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dimanche 16 mars 2025

Premiers, promis

 

Rien ne se déroule jamais comme nous l'avions imaginé. Sans doute parce que nous aimons trop que la réalité colle à nos envies. Surtout en rugby, encore plus quand on est Français. Depuis que le ballon ovale a touché Le Havre par la Porte Océane avant de rejoindre les berges de la Seine à Paris, ce que l'esprit français a de plus décalé s'est entiché de ce jeu de rebonds capricieux, de règles à rallonge et d'affrontement, dont la principale caractéristique consiste à mêler la lutte et la course pour arriver à cette synthèse que Charles Muntz, le premier d'entre les arbitres français, polytechnicien et artilleur, résuma d'une formule indémodable : "Le rugby est un jeu d'échecs joué à toute allure."
Ainsi donc, alors que la visite des Ecossais à Saint-Denis s'annonçait par des airs de fête, cornemuse inclus, le génie français n'a rien trouvé de mieux qu'une grosse trouille pour épicer le plat au-delà du supportable. Qui pouvait imaginer que ce XV du Chardon mènerait 13-10 à la demi-heure de jeu par la grâce d'un modèle de passe intérieure de Finn Russell à son ailier Darcy Graham pour frapper droit au cœur de la défense française, et qu'il s'en faudrait d'un crampon - celui de Blair Kinghorn - posé sur la ligne de touche pour que l'essai de Tom Jordan soit refusé juste avant le retour au vestiaire ?
Comme l'a écrit samedi soir avec humour un internaute sur le site de L'Equipe, "tout a changé à la mi-temps. La chanson de Louane a été diffusée dans le vestiaire visiteur. Plusieurs Ecossais, qui n'avaient jamais entendu de variété française, ont dû répondre au protocole commotion. Ca a pesé pour la suite." Une suite qui vit Louis Bielle-Biarrey entrer à pleines foulées dans la galerie des illustres avec son huitième essai, égalant un record vieux d'un siècle et détenu jusqu'alors par deux légendes, l'Anglais Cyril Lowe et l'Ecossais Ian Smith, à l'époque pionnière où le Tournoi n'était disputé que par cinq nations. 
S'il propose le meilleur, en témoignent ses passes lasers en début de rencontre, tout en étant capable du plus grand n'importe quoi, Finn Russell s'illustra comme l'orchestrateur d'une première période toute à l'avantage de son équipe, avant d'être celui qui permit au XV de France de reprendre le fil d'un match qu'il avait cassé. Sa passe-croisée manquée - c'était la bonne option mais distillée un poil trop tard -, le ballon qui trainait fut prestement récupéré et termina dans les mains de la fusée bordelaise. A partir de cet incident de parcours, le Flying Scotsman se mit à dérailler.
Quelle que soit notre profession, nous avons au moins une fois été inspirés par un de nos aînés. Pour ma part, plus qu'un autre, Denis Lalanne fut celui-là. Qu'il évoque le French Flair au détour d'un de ses ouvrages me lança en 1983, avec Jacques Rivière, dans la rédaction de Rugby au centre. Contribuant plus tard à enluminer un ouvrage sur les Barbarians français, il livra une chronique dans laquelle scintillait un diamant dans son écrin de prose, et après l'avoir gardé comme on préserve un trésor, je l'ai livrée pour, je l'espère, le plus grand bonheur des lecteurs de L'Equipe. La voici : "Comme l'âme du vin chante dans les bouteilles, non dans la législation des vignes ou la comptabilité des châteaux, de tout temps l'esprit du jeu n'a jamais vraiment existé que dans le cœur des hommes."
Le métronomique Thomas Ramos dépassant le fantasque Frédéric Michalak au classement - modeste à l'échelle mondiale - des meilleurs réalisateurs français, aucun record n'effacera de notre mémoire la majesté de Pierre Albaladejo, l'opiniâtreté de Titou Lamaison ou l'élégance de Dimitri Yachvili. Que l'ère soit désormais aux datas n'apporte finalement pas grand chose à l'épique et à l'épopée dont se nourrit le rugby. A l'inverse, disparaitra la fière performance écossaise au profit du classement dont va jouir quelques temps encore le XV de France.
Comme une histoire sans cesse recommencée, la belle inconstance du XV de France annonce des rencontres bancales et des exploits sidérants, des peurs bleues à venir et des joies d'arc-en-ciel, d'autres records mais aussi d'autres remords. De la même façon que les All Blacks, martyrisés à La Beaujoire en 1986 par un XV de France de grande férocité construisirent leur succès final lors de la première Coupe du monde un an plus tard en se répétant "Remember Nantes" comme un mantra, il faut espérer que l'échec de Twickenham permette à cette génération tricolore - qui n'a toujours pas banni certains gestes de son répertoire - d'atteindre une plénitude.

mercredi 8 mars 2023

Dans le Temple

C'est à partir de ce stade que furent imaginées dès 1909 les enceintes rugbystiques à venir. Ses dimensions font référence : soixante-dix mètres de large, un peu plus de cent de long. Cent deux, très exactement. Soit la différence entre un essai accordé et un autre refusé. Une herbe grasse tondue plus haut que la moyenne : une affaire d'inch, au millimètre près. A proximité de Greenwich, on ne badine pas avec les mesures.
Il y a toujours une première fois. Professionnellement, ce fut à l'automne 1988 pour Angleterre-Australie et les débuts de capitaine d'un dénommé Will Carling, diplômé de psychologie. Les sièges de Twickenham n'étaient plus en bois mais il en restait des vestiges, tout en haut, dans l'ancienne tribune télé et radio collée au toit, dans l'axe de la ligne médiane. Mais le cadre était nettement moins émouvant que l'Arms Park de Cardiff, même rebaptisé à cette époque-là National stadium, nappé de chœurs d'hommes descendus des vallées de la Rhonda.
Située plus en amont, ma première visite, adolescent, dans ce lieu habité par l'esprit des origines garde le goût du single malt par un samedi de septembre 1977. Mon copain Joël, bassiste du groupe de rock que nous avions fondé avec Eric et Freddie, m'avait entraîné à Londres - London calling - et nous logions, lycéens, chez sa cousine, chanteuse d'opéra qui nous réveillait tôt le matin au son de ses vocalises.
En lisant The Times, j'avais découvert que se disputerait une rencontre de rugby annoncée exceptionnelle entre les Lions britanniques et les Barbarians. Nous étions parvenus à acheter deux tickets - pas bon marché - à la dernière minute, et nous voici dans le train en direction de la banlieue ouest. La foule nous avait embarqués jusqu'aux portes du stade dont les tribunes, couleur kaki, se détachaient sous un soleil radieux.
Entourés de gentlemen d'Epsom en Barbour, nous nous sommes retrouvés juste à l'entrée du couloir qui mène les joueurs vers la pelouse. Nos distingués voisins avaient apporté de rutilantes victuailles dans leurs valises en osier - couverts en porcelaine inclus - et des flasques gorgées de whisky dans la poche intérieure de leurs vestes en tweed. Pendant le protocole qui n'en finissait pas, ils partagèrent avec nous leur festin d'autant mieux que la troisième-ligne magique du XV de France Skrela-Bastiat-Rives sertissait les Barbarians que nos nouveaux amis étaient venus encourager à pleine voix.
Je n'ai aucun souvenir du score et visiblement, il importait peu. Mais j'ai encore devant les yeux et presque à portée de mains, au ras de la pelouse, les passes de Gareth Edwards, les crochets de Gerald Davis, les fulgurances du Blond, les tampons de JPR Williams, les pas de danseur de Phil Bennett dans cet après-midi strié de rouge, de blanc et de noir durant lequel nous restâmes debout. Pas vraiment disposé durant cette période à envisager une carrière de journaliste à L'Equipe, étant plus enclin à suivre des études d'économie, je n'imaginais pas revenir dix ans plus tard à Twickenham pour y rédiger, assis, un reportage. 
Les journalistes français des années cinquante surnommèrent cet endroit "Le Temple". Pour quelles raisons ? Il n'est pas le premier des lieux officiels dédiés au rugby. Sans doute parce qu'il symbolise dans son dépouillement originel cette terre promise au jeu de balle ovale qu'est l'Angleterre au début du XIXe siècle. Un lieu sacré au sens ésotérique du terme, un lieu dont il faut pénétrer avec humilité les secrets, un lieu peuplé d'initiés - pratiquants et dirigeants - dont les cravates racontent le parcours. Old school ties : l'attribut qui relie les anciens élèves. Un signe de reconnaissance comme on parle du mot de passe.
Il y a peu Pierre Albaladejo, qui n'a jamais gagné en Angleterre mais garde le sens de la formule, m'a avoué : "Twickenham, c’est la Monumental de Madrid pour le matador, le maestro. C’est là où tu vas chercher la consécration. Remporter un match à Twickenham, c’est le must du Tournoi. Tu te motives pour Murrayfield, Lansdowne Road, et même pour l’Arm’s Park. Mais à Twickenham, tu n’en as pas besoin : c’est la grande différence. Le silence règne dans le vestiaire." Le coup d'envoi ne saurait tarder.

samedi 5 février 2022

Ad trigonum

Un an, déjà. A Rome. Des gauffres défrayaient la chronique sanitaire, sujet contaminé qui éclaboussa le staff technique tricolore, lequel s'en remit vite pour propulser en Australie, quelques mois plus tard, un groupe France renouvelé vers ce qui aurait dû être un succès en série de tests si davantage de maturité s'était invitée aux débats. On découvrit néanmoins à cette occasion que l'arrière perpignanais Melvyn Jaminet était un buteur de classe internationale, ce qui n'est pas peu de chose par les temps qui courent. Ce coup-ci, on conseillera des crèpes, sur le parvis de la basilique.

Jaminet a été titulairisé contre l'Italie, dimanche, pour la première journée d'un Tournoi des Six Nations toujours sous menace du Covid-19, dans une équipe de France à peine remaniée après son gros succès sur les All Blacks (40-25) à l'automne. Forcément, cette continuité nous place d'ors et déjà dans la perspective de la Coupe du monde à venir même si, en dix-huit mois, il est à craindre qu'il ne reste pas la moitié de cette composition en ouverture du Mondial face à laNouvelle-Zélande démythifiée.

Pour commencer, il faudra en terminer avec le chantier de la troisième-ligne tricolore, assemblage qui n'en finit pas d'être démonté et remonté en changeant de pièces, ce qui est tout de même assez symptomatique d'une profonde interrogation à la fois sur le jeu pratiqué et sur les hommes pour le conduire. En effet, si j'en crois Jean Liénard, feu maître tacticien de Grenoble et mentor du regretté Jacques Fouroux, le système de jeu d'une équipe peut se lire, comme l'avenir dans le marc de café, à l'annonce de la composition d'une troisième-ligne.

Qui est le gratteur ? Qui est le coureur ? Le joueur de rupture, le preneur de balle en touche, le lien entre l'avant et l'arrière ? Le plaqueur ? Tout est dit en trois noms, trois profils. Et les grandes équipe de France - celles qui marquèrent les esprits en générèrant des exploits - disposaient d'un bel équilibre dans cette ligne essentielle. En architecture, par exemple, comme le carré et le cercle, le triangle est une des formes géométriques fondamentales puisque mécaniquement indéformable, et toutes les structures qui s'élèvent sont triangulées.

Par quoi attaquer ? Il y a plus d'un siècle, dans le Tournoi 1912, s'alignaient Forgues-Communeau-Boyau, premier triptyque de belle allure. Lorsque la France s'imposa pour la première fois à Twickenham en 1951, René Biènes, Guy Basquet et Jean Prat composaient la troisième-ligne. Et quand pour l'histoire les Tricolores terminèrent seuls en tête du Tournoi, année de ma naissance, François Moncla, Jean Barthe et Michel Crauste formaient un trio indestructible. Nous avons tous en tête notre troisième-ligne idéale, celle qui reste gravée. 

La mienne est ainsi racontée : Jean-Claude Skrela, Jean-Pierre Bastiat et Jean-Pierre Rives. C'était à Twickenham, le 10 septembre 1978, très exactement, sous le maillot des Barbarians britanniques face aux Lions britanniques et irlandais pour le jubilé d'argent de la reine Elisabeth II. J'étais placé juste à la sortie des vestiaires avec mon ami bassiste Joël Ferron (nous venions de former un groupe de hard-rock et quoi de mieux que Londres pour cela), entourés de gentlemen anglais en vestes de tweed qui n'hésitaient pas à brandir une flasque de whisky à chaque action lumineuse, et il y en eut, ce jour-là...

C'est donc face à l'Italie que le XV de France de tous les espoirs va ouvrir son Tournoi. L'Italie, que les Tricolores furent tout heureux d'affronter officellement le 17 octobre 1937 au Parc des Princes pour l'emporter sans péril (43-5), neuf essais à un, dont quatre pour le seul Maurice Celhay, ailier de l'Aviron Bayonnais, dans le cadre du Tournoi de l'Exposition qui réunissait l'Allemagne, la Roumanie, la Hollande et la Belgique, deux ans avant la Deuxième Guerre mondiale, comme quoi le sport, contrairement à la musique, n'adoucit pas forcément les moeurs.

Il y a un an, donc, le Covid-19 rattrapait Fabien Galthié. Il faut croire que le sélectionneur en chef ne court plus aussi vite qu'avant puisqu'il vient de nouveau d'être plaqué par ce fléau, lequel, il faut l'avouer, touche tout le monde, que l'on soit vacciné ou pas, trois fois ou même quatre. Il nous faut vivre avec, malheureusement. Paradoxalement, ce Tournoi débute sans fièvre, du moins à Saint-Denis : visiblement, seule une victoire bonifiée parait acceptable, si l'on écoute les Bleus qui ne craignent pas de se gauffrer. L'excès de confiance n'étant jamais bon conseil, c'est peut-être du côté de Dublin et d'Edimbourg que viendront, ce samedi, les éclats.

lundi 24 août 2020

La jauge et le jeu

Commençons par nous méfier de nos impressions premières. Des visages, je ne vois aujourd'hui que la fenêtre, le reflet ou le miroir, c'est-à-dire une entrée ou une sortie, selon. Par la force du virus dont on se protège tant que faire et parfois si mal et si peu, nos yeux sont devenus l'unique voie d'accès à l'autre, celui qui, pour le philosophe Emmanuel Levinas, m'enrichit et me définit. Par retour, ce regard aiguise notre perception d'un monde feutré, distancié, étouffé, barré voire interdit. 
Nous regardons ce qui nous échappe s'éloigner jour après jour, jusqu'à douter d'une reprise des championnats tant les cas de contamination s'intensifient et se multiplient. D'évidence, il est illusoire d'imaginer isoler complétement des jeunes et des moins jeunes joueurs d'une société de consommations qui additionne les tentations; et même les plus inoffensives commencent à inquiéter tant le moindre contact génère de complications. Il suffit d'un rien, d'une errance, pour que l'édifice précautionneusement construit menace de s'écrouler. 
Jouer. Jamais ce simple verbe, inventé pour rendre compte de l'occupation de la Lydie par les troupes de Cyrus le Grand, si l'on en croit le Sarladais Etienne de la Boétie, n'a autant mis en danger la vie d'autrui. Jouer, en rugby, c'est toucher le ballon, plaquer l'adversaire, se lier : c'est affaire de contacts. Mais l'amour du jeu aux temps du Covid-19 est associé au pire des transferts : celui qui consiste à passer le virus. 
Puisqu'il est contraint - deux billes au-dessus d'un masque -, jamais notre regard sur le rugby n'a été aussi acéré. "Que pensez-vous de ce que vous voyez ?". L'injonction de la philosophe Barbara Cassin s'enveloppe d'une actualité saisissante. Mon regard appelle impérativement à décrypter. Que vois-je ? Un ersatz de rugby, de jeunes adultes à l'arrêt, de la crainte et de l'envie. J'ai vu aussi des entraîneurs se désolidariser et d'autres faire front commun. Je verrai la LNR monter à l'assaut de la citadelle World Rugby à la façon de Michael Kohlhaas prenant les armes, une campagne électorale secouée par un vent mauvais qui déracine une forêt de bonnes résolutions mal plantées. 
"Que pensez-vous que vous voyez ?" serait mieux ajusté à ce qui se déroule sous nos yeux et qu'il nous faut décrypter sans tarder du mieux possible. Les barbares sont aux portes. Barbares sont ceux qui "blablatent" : ils ne savent ni le grec ni le latin. Ils sont ceux qu'on ne comprend pas, les politiquement incorrects qui n'appartiennent pas à la cité. Ils n'obéissent pas à ses lois puisqu'ils ne les saisissent pas. 
Ainsi, voir c'est comprendre. Et pour mieux regarder captons l'arrière-plan, sortons du cadre imposé, émancipons-nous des limites. Méfions-nous, surtout, de ce qui nous saute aux yeux. Au silence succède le vide, avons-nous chroniqué à de multiples reprises sur ce blog, et vous vous êtes faits l'écho de cet enchaînement d'inquiétudes. Allons-nous pouvoir continuer à jouer, à nous abreuver à cette source ludique si le rugby tel qu'il s'est bâti tend à détourner la partie de son lit originel ? Car il est désormais davantage question de jauge que de jeu, économie oblige. 
Nous ne faisons que subir les événements et nous adapter. A l'évidence, nous avons échoué à imaginer le monde d'après. Nous n'avons rien transformé puisque nous n'avons même pas essayé. Nous n'avons rien à tenir puisque nos promesses s'écrivent sur du vent. Le monde d'avant, celui de mars - le mois, pas la planète - a soufflé plus fort que nos illusions. Je voulais être partie prenante de l'An I. Je ne suis que de saison. Et voici déjà la fin de l'été.

samedi 9 mai 2020

Domercq pour l'amour du jeu


Les All Blacks, lors de leur tournée dans l'hémisphère nord à l'hiver 1972/73, avaient souhaité qu'il arbitre l'un de leurs test-matches, ce qui fut fait le 16 décembre 1972 contre l'Ecosse à Murrayfield. Ils furent tellement enchantés par sa façon, libérale, de diriger qu'ils insistèrent pour qu'il officie à Cardiff pour ce qui s'annonçait comme une apothéose face aux Barbarians britanniques. Natif de Bellocq, trois-quarts aile à Puyoo, c'est ainsi que Georges Domercq entra dans la légende en maillot vert et l'écusson du Comité de la Côte Basque cousu à l'emplacement du cœur.
On ne sort pas de l'éternité. La partition de ce 27 janvier 1973 est gravée dans tout ce que vous voulez, le marbre, You Tube, DVD, il est surtout gravé dans notre mémoire (comme le Tutti Frutti de Little Richard, pionnier du rock 'n roll, lui aussi disparu samedi) tel un opéra ovale, festival d'art et d'essais, symphonie des sens, dans tous les sens. Pour diriger cette œuvre de noir et de blanc, il fallait un maestro, un chef d'orchestres raffiné, sensible aux mouvements, un chef sans baguette ni sifflet si ce n'est pour scander les essais et les valider. Et laisser vivre le tempo.
A 89 ans, Georges Domercq - tout comme ce même jour et au même âge Robert Bru, "le père de la méthode de jeu toulousaine"- s'en est allé... Oh, pas très loin puisqu'il ne nous quittera jamais en fait, discret lutin vert au milieu des géants - ici l'ailier droit David Duckham à la relance sous le regard de son ouvreur Phil Bennett prêt à prendre son sillage. Puisqu'il s'était inspiré du Gallois Gwynn Walters, le plus minuscule des immenses directeur de jeu, Georges Domercq, qui utilisait comme son mentor la règle de l'avantage au-delà des limites communément admises, ne pouvait trouver meilleure scène que l'Arms Park de Cardiff ce jour-là pour exprimer à sa façon son amour du rugby.
En tant qu'arbitre, il lui revenait de siffler la fin de la partie. Vendredi, il a donc appelé ses amis pour leur dire qu'il n'y aurait pas de temps additionnel. Et s'est éteint dans la nuit. Juste avant que nous commencions à revoir la lumière. La pandémie qui nous bloque depuis deux mois puis nous libère par paliers le 11 mai rappelle à quelques vertus ovales, à commencer par ce lien social qui passe par un ballon de mains en mains. Ce rugby des villages chanté la première fois au sortir des années cinquante par Robert Barran, grand résistant. Ce rugby des villages dont Georges Domercq, maire à Bellocq, mille âmes, nous rappelle l'existence.
Si le monde professionnel s'est déchiré en interne pour faire prévaloir ses intérêts économiques, le rugby amateur a, de son côté, formé une chaîne d'union de club à club via les réseaux sociaux, organisant même des séances d'entraînement virtuelles pour les gamins, rendez-vous à dix heures dans le salon en tenue devant l'ordi ! Ce lien n'est pas fugace mais bien réel, même s'il s'exprime devant l'écran. Comme ici sur Côté Ouvert où nous communiquons à distance avec l'impression de poursuivre une conversation commencée il y a neuf ans.
En cette période où la République est malmenée de tous côtés, Georges Domercq - dont j'ai recueilli il y a dix ans l'héritage sous forme de longue interview - nous laisse une parabole. Ou une métaphore, selon. A Bellocq, son village, cohabitent trois communautés : protestante, catholique et quaker. Chacune avec son lieu de culte, ses offices, ses horaires et donc son horloge. Mais aucune n'était réglée à la même seconde. Du coup, les heures sonnaient trois fois, en léger décalage.
Devenu maire, cet homme de convictions et d'engagement convoqua (ainsi que me l'a raconté son ami Daniel Ferragu) les représentants des trois religions et leur demanda de caler leurs aiguilles sur l'horloge de la mairie qui, seule, allait désormais faire foi. Les croyant ne lui en tirent pas rigueur. La preuve : Georges Domercq détient une sorte de record : sept mandats consécutifs ! Comme quoi il est possible d'avoir le sifflet discret tout en faisant sonner juste.

mercredi 29 novembre 2017

Agir, maintenant

Depuis la défaite du XV de France face au Japon (23-23), défaite morale s'entend, les constats se multiplient comme des rocking-chairs qui bougent d'avant en arrière ; ça ne nous avance pas. Avant de savoir où l'on va, il est bon de savoir d'où l'on vient, certes, mais ça fait un bout de temps - depuis la Coupe du monde 2011 - que même les plus lents à la détente sont parvenus à se faire une idée du marasme dans lequel pataugent les Tricolores.

Passons à l'étape suivante : trouver au mal des remèdes qui pourraient être mis en œuvre rapidement et donner des résultats probants sans attendre la Coupe du monde 2023. D'autres nations ont connu des périodes difficiles, pour ne pas dire troublées. Elles ont su, avec courage et intelligence, prendre des décisions parfois radicales. Passées au tamis français, en voici dix.

1- Former des gamins au plus haut niveau ; pas seulement au jeu mais aussi à ce qui l'entoure. Action mise en œuvre au sein des clubs de Top 14 et de ProD2 à condition d'être suivie par l'encadrement du XV de France (voir 6 et 8). Davantage que le rapport taille-poids en fonction des postes, développer les conditions de réussite au plus haut niveau en axant le travail dans quatre domaines : psychologique, technique, tactique et physique.

2- Choisir un nouveau capitaine. Guilhem Guirado est rôti. Trop habitué à la défaite. Ressorti abattu de ce novembre calamiteux. Qui fait suite à une tournée manquée en Afrique du Sud. Il suffisait de l'écouter au coup de sifflet final sur le bord de touche de la U Arena pour constater qu'il est au bord de la dépression. Dix-huit capitanats: six succès. Dont une série de six défaites d'affilée.

3- Tirer un trait sur les «anciens» qui stagnent depuis 2012. Exit Slimani - visé par les arbitres, il coûte cher -, Maestri, Picamoles - qui fonctionne au diesel -, Trinh-Duc, Bastareaud, Huget et Spedding. Le présent ne leur appartient plus. Ils font du sur-place, et ça ne date pas de samedi dernier.

4- Lancer une nouvelle vague bleue en lui conservant un crédit d'apprentissage. Jeunes, débridés, neufs et enthousiastes, Priso, Pélissié, Colombe, Iturria, Lambey, Jelonch, Galletier, Couilloud, Carbonel, Jalibert, Boudehent, Regard, Dupichot et Cordin, entre autres, ne sont pas traumatisés par les échecs.

5- Comportements déplacés, bagarre entre membres du staff, retards, absences, manque de concentration, coups de gueule, coups de blues : le régime carcéral de Marcoussis est contre productif. Regrouper des personnalités (Berbizier, Villepreux, Rufo, Onesta, Yachvili, Tillinac, Guillard, Albaladejo) autour du nouveau capitaine bleu, deux ou trois joueurs clés et d'un bon scribe pour rédiger une charte éthique. Les grandes nations en ont une, plus utile qu'un cahier de jeu sur disque dur.

6- Pas besoin de passer les diplômes d'entraîneur en quarante heures chrono. Il suffit de regarder les tests internationaux pour s'inspirer du rugby qui gagne. Quel est-il ? Attitude à la percussion et au plaquage afin que les soutiens ne se consomment pas dans les rucks, déplacement pertinent des joueurs en défense, attaque avec des leurres en deux vagues, combinaisons autour des conquêtes en première main, angles de courses précis, jeu au pied de pression...

7- Armer l'équipe de France d'un préparateur mental indépendant. Gilbert Enoka chez les All Blacks, Eric Blondeau avec l'Ecosse de Cotter. Pas de salarié fédéral mais un développeur de performance qui libére les esprits, évite que les joueurs évoluent avec une boule au ventre, un poids sur les épaules, la peur de mal faire. Il s'attaquera d'abord au staff, souvent porteur de tensions inutiles et corrosives.

8- De nombreuses nations (à l 'exception de l'Afrique du Sud et de la Nouvelle-Zélande) se sont ouvertes à l'étranger. Avec succès. Quelques pistes ? Wayne Smith - qui adore la France et le jeu à la toulousaine -,Vern Cotter, Jake White... L'Anglais Ben Ryan s'occupe bien de France 7 ! C'est donc possible. Rien de honteux à casser la routine française, même si Olivier Magne, Fabrice Landreau, Christophe Urios, Laurent Travers, Xavier Garbajosa, Fabien Galthié, Jean-Baptiste Elissalde ou Raphaël Ibanez sont légitimes.

9- Au départ, quand on m'a annoncé que les Barbarians Français devenaient la succursale du XV de France, j'ai craint que le stress qui habite les locataires de Marcoussis fondent sur le dernier concept de rugby en liberté tel que souhaité par Jean-Pierre Rives. Il n'en a rien été et le match contre les Maori a été un régal pour l'esprit comme pour les yeux. Développer cette ouverture Barbarians en offrant l'opportunité à de jeunes talents de s'exprimer sans retenue lors de rencontres internationales bis, encadrés par quelques ainés, comme le furent Fred Michalak puis Aurélien Rougerie.

10- Persévérer dans la veine des JIFF - même si ce n'est pas la panacée - et un minimum de seize joueurs sélectionnables sur une feuille de match de Top 14 et de ProD2. L'étendre à la Fédérale 1 poule Elite, puis à toute la Fédérale (1,2,3). En ce qui concerne les trois divisions pros et semi-pros, acter une incitation financière chaque fois qu'un Espoir est titularisé.

mardi 14 novembre 2017

Rongé au mythe

Une Marseillaise monte dans la nuit de Saint-Denis, des drapeaux tricolores volent dans le vent sibérien venu de la plaine pour envelopper trois essais : accepté, refusé et de pénalité. Puis quitter le Stade de France sans être transformé, partir comme on est venu, ni subjugué, ni transporté ni même rempli. Peut-être un peu gonflé. Il n'y a qu'un compte-rendu à écrire. Pas de récit.

Il nous manque un pilier droit qui ne serait pas cartonné, une touche d'élévation dans l'alignement, du rôle dans le ruck et une ouverture symphonique. Il nous manque, ô mon capitaine, un leader majuscule qui saurait mettre du baume sur les mots. Sans doute aussi une partition qui éviterait de trop faire sonner les percussions. Nous sommes d'accord.

Après tout qu'importe le score quand on a l'ivresse. Car ce qui fait le plus défaut au rugby français ce n'est pas un titre mondial mais bien une épopée épique qu'on moulerait dans la gothique, une histoire bien illustrée à se transmettre sur un pas, une chanson de geste pour lier l'obus et l'aigu, le pré et le large, celui qu'on croyait frêle et celui qui n'y croyait pas.

Bordeaux, Saint-Denis, Lyon, Nanterre... Nous traverserons l'automne en novembre sans avoir vibré autrement qu'en découvrant ces petits Barbarians se livrer sans retenue dans le sillage vintage d'Aurélien Rougerie, perçant au centre et s'envoyant comme à ses plus belles heures, je veux parler d'un certain soir de finale à Auckland. C'était en 2011. Déjà si loin.

Je n'ai pas l'impression que nous ayons beaucoup vibré depuis l'essai de Thierry Dusautoir au pied des poteaux de l'Eden Park. Six ans d'une traversée du désert, de Marc Lièvremont à Guy Novès en passant par Philippe Saint-André. Aucune remède au bleu pâle. De courtes victoires en lourdes défaites, les test-matches s'enchaînent sans être reliés à un dessein unique qui ferait sens.

Esprits chagrins et chroniqueurs critiques se gaussent depuis une décennie du French Flair. Peut-on leur donner tort ? Pour autant l'abandon de ce qui était encore craint par nos adversaire entre 1994 et 2009 - pour ne parler que de la période récente qui va de Thomas Castaignède à Cédric Heymans - signale la fin d'un savoir-faire, d'une marque, d'un label. Aussi d'une exigence autant que d'une lignée.

Ce récit, j'ai essayé de le tracer et de le transmettre pendant plus de trente ans, de le mettre en musique tout au long d'une rangée de livres. Voilà qu'ils moisissent maintenant dans ma cave entre une caisse de Château La Lagune 2000 et des maillots en épais coton. L'âge, sans doute. Mais je n'ai plus envie d'écrire d'ouvrages sur le XV de France. Il ne m'inspire plus.

Il suffirait pourtant que Teddy Thomas ou Gabriel Lacroix continuent de déborder, qu'Antoine Dupont, Baptiste Couilloud et Sekou Macalou percent encore pour qu'une étincelle jaillisse d'un brandon qu'on croyait éteint. Mais aucun retour de flamme n'a jamais alimenté durablement un feu de joie. Il faut davantage que des sursauts, des réactions d'orgueil et d'amour-propre, des engueulades à la mi-temps dans le vestiaire pour reconstruire un identité.

Coupe du monde 2023 ou pas, Novès, Galthié ou Tartempion, le rugby français a d'abord besoin d'être régénéré. Vous avez entendu le coup de gueule de Rougerie à l'issue de la victoire des Barbarians français sur les Maori All Blacks ? «Faites-les jouer !» Il s'adressait aux clubs de Top 14 en parlant des jeunes talents qui l'entouraient. De quoi nous mettre l'alarme à l'œil.

Mais les faire jouer à quoi ? Au concours de démonte défense ? Le XV de France manque d'essence et d'idées. Aveuglé, il n'a pas de projet, malgré ce qu'on entend à longueur de conférences de stress, et ce n'est pas un cahier de combinaisons enregistré sur le disque dur des ordinateurs de la Résidence à Marcoussis qui lui redonnera corps et âme.

La seule question qui vaille désormais dans le marasme dans lequel s'enlise le rugby de France, c'est le pourquoi?. Pourquoi je joue au rugby et pourquoi suis-je sélectionné en équipe nationale ? Quel sens je donne à mon investissement personnel ? Comment puis-je, grâce à ce formidable levier qu'est le rugby, devenir une meilleure personne ?

Cent chantiers s'ouvriraient pour relancer un jeu «à la française». Tous les jours chaque joueur consentira ne serait-ce qu'à améliorer de 1% chacune des composantes de sa performance individuelle, chaque entraîneur 1% de son management et de son rôle d'éducateur, chaque dirigeant 1% du contenu de ses tâches administratives, marketing et stratégiques.

Les All Blacks, littéralement tombés dans le caniveau en 2004, sont parvenus à se réinventer, s'enfermant à huit (dont Henry, Hansen, Smith, Umaga, McCaw et Lochore) pendant trois jours à Wellington pour repartir d'une page presque blanche. Sont sortis de leur brain storming le Kapa O Pango, de nouveaux commandements, une charte éthique, des rituels fédérateurs, un cadre de vie et un management participatif qu'ils questionnent et font évoluer chaque saison.

Homère propose des dieux et des mythes, des métaphores et des symboles, des aspirations et des tâches. Un récit double propre à forger notre imagination mais aussi notre âme humaine. D'autres auteurs ont ensuite creusé cette veine pour nous laisser en héritage douze travaux. Il n'est pas anodin que l'un d'eux consiste à nettoyer les écuries d'Augias.

mardi 31 octobre 2017

Leurres divers

L'heure d'hiver en automne est au remplissage de novembre. L'idée ? Attirer le chaland en multipliant les rencontres. Jusqu'à trois en quatre jours. Du jamais vu. Comme s'il n'y avait pas assez de rugby par ailleurs sur les chaînes, payantes ou pas. Mais en ce mois, il s'agit pour la fédération de remplir urgemment ses caisses en nationalisant les Barbarians français juste avant qu'ils affrontent les Maoris (Bordeaux, vendredi 10) et en organisant un match surnuméraire à Lyon entre des bleus pâles laissés pour compte et une équipe de kiwis-bis (mardi 14).

Si l'on ajoute à ces deux «couturières» provinciales les tests-matchs face aux All Blacks et au Springboks, soixante-neuf joueurs seront de la revue bleue, étalonnés face à ce qui se fait de mieux à l'heure actuelle dans l'hémisphère sud. Pour savoir, ça on va savoir ! Attention, cependant : cette année, notre liste «Elite» - qui ne sert plus à rien un an après sa création - s'est entraînée pendant plusieurs semaines à Marcoussis à soulever de la fonte et à courir autour du terrain. Aucune excuse ne sera retenue en cas, possible, de nouvelle déroute.

Le staff tricolore et la nouvelle présidence fédérale n'ont pas encore tout essayé : puisque les derniers nommés ont un besoin urgent de liquidité, on leur conseillera de (re)monter le fameux match de sélection entre les Probables et les Possibles qui a fut éclore quelques talents éphémères et mourir de vieilles certitudes au cours de rencontres naguère considérées comme un pensum mais qu'il suffirait de peindre aux couleurs d'une saine concurrence - je suggère de décliner à tous les temps «le groupe vit bien» - pour attirer là-aussi le chaland.

Il y a tout juste vingt ans, en novembre 1997 et dans le cadre de l'inutile Coupe Latine, l'équipe de France s'entraînait dans un stade de football situé à l'octroi de Bagnères - Pouzac, précisément. J'y étais - et les dirigeants du club bigourdan n'avaient rien trouvé de mieux que de faire payer cinquante francs (dix euros d'aujourd'hui) l'entrée au stade au motif que les Tricolores allaient s'ébrouer face à l'équipe locale. La gestion des guichets avait été laissée à l'entière discrétion du trésorier de Bagnères-de-Bigorre, le staff tricolore, Jo Maso en tête, fermant les yeux - un peu gêné quand même - sur ce détournement de fonds du public.

Cette faute de goût avait été commise avec - soi-disant - l'aval fédéral au motif, déjà, qu'il fallait bien faire vivre les petits clubs, s'était justifié Roland Bertranne. Mais sans s'appesantir. En fait de match entre Bagnères et le XV de France, il s'agissait seulement de dix minutes d'opposition raisonnée. Mille spectateurs grugés avaient payé pour ne rien voir et au milieu d'eux était assis le président de l'époque, Bernard Lapasset, pas le moins du moins embarrassé. C'est à ça qu'on reconnait les grands commis. Un autre millier était resté derrière les grilles, frustré.

Cet épisode peu glorieux m'a donné une idée. Puisque la Fédération a besoin d'argent frais, pourquoi ne pas organiser un tournoi de gala pendant les tests de novembre. Avec ce que le Championnat compte de retraités internationaux au chômage technique (cf. photo avec Nonu, Ashton et Radradra dans la même action) pendant les tournées d'automne, il y a de quoi générer huit équipes thématiques. C'est dire la richesse de notre compétition domestique.

Pourraient ainsi s'affronter en quarts de finale, demies et finale une sélection des meilleurs étrangers (All Star), une sélection sud-africaine (Rainbow), celle des îles du pacifique (Magics), un best of des natifs de l'hémisphère sud tendance kiwi, deux XV de France des oubliés, des "Coqs en pâte" et un même un agrégat des "laissés pour compte" qui aurait fière allure si vous prenez le temps d'en apprécier la composition. Eurosports et Canal Plus accueillent assez de techniciens pour qu'il ne faille pas aller chercher bien loin pour trouver qui encadrera ces sélections.

Si le staff tricolore a lancé comme une martingale 69 joueurs dans sa grande revue, je vous assure que ces 105 joueurs-là rempliraient les stades et les caisses. Imaginez la façon dont ces huit équipes pourraient se mettre à jouer. Ca fait rêver, non ? Il y a une telle pléthore de non-sélectionnables dans le Top 14 qu'une liste cachée non-exhaustive (Kakovin, Ulugia, Asiechvili, Cittadini, Steenkamp, Maka, Uys, Houston, Botica, Mieres, Betham,Vatubua, Ngwenya, Ensor, Toeava, D. Armitage, etc.) recèle des remplaçants de luxe susceptibles de s'intégrer à tout moment en guest-stars si besoin, voire même de constituer une équipe de substitution, c'est dire...

All Star : Radradra - Ashton, Nonu, C. Smith, Nadolo - (o) Cruden, (m) Pienaar -  Botia, Vito, Isa - Willemse, Nakarawa - Tameifuna, B. du Plessis, J. du Plessis.

Rainbow Team : Lambie -  Kolbe, F. Steyn, Ebersohn, Jordaan - (o) M. Steyn, (m) Januarie - Hauman, Vermeulen, Alberts - Marais, Kruger - M. Van der Merwe, Jenneker, Buckle.

Pacific Magics : Nagusa - Votu, Waisea, Talebula, Tuisova - (o) Murimurivalu, (m) Kockott -  Manoa, Koyamaibole, Fa'asalele - Qovu, Tekori - Johnston, Leiatua, Afatia.

Southern Barbarians :  Taylor - D. Smith, Wulf, Carter, Rokocoko - (o) Slade, (m) McLeod - Gill, Lee, Eaton - Timani, Carizza - Atonio, Forbes, Gomez-Kodela.

Bleus foncés : Dulin - Fall, Fofana, Danty, Palisson - (o) Michalak, (m) Parra - Nyanga, Claassen, Lapandry - Lamboley, Jacquet - Boughanmi, Kayser, Chiocci.

Coqs en pâte : Le Bourhis - Arias, Mignardi, David, Grosso, (o) Tales, (m) Bézy - Puricelli, Lakafia, Lauret - Demotte, Samson - Brugnaut, Bonfils, Pelo.

Toasties : Rattez - Arnold, Tomane, Holmes, Strettle - (o) Urdapilleta, (m) Tomas  - Fernandez-Lobbe, T. Gray, Kolelishvili - Capo-Ortega, Gorgodze - Zirakashvili, Bosch, Menini.

Héros oubliés : Abendanon - Fuatai, Fritz, Tuitavake, Masilevu - (o) Hickey, (m) J. Pélissié - Chalmers, S. Armitage, Caballero - Jones, Pierre - Cobilas, Szarzewski, Domingo.

Il faudra bien remercier au passage et chaleureusement les présidents de Clermont, Toulon, Montpellier, La Rochelle, Pau et le Racing pour leurs importantes contributions respectives au rayonnement mondial du Top 14. J'espère que la FFR, dans sa grande générosité, leur a fait payer leurs places pour assister aux rencontres du XV de France dont on espère, sincèrement, qu'elles ne tourneront pas question jeu au grand n'importe quoi. Parce que pour le reste, c'est déjà fait.

mardi 24 octobre 2017

Marbre de coeurs rares

Après vingt-deux ans de professionnalisme le constat, retiré, est amer : «Personne ne maîtrise les flux des joueurs, le conflit entre clubs et fédération, et ne sait où va l'argent», écrit Rob Andrew, ancien boss du rugby anglais - et donc bien placé au cœur du réacteur pour savoir comment il fonctionne, ou pas - devenu plumitif le temps de la rédaction d'un ouvrage qui, sorti la semaine dernière, fait grand bruit de l'autre côté du Channel, mais seulement quelques vaguelettes chez nous alors qu'il dresse de ce sport un tableau pas très rose.

La multiplication des commotions liées aux plaquages tectoniques assénés par des joueurs hyper-entraînés - ils préfèrent percuter l'adversaire plutôt que de chercher l'intervalle - annonce des accidents gravissimes, dixit l'ancien entraîneur de Newcastle et mentor de Jonny Wilkinson. Pour lui, le danger viendrait du fait que le rugby à XXIII a suppléé le XV, une moitié d'équipe remplaçant les joueurs les plus fatigués de façon à maintenir à son plus haut niveau l'intensité du match.

Pendant ce temps, on apprend que les Barbarians Français, association créée en 1979 par les jeunes anciens du Grand Chelem 1977 viennent de passer avec âmes et bagages dans le giron de la FFR. Exit l'état d'esprit vanté par Jean-Pierre Rives et résumé par un «balle à l'aile, la vie est belle» qui raconte la liberté de jouer. Désormais, la sélection de ces jeunes gens sera confiée au staff tricolore. Tombe un pan de quarante ans sur la sépulture de Jacques Fouroux, preuve que rien n'est jamais écrit dans le marbre, fut-il de cœurs rares.

Pour passer du rugby de collusions au jeu de collisions, il nous faut rejoindre La Rochelle. Révélation du dernier Top 14, le Stade Rochelais est l'attraction du Champions Cup. On attend avec une impatience non dissimulée le dimanche 10 décembre d'un La Rochelle-Wasps jaune et noir à guichets fermés. D'ici là, tenter de comprendre comment une phalange hétéroclite parvient à franchir les défenses avec autant de facilité demande de cerner le «qui», d'analyser le «pourquoi» et de situer le «où».

Le Stade Rochelais dispose de plusieurs typologies de joueur : rapide et mince, puissant et dur, lourd et adroit, vif et athlétique. Et de quelques modèles complets, genre Victor "Victorius" Vito. Si vous alignez une équipe sur la largeur du terrain - un peu plus soixante-dix mètres - vous allez immédiatement vous apercevoir qu'un espace de cinq mètres sépare chaque joueur. L'équivalent de cinq bras tendus. Impossible de tenir ainsi une ligne de défense.

Huit adversaires sont concentrés en quelques mètres carrés sur les zones de combat que sont la touche et la mêlée, et disons quatre à chaque ruck. Ce qui laisse des zones libres ailleurs. A l'extrémité du champ se trouve la touche, considérée comme le meilleur plaqueur puisqu'au moment où vous sortez balle en main du terrain, le jeu s'arrête immédiatement et l'initiative de la remise est laissée à l'appréciation de l'adversaire.

Le staff rochelais a ainsi identifié le centre du terrain - situé entre l'extérieur de l'ouvreur et l'intérieur du deuxième centre - comme étant la porte au travers de laquelle il faut passer. Ils y envoient leur bestiaire : Qovu, Atonio, Boughanmi et Pelo pour peser et élargir l'encadrement ; Doumayrou, Priso et Sinzelle pour taper dans la cloison et desceller les gonds; Rattez et Lacroix en finesse, sur les appuis, afin de tester la charnière.

Pas une de ces quatre typologies peut être considérée comme étant la meilleure pour franchir : seule la fréquence de leur implication fait la différence, jusqu'à ce que la défense perde sa lucidité et ne sache plus «qui est qui», s'il faut coffrer en haut ou descendre aux chevilles, glisser ou aller chercher... Une alternance d'engagement dans cet espace défini qu'est la porte du centre, et toujours sur la ligne d'avantage : voilà l'une des clés du succès rochelais.

Quand vous comptez en supplément d'arme d'un Victor «Virtuose» Vito au sommet de son art, double champion du monde sacré meilleur joueur du Top 14 la saison passée, vous pouvez vous permettre de l'utiliser en libéro. Lui laisser autant de liberté qu'il le souhaite. L'impliquer dans la création, l'articulation et la finition comme un Campese de l'avant, pour ceux d'entre vous qui ont connu les années 80.

D'autant que le staff rochelais dispose avec Levani Botia d'un rhinocéros à ressort. Géniale, il faut l'avouer, l'idée de l'avoir remonté troisième-ligne aile sur les phases statiques de lancement, puis le réinstaller immédiatement après au centre, justement, là où sont fragilisées presque toutes les défenses une fois passés trois temps de jeu. Ce qui a aussi pour effet de densifier celle des Rochelais.

Cet engagement sur le front bas a un coût humain. Naguère, nous l'aurions évalué en contusions. Puis en ligaments. Aujourd'hui, il pèse son poids de commotions. Remplaçable dans ce rugby à 23 qui accepte aussi les jokers médicaux et pour cause, le joueur étant devenu chair à canon. Les commotions, Botia, ancien gardien de prison aux Fidji, ne les compte plus. Celles qu'il inflige comme celles qu'il encaisse. Seul contre tous.

lundi 3 octobre 2016

De quoi enjouer

 
Et pendant ce temps, comme prévu, la campagne est polluée. Pour aggraver son cas qui avait l'air déjà bien désespéré, elle s'invite sur Twitter, considéré comme l'espace le plus drôle, le plus réactif mais aussi le plus toxique des réseaux sociaux. La course à la présidence, toutes les présidences, déferle et entraîne des dégâts déjà irréparables, plaies purulentes qui ne se refermeront pas de sitôt, fractures, factures, ruptures... Autant de raisons pour feuilleter une bonne pâte d'histoire(s) glanées.
 

Le directeur du Shinborne Star a déchiré ses notes et ne publiera pas la vérité ; il lui préfère la légende. Plus belle que la réalité. C'est Ford. Eux aussi, ils ont fait fort, Antoine Aymond et Nemer Habib ; ils déchirent tant leur ouvrage publié chez Glénat, ce 5 octobre, entremêle sans s'écrouler histoire et faits : leurs vingt rencontres nous hissent sur les hauteurs d'Ovalie y respirer le "legend" air. 
 
D'entrée Arthur signe une invitation adressée aux Anglais à disputer un vrai test match, selon le rite écossais. C'est le premier. En 1871. Il fallait trouver cette missive et c'est bien envoyé ! Antoine et Nemer font œuvre d'historiens (c'est leur troisième opus) en ajoutant une foule de détails en folie. Plus loin, plus tard, 1905, on apprend que la fameuse erreur de typographie lançant les All Blacks pour l'éternité ne serait qu'une légende. Allons donc...
 
A l'évidence, le titre est tout trouvé. Matchs de légendes du rugby mondial... Voici en effet que les Gallois opposent pour la première fois leur Land of my fathers au haka maori bien avant que les Ecossais de Sole (qui n'était pas mineur) reprennent Flower of Scotland pour éteindre God save the Queen en 1990. Ici, l'épisode du tableau de Bannockburn est savoureux à souhait. On reprendra forcément une lampée de Lagavulin.
 
L'ouvrage regorge de trouvailles. Vous ferez votre Obolensky comme Campese face à la Nouvelle-Zélande en 1991, là même où les Irlandais auraient dû l'emporter face aux Wallabies sans la partition recomposée par ce diable de Lynagh qui n'était pas de Tasmanie. Vous découvrirez l'influence du Yom Kippour et de la dysrythmie circadienne sur les tournées au pays du long nuage blanc, écouterez le discours de Willie John, sorte de Tom Doniphon au pays des Springboks, tout en revivant la demi-finale du Concord Oval à travers la dynamique de Richard Feynman.
 
J'ai laissé mon téléviseur éteint pour une cure de zéro retransmission. Pour ce que j'en ai entendu, j'ai bien fait. Alors j'ai lu. Et avec plaisir ce florilège de test-matches disposés sur un siècle et demi. Me sont revenus quelques instants choisis, un thé servi chez Gareth Edwards, une bière avec Clem Thomas sur le port de Swansea, l'accolade de James Small à l'issue de la finale 1995, l'œil humide de Marc Dal Maso dans Brighton au soleil levant, les confidences d'Arnaud Costes et d'Heyneke Meyer, le café de Suzy et plein d'autres micro-histoires qui constituent le sens de ma quête.
 
On oubliera les scores puisque même un zéro-zéro sonne l'éclat. Faites-vous ce cadeau. D'autant qu'à l'ouverture les auteurs ont sélectionné Benoit Jeantet. Extraits : "Au milieu d'un flot de souvenirs, lesquels ont tendance à s'estomper tant soit peu, parce que le tamis de la mémoire a ceci de terrible qu'il filtre souvent les émotions au plus pressé d'une époque acquise chaque jour davantage à la vitesse, ce garçon parvenu à l'âge adulte, pense, malgré tout, toujours à ça."
 
C'est donc de "ça" qu'il s'agit. Un ça bien dense, gonflé d'instants comme ce vieux rognon de cuir qu'on fait luire à la graisse, de saillies lapidaires et de percées, de coups et d'essais. Un ça remis en mémoire dans l'intervalle, sorti d'un chaos d'émotions à naître dans le bon ordre, imagé, creusé, décalé, détaillé, enjoué. Parce que vous et moi nous cajolons un match de légende dans notre "ça". Tenez, je le place en bout de ligne : il faut enjouer.

mardi 28 juin 2016

Coup d'envoi

Ami(e)s de Côté Ouvert qui n'est désormais plus hébergé par le site de L'Equipe, voilà maintenant le nouveau Côté Ouvert en version barbarian. Balle à l'aile après l'équipexit (bien vu, Allan), et on voit comment on s'organise pour que tout le monde touche le ballon. Vous apportez les chaussettes de votre club, je fournis le maillot.

Ceci n'est qu'un début. Je voulais ainsi prolonger l'aventure. J'espère que nous serons assez, disons quatorze, sur la feuille de match pour constituer une équipe. Pour discuter, opiner, échanger, aviser, déconner, relancer, s'amuser !

J'ai une question à vous poser avant qu'on ne commence vraiment à jouer : comment voyez-vous votre blog, ici ? Elle regroupe nos règles de vie, en fait, cette question. Faut-il se présenter avec sa vraie identité ? J'aime bien savoir à qui je parle, avec qui j'échange. Mais je comprends aussi que certains d'entre vous soient connus sur les réseaux sociaux avec leurs pseudos, et aussi qu'écrire sous un nom d'emprunt (Julien Gracq, par exemple, paix à son âme) soit une approche qui fait sens.
 
J'aimerais surtout que vous deveniez membres comme si nous étions dans un club "à l'anglaise" ; c'est à la mode puisque désuet. Et donc très rugby. Je souhaite enfin que ce blog soit interactif. C'est pourquoi mon texte initial pourra changer en fonction de vos commentaires, de vos avis, de nos échanges. Comme c'est le cas, en ce moment.