samedi 7 août 2021

L'argent éclairé

Décidemment, cette pandémie nous colle au train comme au nez le sparadrap du capitaine Haddock : le calendrier étire sans pause sa suite de rencontres. Pour la première fois dans l'histoire du rugby, il n'y a pas eu un seul week-end sans test-match. Cinq semaines après avoir fermé Côté Ouvert pour cause de vacances, je retrouve les Wallabies, les Lions britanniques et irlandais, les All Blacks et les Springboks, sans oublier les premiers matches de préparation de la ProD2. Mais avant de revenir au quotidien, j'aimerais, en hommage, effectuer un retour sur la performance olympique de l'équipe de France féminine à 7. 
La femme est l'avenir de l'homme, écrivait Louis Aragon, et s'il est possible d'admirer une sculpture de Jean-Pierre Rives dans les jardins du poète situés non loin de ce Château Ricard situé à Clairefontaine naguère occupé par le XV de France, les feux de l'actualité sportive qui brûlent sans discontinuer ont éclairé l'argent d'une médaille remportée de belle lutte face aux Blacks Ferns, lequel succès n'a pas manqué d'actionner la machine à remonter le temps. 
Particulièrement intéressé par le rugby comme discipline éducative au point d'aller visiter à des fins didactiques l'université - on dit College en anglais - de Rugby, le baron Pierre de Coubertin insista pour que la balle ovale figure au programme des Jeux Olympiques de Paris en 1900. Pour cela, l'USFSA, qui avait déjà composé en février 1893 deux sélections parisiennes pompeusement présentées sous la marque non-déposée "équipe de France" pour affronter coup sur coup les Civil Service à Richmond et le club de Park House à Blackheath, constitua dans l'urgence un XV dit national. 
En fait de sélection parlons plutôt d'un cocktail de joueurs du Racing Club de France et du Stade Français dont aucun ne reçut le label "international" si ce n'est, six ans plus tard l'immense Frantz Reichel qui créa ensuite les pages sportives du Figaro, puis l'Association international de la Presse. Au sein de ce précipité fut incorporé l'ailier du Cosmopolitan Club, André Rischmann, composé somme doute assez compact et dense pour venir à bout du club allemand de Frankfurt et des Anglais de Moseley sur la pelouse de Vincennes. 
Après cette breloque en or conquise dans l'indifférence la plus totale, la France fut priée d'envoyer un peloton pour le Tournoi Olympique, début septembre 1920, à Anvers. Là aussi, impossible d'évoquer un XV de France représentatif du rugby français mais plutôt - à l'instar de la sélection française de football lâchée à Tokyo cet été dans une compétition trop grande pour elle - un agrégat de Parisiens disponibles à cette période de l'année, issus du CASG, du Racing, de l'Olympique et du SCUF et constitué autour d'un quarteron d'internationaux : le pilier Forestier, l'arrière Chilo, les centres Borde et Crabos. 
Le résultat de l'unique rencontre, qui prit le titre galvaudé de finale, fut bien terne : défaite 8-0 face aux Etats-Unis, peu ou prou l'équipe de l'université de Stanford composée d'étudiants pour majorité pratiquants de football américain sur leur campus. Reste que cette "équipe de France", médaillée d'argent, pouvait s'enorgueillir d'avoir compté dans ses rangs deux futurs présidents de la FFR : le troisième-ligne aile Alfred Eluère (1943-1952) et le centre René Crabos (1952-1962). On notera qu'Eluère reçut lors de ces Jeux une deuxième médaille d'argent : en boxe anglaise... 
La suite olympique est plus connue et donc mieux détaillée. En 1924, à Colombes, le XV de France - authentique, celui-là - auréolé de ses victoires dans les précédents Tournois (en particulier contre l'Ecosse cette année-là et l'Irlande en 1923) pulvérisa la Roumanie (61-3, treize essais dont quatre du seul Adolphe Jauréguy) avant d'être martyrisé par des Américains (17-3, cinq essais à uns), armada d'étudiants californiens rompus cette fois-ci aux subtilités au rugby qui ajoutèrent avec malice quelques combinaisons et leurres issus de leur football. 
Ce mélange des genres, qui déstabilisa autant l'attaque que la défense française, eut le don d'irriter les Tricolores. Les Toulousains Bioussa, Bayard et Lubin-Lebrère, soutenus par le Narbonnais Cassayet - des noms qui parlent aux connaisseurs - déclenchèrent alors, selon les modalités bien connues des participants au Championnat de France, quelques algarades qui se voulaient intimidiantes. Mais à leur grand dam, ils tombèrent sur des Américains dont les poings ne furent pas tous inscrits au tableau d'affichage. 
Ce choc hostile déboucha sur un constat à l'amiable : l'International Board et le Comité Olympique International décidèrent de s'éloigner l'un de l'autre et de s'ignorer. Jusqu'à l'intégration du rugby à 7 aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro à l'initiative de Bernard Lapasset. Que le 7 de France masculin n'ait pas été capable de se qualifier pour Tokyo raconte une gabegie qui ne date pas d'aujourd'hui. 
Mais elle aura été en grande partie gommée par l'exploit de la Catalane Fanny Horta et de ses coéquipières, victorieuses des Fidji, du Brésil et du Canada en poule, de la Chine en quarts et de la Grande-Bretagne en demi-finale, avant de tomber face à la Nouvelle-Zélande, émouvante réusssite qui s'inscrit dans le magnifique palmarès - handball, volley, basket - du sport collectif français à Tokyo.

samedi 3 juillet 2021

Fermé en juillet

Il est maintenant temps pour moi de baisser le rideau sur une saison dont la queue de comète éclaire les terres australes, trois tests du XV de France chez les Wallabies à huis-clos et surtout une tournée des Lions britanniques et irlandais en Afrique du Sud qui s'annonce tellurique. Pour les vacances, si vous voulez rester disponible au ras du ruck, je vous conseille Rugby, amour et fantaisie - 50 histoires du monde d'avant, écrit par mon ancien collègue de L'Equipe et toujours voisin dans l'Essonne, Francis Delteral (éditions Solar). 

Rugby d'un autre temps ? Pas certain car il y a aujourd'hui Melvyn Jaminet, Gabin Villière, Teddy Iribaren, Brice Dulin, Antoine Dupont et Arthur Retière pour perpétuer l'esprit du jeu tel que magnifié par Antoine Blondin et que l'on retrouve dans l'introduction de ce florilège d'anecdotes pour beaucoup inconnues du grand public. "L'initiative du plus fragile peut abolir un labeur de bâtisseurs de cathédrales. Car il n'existe pas de joueur de rugby, il n'y a que des équipes. Les grands sautent, les petits s'infiltrent, les lourdes s'enfoncent, les légers s'évadent. Et s'il faut de tout pour faire un monde, sur le pré il faut du monde pour faire un tout." 

Débordant sur le titre d'une romance de Luigi Comencini, Francis Delteral nous plonge dans la comédie du rugby, avec ses personnages truculents et picaresques, mais aussi quelques figures oubliées, toutes générations confondues. Ainsi André Lannes, Alain Porthault, André Lubrano, Michel Debet, John Noble, Max Godemet, Jérôme Riondet, Philippe Leroy-Beaulieu, Pierre Ramouneda, Charles Rocca, Andy McDonald, Philippe Lebel, Andy Ripley... 

De notre côté, Benoit Jeantet et moi affinons notre manuscrit mis en page aux éditions Privat, intitulé Jeux de Lignes - Littérature et rugby, un ouvrage qui sera publié fin août et qui doit beaucoup à notre blog Côté Ouvert puisque le socle de ce livre est construit sur l'idée d'un lien entre les romanciers et la balle ovale qu'il était prévu de développer lors du Quinconces d'avril 2020 à Uzerche reporté pour cause de Covid. Rien ne se perd, tout se transforme... 

Avec une sensibilité toute vibratoire, Dimitri Yachvili nous a honoré de sa préface, lui qui s'essaye aussi depuis quelques temps à l'écriture, essai qui se referme sur une interview de Pierre Villepreux, auteur de Intercalé (Hugo et Co, 2011), expérience d'écriture qu'il détaille et associe au tempo d'un match... Avant de nous retrouver début août, voici trois crochets intérieurs qui aiguiseront, je l'imagine, votre curiosité : le regard que Pierre Berbizier porte sur Jack Kerouac, les raisons pour lesquelles Jean Bouilhou a prénommé sa fille Dalva, la rencontre entre Dominique Harize et Kléber Haedens... D'ici là, bonnes vacances !