser un reportage sur les gros piliers de rugby, des gars qu'elles prenaient pour des balourds, et ça les surprenait... Sans être bac plus cinq, on a fait un peu d'études, quand même... Se battre sur un terrain, oui, de trois heures à quatre et demi, mais après il y a une vie." Rimée.
Vous le savez, nous travaillons, Benoit Jeantet et moi, sur le trait d'union placé entre la littérature et du rugby. Au contact des internationaux, j'avoue d'heureuses surprises, des échanges fructueux, des rebonds favorables. Même si le rugby professionnel, ainsi que le constate Alain Gaillard, est "acculturant", il ne faut jamais désespérer de la suite. Jean-Pierre Garuet, l'un des derniers amateurs, regrette pour sa part, mais sans généraliser, l'usage immodéré du pouce plutôt que le travail de mémoire.
"Aujourd'hui, les jeunes internationaux qui partent en tournée se regardent la main où il y a le téléphone, nous, pour passer le temps dans l'avion, en emmenait des bouquins. Moi, c'étaient des anthologies de poésie." A ce titre, ceux qui sont sensibles à cet art se procureront Notre rugby, de Pierre Présumey (Hauteur d'homme, 2016) ainsi que Rugby et poésie, de Eric des Garets et Donation Garnier (Atelier Baie, 2014). Ainsi donc la rime et le rugby s'arriment.
dimanche 26 avril 2020
Lire, écrivons-nous
jeudi 21 novembre 2019
Contrôles idoines
Première précision avant d'aller plus avant : ces quinze questions - et donc les réponses idoines - ont été publiées dans les cahiers d'été 2012 de L'Equipe. Un lecteur fidèle en serait donc venu à bout à condition qu'il travaille sa mémoire, sauvée du vent. Mais sept ans, et plus, cela peut sembler lointain. Après contrôle d'huissier, vous êtes cinq ex-aequo en tête : Le Gé, Landais, Sergio, Pipiou et Lulure avec onze réponses exactes sur votre première tentative.
Pour commencer, réglons le cas des six questions qui ne posent, visiblement, aucun problème. Pour ceux qui ont trouvé la fiche technique d'Invictus, Scott Eastwood occupe le poste de demi d'ouverture, personnage central de la finale 1995 puisqu'il décoche le drop-goal gagnant. A noter qu'à l'instar d'Abdel Benazzi, Joel Stransky est passé par Cahors à la fin des années 80 dans ce Lot qui est aujourd'hui l'épicentre du rugby français.
Concernant Antoine Blondin célébrant les provinces dans une de ses chroniques, vous avez capté le style du chantre, même si le cousinage de Pierre Mac Orlan pouvait semer le doute parmi les grands esprits. De même, lorsqu'il fut question d'associer les deux clubs qui décidèrent de constituer une équipe de rugby avec, non pas vingt, mais seulement quinze joueurs, il ne pouvait s'agir, en 1875, que d'Oxford et de Cambridge, creusets d'intellectuels créatifs - ce n'est pas un oxymore - alors que Cork n'a été fondé qu'en 1892, Selkirk en 1907 et North Harbour en 1985.
L'anecdote incontournable de l'infortuné pilier anglais Colin Smart - qui ne porte pas bien son nom - gagnant un pari en avalant le contenu d'un flacon d'after-shave au banquet raconte l'ère amateur et ce n'est pas sous Eddie Jones que pareille dégustation aurait trouvé place. A noter que vous associez de bon pied la rime riche en bout de ligne, fut-elle des chemins de fer, à l'épique du Chardon (question 13) et, pour finir, un petit clic permet de vérifier que le compositeur Arthur Honegger, qui découvrit le rugby au Havre, perçut à Colombes en 1928 la mécanique du jeu, son souffle, son élan et sa puissance évocatrice.
Six points s'offraient à vous, odyssée complétée par la combinaison 8-9-10 qui dirige le jeu. Surprise, le premier match international s'est déroulé un lundi : le voyage - visiblement harassant puisque par étapes - de Londres à Edimbourg occupa le samedi et une grande partie du dimanche. Les amateurs éclairés, qui ne vivaient pas d'un salaire, purent jouer au rugby à Raeburn Place, une butte de terre officiant comme tribune. Pour évoquer le premier remplaçant de l'histoire, relisez ce que notre bloggeur vélocipédiste André Bœuf a mouliné d'éclairant sur Mike Gibson. Quant à Jean-Louis Guillermou, en un clic, vérifiez qu'il effectua des études de journalisme : un stage à L'Equipe s'imposait. Ayant été sur le tournage, je vous le confirme. Vous voilà à neuf points.
Vous êtes entrés dans le dur avec les question 5, 11 et 14. Dans plusieurs hors-séries, j'ai utilisé la citation que m'a servi Thomas Castaignède, qui porte bien le tuxedo. Concernant Béziers engagé dans la première compétition européenne, vous trouverez le détail de l'histoire dans le recueil de chroniques et de nouvelles intitulé Les Oblongues. Quant au maillot de Serge Blanco, l'anecdote est au moins dans L'Equipe du 11 juillet dernier, quand James s'en est allé. Nous voilà donc à douze points, total qui n'a pas été atteint.
La question 7 traitait de la présidence des Etats-Unis. Ronald Reagan, excellent joueur de football américain, était le meilleur des quatre pour manier une balle ovale. Mais il n'a jamais joué au rugby. Au contraire de Bush Jr - une vraie teigne -, de Bill Clinton (solide deuxième-ligne d'Oxford) et de J.F.K., un peu dilettante à Harvard considérant qu'il souffrait atrocement du dos. Reste maintenant celles qui ont été pour vous les plus difficiles, à savoir les questions 2 et 4.
En 1997, fasciné par la performance de Jonah Lomu, d'origine tongienne, le roi Tupou IV décide de baptiser un volcan nouvellement émergé du nom de la star All Black. Mais depuis, ce volcan haut d'une dizaine de mètres et dont la dernière éruption date de 1999, ne fait qu'affleurer la surface. Pour finir, avant de devenir Casque d'Or, Jean-Pierre Rives a découvert la forme ovale d'un ballon à douze ans, à l'initiative de son cousin. Puis il a été trainé en club par son père qui le trouvait "trop endormi".
Les bonnes réponses sont donc : 1a, 2b, 3c, 4d, 5a, 6b, 7b, 8d, 9b, 10a, 11a, 12b, 13a, 14d, 15c. Merci à ceux qui se sont prêtés au jeu et à la semaine prochaine pour de nouvelles aventures.
dimanche 6 octobre 2019
Assistance public
mardi 4 septembre 2018
Avancer à tétons
En rédigeant cette chronique, me voilà torse nu. Et vous vous en foutez. Vous avez raison. Mais c'est désormais à la mode. D'où l'avantage d'être Constance... On peut néanmoins croire que pour d'évidentes raisons, montrer ses seins à la radio n'a que peu d'intérêt et ne touche pas le bon sens. Mais non. Sachez-le, tout est filmé : nos rues, certains ébats et donc les débats radiodiffusés. L'aphoriste Jean-Pierre Rives reconnaissait pour sa part trois choses inutiles : «Les seins d'une nonne, les couilles du Pape et les questions posées à l'arbitre à la fin d'un match.» Il pourrait y ajouter les modifications au règlement pour rendre le rugby moins traumatisant.
Interrogé récemment par Carole Gomez, chercheuse à l'IRIS, au sujet de l'évolution de notre sport, j'ai bien été obligé de lui avouer que depuis 1995 que le rugby était devenu open, la courbe exponentielle des changements de règles, aussi vertueux soient-ils, avaient radicalement transformé un sport d'évitement et de contact en sport d'empêchement et de destruction. Nous nous trouvons aujourd'hui à un moment charnière : la pratique de notre sport deviendra universelle ou ne sera plus.
Il y a vingt ans, le rugby français basculait à son tour : après trois ans de réflexion, la FFR, sous la présidence de Bernard Lapasset, choisissait de quitter la gangue amateur. Naissait aussi la LNR, égrenant ses clubs pros. Ce changement de paradigme paraissait vital à l'époque, et il l'était. Pour en finir avec l'amateurisme marron, les contournements fiscaux et les dessous de table. Mais personne n'imaginait à quoi ressemblerait le jeu. Vingt ans après ce choix, seules les fédérations anglaises et françaises sont dans le vert, seuls les championnats de clubs français et anglais sont solvables.
Comme l'axe franco-allemand construisit l'Europe d'aujourd'hui, le duo franco-anglais mène l'ovale dans tous les domaines. Sauf dans celui de la pratique, dominée par les idées du sud. Mêlée redressée, touche élaguée, ruck nettoyé, passe «légèrement» en-avant acceptée sous conditions, arbitrage vidéo modèle court métrage, remplacements démultipliés : jamais sport n'a autant tordu son ADN en voulant le fluidifier. Sans y parvenir.
Le rugby a longtemps été considéré comme viril mais correct, sport de voyous pratiqué par des gentlemen, et la loi du talion une façon consensuelle de régler à l'amiable les litiges. On recevait autant qu'on donnait, on prenait parfois cher mais en y apprenant autant. L'esprit plutôt que la lettre, en somme. On montrait son cul sur les quais de gare ou à l'arrière de l'autocar, et ça ne tournait pas en boucle comme est devenue virale la vidéo de cette humoriste qui avança dans sa chronique à tétons.
Il en existe huit types, si l'on en croit les connaisseurs, et c'est à partir de cette ligne allant d'un point à l'autre que la législateur va tracer la limite au-delà de laquelle le plaqueur ne pourra plus aller. Puis elle descendra année après année jusqu'au bassin. Les âmes ne sont pas blessées dans ces arrêts-buffet mais bien les corps. Et les cœurs à l'arrêt. Cette décision d'abaisser la ligne permettra peut-être d'inclure les nations émergeantes des continents Asie, Amérique du Sud et Afrique au grand concert international ; aussi de rassurer les mères de familles au moment d'inscrire leur progéniture à l'école de rugby.
Dans un riche entretien réalisé par Simon Valzer pour le dernier Midol Mag, à la question "A quoi ressemblera le rugby dans vingt ans ?", Christophe Urios a répondu : «J'espère juste que deux ou trois choses ne seront pas perdues comme l'essence de notre jeu d'abord qui est l'amitié. Je souhaiterais aussi que les entraîneurs gardent leur dimension d'éducateurs, et que leur mission ne se borne pas à la victoire à court terme. Il faudrait mettre les meilleurs entraîneurs auprès des jeunes ainsi que les meilleurs préparateurs physiques, comme réintroduire le rugby à l'école. J'ai été assez impressionné par ce qu'a fait l'équipe de France de football au dernier Mondial. J'ai trouvé que cette équipe avait réussi à donner une dimension humaine à son aventure. Inspirons nous de son exemple.»
J'ai appris ce jour dans une notice nécrologique de Libération le décès de l'ancien grand éditorialiste de L'Equipe, Gérard Edelstein, à 84 ans. Cultivé, intransigeant, entré dans la profession en 1956, il personnifiait l'éthique faite homme aux yeux du jeune journaliste qui passait pour la première fois en 1985 sous l'arche de la rue du Faubourg-Montmartre. Chaque jour ou presque de la semaine, sa chronique sans fard était attendue et scrutée. Toujours stylée, elle donnait le ton et nous réveillait. Personne n'y échappait, pas même ses confrères, enfin ceux qu'il jugeait coupables d'errements. Car il avait le jugement sûr, Gérard Edelstein. Et des convictions. Ses mots pesaient, évalués au trébuchet. Ce point final lui est dédié.











